Une version contemporaine du Titanic

Crise financière asiatique

Partage international no 116avril 1998

« La fin du mercantilisme est maintenant à portée de main. D’une manière générale, les marchés boursiers tels qu’ils fonctionnent aujourd’hui n’auront plus leur place dans la société nouvelle. » (un collaborateur de Maitreya, Partage international, mai 1989)

Selon Dan Hutcheson, président de l’Institut de recherches de San José (Californie), « c’est une version contemporaine de la catastrophe du Titanic. C’est l’Asie dans son ensemble qui sombre. Et elle pourrait entraîner le monde entier dans une récession. »

Voici comment se déroule la crise financière dans quelques pays clés d’Asie :

Chine – « Une marée montante d’encre rouge […] pourrait submerger l’une des plus grosses économies d’Asie. » C’est le point de vue de Jonathan Marshall, éditorialiste économique du San Francisco Chronicle, à propos de la Chine. J. Marshall affirme que « la Chine connaît le renversement de son expansion immobilière, le spectre de nombreuses faillites bancaires, une déflation rampante, ainsi qu’une chute brutale de la croissance. » Une économie chinoise en déconfiture entraînerait le reste de l’Asie dans la dépression, et affecterait les Etats-Unis et d’autres pays qui verraient leurs exportations se contracter. « Je ne pense pas que la Chine va s’effondrer, mais si c’est le cas, nos inquiétudes concernant l’Asie du Sud-Est représentent une goutte d’eau en comparaison », commente Jack Hou, professeur d’économie à l’Université de Californie de Long Beach.

S’efforçant d’éviter semblable dissolution financière, la Chine a annoncé des plans de restructuration de son système bancaire et d’apurement de certaines créances irrécouvrables. Selon un reportage de CNN, Dai Xianglon, gouverneur de la Banque centrale, aurait déclaré que la Banque chinoise du peuple allait dégraisser ses effectifs au point de supprimer toutes ses succursales dans les provinces. Il a également stipulé que 22 % de l’ensemble des crédits accordés par les banques chinoises, soit plus de 200 milliards de dollars, étaient fondamentalement irrécouvrables. Une somme de cinq milliards de dollars sera prélevée sur les réserves du pays pour couvrir les pertes bancaires « afin de protéger la sécurité des actifs bancaires », selon les termes du premier ministre Li Peng.

La Chine a également annoncé des mesures pour supprimer quatre millions d’emplois sur  les 33 millions de fonctionnaires. « Cette réforme entraînera les plus importants changements jamais connus, tant pour les institutions que pour les individus », a déclaré Li Peng. Celui-ci a informé les fonctionnaires que, pour la première fois dans l’histoire de la Chine moderne, ils ne bénéficieraient plus de la sécurité de l’emploi. Dans les usines d’Etat, la Chine compte déjà plusieurs millions d’ouvriers sans emploi.

Corée du Sud – D’après certains analystes, la Corée du Sud, onzième puissance économique mondiale, pourrait subir un effondrement financier. Non pas tant à cause de la crise de la dette extérieure, mais du fait de l’énormité de la dette intérieure.

L’endettement des entreprises sud-coréennes envers les banques locales est plus de deux fois supérieur à l’endettement envers les créanciers étrangers. Par la montée en flèche des taux d’intérêt, l’évaporation rapide des liquidités et le coup d’arrêt porté à la consommation, des dizaines d’entreprises chaque jour se retrouvent étranglées, faisant encourir des risques terribles tant aux banques locales qu’à l’ensemble de la structure financière.

Deux grandes banques commerciales renflouées par le gouvernement en janvier ont fait faillite, chacune d’elle affichant plus de deux milliards de dollars de créances irrécouvrables. Au cours actuel, l’endettement des sociétés sud-coréennes envers leurs banques se situe à un montant supérieur à 300 milliards de dollars.

