Victoire de la gauche au Chili

Partage international no 401février 2022

par Jake Johnson

La victoire du socialiste Gabriel Boric à l’élection présidentielle chilienne du 19 décembre 2021, dont les enjeux étaient considérables, a été saluée par les progressistes du monde entier comme exemple inspirant de la façon dont une vague de fond démocratique peut triompher de forces réactionnaires profondément enracinées et ouvrir la voie à un avenir plus juste, plus équitable et plus durable.

Surfant sur une vague massive de colère contre la classe politique néolibérale du Chili et les inégalités économiques, G. Boric, ancien étudiant militant de 35 ans, a facilement battu José Antonio Kast, avocat et politicien qu’un commentateur a qualifié de « largement aussi réactionnaire que le dictateur d’extrême droite Augusto Pinochet », le chef de la junte militaire soutenue par les Etats-Unis qui a dirigé le Chili d’une main de fer pendant près de deux décennies.

« Enfin. Le spectre de Pinochet s’est éloigné du Chili », a déclaré l’ancien ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, cofondateur de l’Internationale progressiste, qui a envoyé des membres de son observatoire pour surveiller l’élection et garantir son équité.

« Félicitations à Gabriel Boric, membre de l’Internationale progressiste, a ajouté Y. Varoufakis. Le dur travail de redistribution des richesses au Chili commence dès à présent. »

Le Projet pour la paix et la justice, organisation fondée par Jeremy Corbyn, l’ancien leader du parti travailliste britannique a exprimé l’espoir que la victoire retentissante de G. Boric inaugure « une nouvelle aube brillante dans la politique latino-américaine. »

G. Boric, qui a fait campagne en promettant d’éliminer les séquelles du régime de Pinochet, deviendra le plus jeune président de l’histoire du Chili lorsqu’il prendra ses fonctions en mars 2022. La transition du pouvoir intervient dans un contexte de troubles nationaux alimentés par la pandémie et par des crises économiques et politiques profondes qui ont fait de ce pays sud-américain l’un des plus inégalitaires de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

En octobre dernier, les Chiliens avaient voté à une majorité écrasante la révision de leur constitution qui datait de l’ère Pinochet, témoignant d’un désir généralisé de changement structurel.

« Si le Chili a été le berceau du néolibéralisme, il sera aussi sa tombe. N’ayez pas peur de la jeunesse qui va transformer ce pays », a déclaré G. Boric, qui a promis d’annuler la dette des étudiants, de taxer davantage les riches, de s’opposer aux initiatives minières dévastatrices pour l’environnement et de supprimer le système de retraite privé du Chili, autre héritage du régime Pinochet.

« Nous sommes une génération qui a fait irruption dans la vie publique pour exiger que nos droits soient respectés et pour ne plus être traités comme des biens de consommation ni comme de la marchandise, a déclaré G. Boric dans son discours de victoire. Nous ne permettrons plus que les pauvres continuent à payer le prix de l’inégalité au Chili. »

Les dirigeants de gauche de toute l’Amérique du Sud – dont le président bolivien Luis Arce, le président péruvien Pedro Castillo et l’ancien président brésilien Lula da Silva – ont célébré la victoire de G. Boric sur son adversaire d’extrême droite comme un triomphe pour la démocratie. « La victoire que vous avez remportée est celle du peuple chilien et les peuples d’Amérique latine la partagent, a tweeté P. Castillo. Continuons à nous battre pour l’unité de nos nations. »

Membre de l’Internationale progressiste, Convergencia Social, le parti politique de gauche dirigé par G. Boric, a déclaré dans un communiqué : « Pendant des décennies, notre peuple a exprimé ses rêves et ses espoirs dans les rues et sur les places. Grâce à la créativité et à l’espoir, nous avons ouvert la voie à un nouveau Chili, plus démocratique, avec des droits sociaux et un nouveau rapport à l’environnement. Maintenant, nous allons emprunter cette route vers un nouveau Chili. Ensemble, nous allons enterrer le néolibéralisme et reconstruire le monde. »

Chili Auteur : Jake Johnson, journaliste à Common Dreams.
Sources : Commondreams.org
Thématiques : Société, politique
Rubrique : Divers ()