Une épaule sur laquelle pleurer

Partage international no 223mars 2007

Dans le monde, le nombre des orphelins du sida ne cesse d’augmenter, particulièrement en Afrique. Sur ce continent, le petit royaume du Swaziland fait figure de modèle dans son approche du traitement des effets de l’épidémie

Les bénévoles de cette communauté se sont simplement posé la question de savoir ce dont avaient besoin ces orphelins. Peut-être surtout une épaule sur laquelle pleurer ? C’est ce qu’ils leur ont fourni ! Des volontaires identifient les orphelins et les enfants vulnérables, dont la plupart sont également séropositifs, et évaluent leurs besoins. Ces intervenants portent le nom de « lihlombe lekukhalela », ce qui signifie « une épaule sur laquelle pleurer ». Ce sont des gens auxquels les enfants savent pouvoir s’adresser. « Ils peuvent dire leurs problèmes à ces personnes, et trouver de l’assistance », explique Ezrome Magagula, coordinateur bénévole de la communauté auprès du bureau du premier ministre délégué. Les « épaules sur lesquelles pleurer » subviennent aussi aux besoins nutritionnels, médicaux, éducatifs et psychologiques des jeunes.

A la tribune du Réseau intégré d’information régionale des Nations unies, M. Delezi Masilela, dirigeant de la chefferie Vusweni, a décrit comment, par le passé, la société Swazi était basée sur un système communal d’interdépendance mutuelle, dans lequel chacun assumait la responsabilité de tout le monde, et notamment des enfants. Mais avec l’effet dévastateur du sida, le vieux filet social s’était déchiré alors que des générations entières tombaient sous le coup de la maladie.

« Je connais la plupart des gens de la chefferie où je vis, et nombre d’enfants. Je me rends dans les écoles et les églises, et je demande qui est mort et a laissé des enfants derrière lui. Y a-t-il encore des orphelins dans cette école ? Y a-t-il des enfants que pasteurs ou instituteurs ne voient plus à l’école du dimanche ou dans leurs classes et savent-ils ce qui leur est advenu ? Je parle aux voisins et assiste aux réunions communales. Je suis un détecteur d’orphelins. C’est ainsi que s’exprime Jerome Fakudze, infirmier, âgé de vingt-sept ans, qui passe trois jours par semaine et ses heures de congé comme « épaule sur laquelle pleurer » : « Peu importe si un enfant est orphelin, ou si il, ou elle, est simplement exposé au manque de soin, au viol ou à la pauvreté ; s’il existe un besoin, c’est à moi de le détecter et de le résoudre ! »

Le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) accorde une aide financière et technique. Certaines bénévoles reçoivent une formation via le Centre de ressources des femmes du bureau du premier ministre délégué. Selon Jabu Dlamini, coordinateur du programme : « Ces bénévoles ont de grands cœurs. Nous développons leur capacité à s’occuper des enfants en les formant à la gestion de services psycho-sociaux. »
« Le Swaziland n’arrache pas les enfants à leurs foyers ni aux communautés qui les ont nourris pour les placer dans des institutions »,
a déclaré Alan Brody, représentant du Swaziland auprès de l’Unicef. « Autant que possible, le lihlombe lekukhalela assistera les enfants là où ils vivent, afin qu’ils puissent y rester et continuer d’aller à l’école avec leurs camarades. Ce qui donnera de la continuité à leur vie après la mort de leurs parents. »


Sources : Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires
Thématiques : Sciences et santé, politique
Rubrique : Tendances (Dans le monde actuel s’affirme une tendance de plus en plus prononcée à la synthèse, au partage, à la coopération, à de nouvelles approches et avancées technologiques pour la sauvegarde de la planète et le bien-être de l’humanité. Cette rubrique présente des événements et courants de pensée révélateurs d’une telle évolution.)