Entre 50 et 75 % de la dette intérieure est contractée à court terme, essentiellement sous forme d’effets « oum » payables à trois ou six mois. D’usage traditionnel en Corée, la technique du billet « oum », ou billet à ordre, est très répandue dans le milieu des affaires.

Au cours de la première semaine de janvier, plus de 100 entreprises ont fait faillite, et le rythme se maintient. Il en résulte une sévère érosion des ressources financières des banques.

En janvier également, la Corée du Sud a ordonné la liquidation de dix banques d’affaires, montrant son intention de réformer le système financier. Les 30 banques d’affaires sud-coréennes étaient devenues une étoile montante de la finance internationale, avec d’agressives campagnes d’investissement menées en Indonésie, en Russie, au Brésil et sur d’autres marchés émergents. Ces banques sont de taille plus réduite que les banques commerciales, et plus orientées sur la spéculation. Leurs difficultés ont contribué pour une grande part à la crise financière du pays, ce qui a contraint Séoul à accepter le plan de sauvetage record de près de 60 milliards de dollars du Fonds monétaire international.

Etats Unis – Défiant les attentes des analystes, l’économie américaine a clôturé l’année 1997 par sa plus forte croissance en dix ans et sa plus faible inflation depuis le milieu des années 1960. L’extension de la crise financière asiatique laisse cependant entrevoir d’inévitables répercussions sur l’économie américaine. Dans un proche avenir, le déficit de la balance commerciale américaine devrait s’accentuer sensiblement, sous la pression des produits asiatiques à bas prix qui inondent le marché domestique et du fait des difficultés rencontrées par les entreprises exportatrices. En Corée du Sud, les produits américains sont presque deux fois plus chers depuis la dévaluation du won, la monnaie locale. Les grandes entreprises américaines ont déjà enregistré des résultats décevants dus en partie aux troubles monétaires.

Avec la baisse des résultats, un certain nombre d’ouvriers américains pourraient perdre leur emploi. Selon une étude de l’Institut de politique économique, les Etats-Unis pourraient supprimer 500 000 emplois. Ainsi, la société Raytheon Co. a déjà annoncé la suppression de 1000 emplois dans sa division construction et engineering, pour partie en raison de l’annulation de contrats en Asie. Nombreuses sont les entreprises qui escomptaient augmenter leurs profits grâce à l’expansion en Asie. Mais la crise a déprimé la demande, réduit les marges bénéficiaires en peau de chagrin et menace même la santé  des marchés financiers américains.

Les investisseurs sont déconcertés et leurs réactions pourraient avoir un effet profond sur les foyers américains qui ont placé en Bourse 43 % de leurs avoirs financiers, ratio le plus élevé depuis cinquante ans et qui a doublé depuis 1990. Au cours des trois dernières années, les actions ont enregistré une augmentation annuelle de 30 %, en regard d’une moyenne historique de 8 %.

Certains analystes soulignent un aspect positif : les consommateurs américains bénéficient de prix moins élevés et de taux d’intérêt moindres, ce qui, en retour, stimule le bâtiment et l’automobile, les deux moteurs de l’économie américaine. D’autres estiment que les avantages de la baisse des prix sont largement contrebalancés par les pertes d’emplois.


Sources : (New York Times, Reuters, CNN, San Francisco Chronicle, E-U
Thématiques : Économie
Rubrique : Faits et prévisions (Au fil des années, Partage international a régulièrement publié des articles soulignant les attentes de Maitreya, telles qu'elles ont été présentées par l'un de ses collaborateurs vivant à Londres au sein de la même communauté, à propos d'un certain nombre de changements politiques, sociaux, écologiques et spirituels devant se produire dans le monde. Périodiquement, Benjamin Creme et son Maître ont également partagé leur point de vue sur les développements à venir. Dans cette rubrique intitulée « Faits et Prévisions » notre rédaction analyse les nouvelles, les événements et les déclarations ayant un rapport avec ces prévisions et points de vue.)