Partage international no 130 – juin 1999
Un an après le lancement de « TeleFood » (TV faim) par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), cet « événement médiatique pour une prise de conscience mondiale » a déjà permis de collecter plus de deux millions de dollars, pour financer 136 projets de modeste envergure visant à venir en aide à de petits agriculteurs, éleveurs et pêcheurs du tiers monde et à améliorer la nutrition de leurs communautés. Bien que ce programme couvre l’ensemble de la planète, c’est le continent africain, avec 50 projets concernant 23 pays, qui en est le principal bénéficiaire. Selon le Directeur général de la FAO, Jacques Diouf : « L’objectif majeur de TeleFood a été de provoquer une prise de conscience générale sur l’ampleur du problème et d’encourager la solidarité dans la lutte contre la faim. […] Nous n’apporterons pas d’aide alimentaire à la population, mais des moyens afin qu’elle produise sa propre nourriture, en atteignant ainsi un état de sécurité nutritionnelle et d’indépendance vis-à-vis de l’aide internationale. »
Ces premiers 136 projets visent à construire une autosuffisance alimentaire et reflètent, pour la plupart d’entre eux, le thème de la Journée mondiale contre la faim de 1998 (« Les femmes nourrissent le monde »), thème choisi pour souligner la contribution essentielle des femmes à l’équilibre domestique et national en matière d’alimentation.
Le projet mis en œuvre dans le village turc de Sahgeldi est typique de la philosophie qui sous-tend l’ensemble de l’initiative. A Sahgeldi, 30 femmes, considérées comme veuves virtuelles, du fait que leur mari a quitté une activité agricole marginale pour aller chercher du travail à la ville, ont reçu chacune quatre brebis, avec possibilité de pâture sur les terres appartenant au gouvernement. L’une d’entre elles, Gulistan Ircap, a déclaré que c’était la première fois de sa vie qu’elle possédait un bien légalement, et que le lait et le fromage qu’elle vendait au marché lui procuraient le seul revenu qu’elle ait jamais eu.
Présentant le TeleFood l’an dernier, Jacques Diouf affirmait que « le ressort de la lutte contre la faim n’est pas à chercher dans la charité, mais dans la justice ; et que le but de l’entreprise est de recueillir la solidarité et le soutient de tous. »
