Partage international no 87 – novembre 1995
Il y a quelques années, Trevor Baylis, inventeur de nationalité britannique, regarda un documentaire télévisé de la BBC concernant le sida en Afrique. On y voyait comment se répandait l’épidémie, malgré les programmes éducatifs diffusés à la radio. En effet, même si la plupart des gens possèdent bien une radio, ils l’écoutent rarement, faute d’électricité ou en raison du prix des piles.
Trevor Baylis inventa alors un poste de radio à ressort. Mais il ne rencontra aucun intérêt, jusqu’en 1994, lorsque cette invention fut présentée par la BBC et qu’un téléspectateur, Christopher Staines, comptable ayant une expérience dans le développement de produits nouveaux, en parla à son partenaire en Afrique du Sud, Rory Stears, qui reprit l’idée avec enthousiasme.
Une station radio de Johannesbourg parla de cette invention et un auditeur, Hylton Appelbaum, directeur de Liberty Life, société d’investissement qui attribue environ 40 millions de FF chaque année à des causes méritoires, fut immédiatement intéressé par ce produit pour l’Afrique du Sud, où la plupart des gens habitent à la campagne et ont un faible niveau de vie. Un poste de radio n’utilisant pas de piles ne pouvait que connaître un grand succès. H. Appelbaum se demanda si des handicapés ne seraient pas en mesure d’assembler ce poste de radio. Il contacta le Dr William Rowland, un collègue aveugle, leader internationalement respecté du Mouvement des handicapés, qui fut très intéressé. L’habileté que les handicapés apportaient à la fabrication de paniers, ils pouvaient également la consacrer au montage d’un poste de radio. Liberty Life offrit environ six millions de FF, et le projet fut lancé.
En Afrique du Sud, C. Staines et R. Stears battirent la campagne avec un guide local, en vue de déterminer les souhaits des acheteurs potentiels. Il en ressortit qu’il ne serait pas nécessaire de « miniaturiser » le poste, mais qu’il devrait, au contraire, être volumineux, lourd, très robuste et pouvoir émettre un volume sonore important.
Dès lors, l’Université de Bristol fut mis à contribution pour mettre au point le produit. De nombreuses difficultés techniques durent être surmontées ; on craignit même de ne pouvoir aboutir. Une usine d’ingénierie de Farnborough, en Grande-Bretagne, dut intervenir et finalement, au cours de l’été 1995, Trevor Baylis se rendit au Cap pour voir l’usine à l’œuvre. Il fondit en larmes en voyant que son idée prenait réellement forme, et que le poste était assemblé par des handicapés.
Le point culminant de cette aventure fut une visite au président Mandela, afin de lui montrer l’article achevé*. Le président Mandela se réjouit particulièrement de la participation des travailleurs handicapés : « Je suis très heureux que cette nouvelle et fantastique invention soit associée à des personnes qui ont dû essuyer le mépris de la société. L’une des caractéristiques marquantes de notre époque est l’émergence d’hommes et de femmes qui pensent en termes de défavorisés, des plus pauvres parmi les pauvres. »
Trevor Baylis n’envisage pas de gagner beaucoup d’argent avec son invention : « Après tout, on ne peut porter qu’un habit à la fois, fait-il remarquer, et je ne suis pas vraiment dans le dénuement. »
* Ce poste de radio permet une écoute de 40 minutes pour 20 secondes de remontage.
Thématiques : Sciences et santé, Société
Rubrique : Divers ()
