Partage international no 214 – juin 2006
Une grève de la faim menée par l’activiste des droits civils indien Medha Patkar a ému la Cour suprême, qui a décidé que les travaux de construction d’un immense barrage ne pourraient se terminer que lorsque les milliers d’habitants dont les maisons seront submergées seraient correctement relogés. La Narmada est la plus grande rivière de l’Inde coulant vers l’ouest ; elle est aussi très importante dans la vie religieuse et culturelle des populations qui peuplent ses rives.
Voilà vingt ans que le mouvement populaire local Narmada Bachao Andolan (Campagne pour sauver la vallée de la Narmada, ou NBA), mène la lutte.
Le projet de la Narmada Valley est l’ouvrage hydraulique le plus important au monde ; il inclut la construction de 30 grands barrages, et de centaines de barrages plus petits le long de la vallée.
Deux grands barrages sont déjà en construction grâce à un prêt de 450 millions de dollars de la Banque mondiale. Le problème est que les barrages entraîneront le déplacement de 300 000 personnes, principalement des paysans pauvres et des tribus de la vallée. Les groupes écologistes disent qu’un projet aussi énorme causera d’immenses dégâts à l’environnement en submergeant des forêts et détruisant les habitats d’espèces rares. Le plus grand des barrages, le tant controversé Sardar Sarovar, entraînera à lui seul le déplacement de 35 000 personnes.
Medha Patkar, diplômée en sciences sociales, avait déménagé pour aller vivre parmi les membres des tribus de la Narmada Valley dès 1985, et les avait alertés sur le sort qui les attendait avec la construction des barrages. En 1991, au plus fort de la confrontation entre la NBA et les forces favorables au barrage, une grève de la faim de 21 jours l’avait déjà conduite au seuil de la mort.
En mars 2006, M. Patkar a commencé une nouvelle grève de la faim alors que les travaux commençaient pour élever le barrage de 110 à 121 mètres, ce qui devait entraîner la destruction supplémentaire des maisons et des cultures de 220 villages voisins. Elle a déclaré : « Si nous voulons nourrir et habiller la plus grande partie de la population, il nous faut adopter une vision équilibrée de nos propres priorités plutôt que de simplement copier le modèle occidental. La seule issue est de redéfinir notre « modernité » et nos objectifs de développement, pour qu’ils favorisent une société juste basée sur des relations harmonieuses, et non sur l’exploitation, entre les êtres humains, et entre les peuples et la nature. »
Le gouvernement indien est tenu d’allouer un minimum de deux hectares de terre cultivable et une parcelle pour une maison à chaque famille déplacée par les travaux. Cependant, selon la NBA, ces obligations sont rarement tenues. Les habitants sont déplacés, souvent vers d’autres Etats qui n’ont pas de terres fertiles, ce qui entraîne de nouveaux déplacements de population lorsque ces gens se voient forcés d’émigrer vers les villes où ils vivent dans des bidonvilles. Outre l’impact sur la décision de la Cour suprême, la campagne populaire de la NBA a aussi permis de mettre la pression sur le gouvernement. Ce dernier a finalement envoyé une équipe d’observateurs pour rendre compte des efforts de réhabilitation des populations autour du barrage de Sardar Sarovar ; ceux-ci ont constaté que les accusations des activistes étaient fondées. Sur le plus grand site de relogement des familles déplacées, les observateurs ont constaté l’absence d’installations sanitaires, d’eau potable, de système d’égouts, de routes, de clinique, et d’écoles. Les familles déplacées étaient encouragées à accepter des sommes d’argent en liquide au lieu d’une réhabilitation digne, et le gouvernement leur faisait même payer des taxes sur ces revenus. La Cour suprême a déclaré récemment qu’elle ordonnerait l’arrêt complet des travaux si un programme de réhabilitation n’était pas mis en place rapidement. Selon une des activistes, Kavita Krishnan : « Il ne s’agit pas simplement de lutter contre un barrage. Nous sommes engagés dans un débat de société sur un type de développement qui entraîne la destruction des moyens d’existence des populations. »
Inde
Sources : OneWorld.net, newsindependent.co.uk
Thématiques : Société, environnement, politique, Économie
Rubrique : La voix des peuples (Cette rubrique est consacrée à une force en plein développement dans le monde. La voix du peuple ne cessera de s’amplifier jusqu’à ce que, guidés par la sagesse de Maitreya, les peuples conduisent leurs gouvernements à créer une société juste dans laquelle seront respectés les droits et les besoins de tous.)
