Un nouveau record dans le nombre des personnes déplacées

Partage international no 395juillet 2021

par Jake Johnson

Un rapport publié le 18 juin 2021 par l’agence pour les réfugiés des Nations unies révèle que, fin 2020, plus de 82 millions de personnes à travers le monde ont été déplacées de force par la guerre, la persécution, la crise climatique et d’autres facteurs, un record qu’un groupe d’aide internationale a qualifié d’» énorme échec de l’humanité ».

L’évaluation annuelle des « tendances mondiales des déplacements forcés » de l’Onu estime que les filles et les garçons de moins de 18 ans représentent 42 % des 82,4 millions de personnes qui ont fui leur foyer en quête de sécurité et de dignité humaine élémentaire. Près d’un million d’enfants sont nés en tant que réfugiés entre 2018 et 2020, indique le rapport.

« Derrière chaque chiffre se cache une personne forcée de quitter son foyer et une histoire de déplacement, de dépossession et de souffrance. Ces personnes méritent notre attention et notre soutien, non seulement en matière d’aide humanitaire, mais aussi pour trouver des solutions à leur détresse, a déclaré Filippo Grandi, haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés (HCR). La tragédie de tant d’enfants nés en exil devrait être une raison suffisante pour déployer des efforts bien plus importants afin de prévenir et mettre fin aux conflits et à la violence. »

 

Photo : Nite OwlCC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Personnes déplacées devant un réservoir d’eau à Genenia, au Darfour occidental.

 

Bien que la pandémie ait conduit les pays du monde entier à fermer leurs frontières aux réfugiés et aux demandeurs d’asile, de nombreuses personnes ont encore fui leur pays en 2020, neuvième année consécutive où le nombre de personnes déplacées de force a atteint un niveau record.

Selon le dernier rapport de l’Onu, 26,4 millions de personnes étaient réfugiées en 2020, et plus des deux tiers des personnes ayant fui à l’étranger provenaient de cinq pays seulement : Syrie (6,7 millions), Venezuela (4 millions), Afghanistan (2,6 millions), Soudan du Sud (2,2 millions) et Myanmar (1,1 million).

Les chiffres de l’Onu montrent qu’en plus des personnes contraintes par les circonstances de quitter leur pays d’origine, 48 millions de personnes étaient déplacées à l’intérieur de leur pays, fin 2020, contre 45,7 millions en 2019.

« Le changement climatique provoque des déplacements et accroît la vulnérabilité de ceux qui sont déjà contraints de fuir, indique le rapport. Les personnes déplacées de force et les apatrides sont en première ligne de l’urgence climatique. Nombre d’entre elles vivent dans des « points chauds » climatiques et ne disposent pas des ressources nécessaires pour s’adapter à un environnement de plus en plus inhospitalier. Les dynamiques de la pauvreté, de l’insécurité alimentaire, du changement climatique, des conflits et des déplacements sont de plus en plus imbriquées et se renforcent mutuellement, ce qui pousse de plus en plus de personnes à chercher ailleurs protection et sécurité. »

Jan Egeland, secrétaire général du Conseil norvégien pour les réfugiés, a déclaré dans un communiqué que « malgré les statistiques stupéfiantes, les dirigeants mondiaux ont été incapables de résoudre la plus grande urgence de notre génération. »

 « Actuellement, beaucoup plus de personnes sont déplacées qu’à n’importe quelle période de la Seconde Guerre mondiale, et pourtant nous disons que nous vivons une ère sans précédent de paix mondiale, a fustigé J. Egeland. Nous devons réécrire les livres d’histoire de demain pour refléter la réalité d’aujourd’hui, à savoir que nous vivons une ère sans précédent de persécution et de souffrance. »

En l’absence d’actions spectaculaires de la part de la communauté internationale pour mettre fin aux conflits, lutter contre la crise climatique et atténuer les autres principaux facteurs à l’origine des déplacements forcés, le rapport de l’Onu alerte que « les prévisions pour 2021 sont inquiétantes – notamment dans les pays touchés par les déplacements comme le Soudan du Sud, la Syrie et la République centrafricaine – risquent de se transformer en famine.

La question n’est plus de savoir si les déplacements forcés dépasseront les 100 millions de personnes – mais plutôt quand, indique le rapport. De toute évidence, la nécessité de prévenir les conflits et de veiller à ce que les personnes déplacées aient accès à des solutions n’a jamais été aussi pressante qu’aujourd’hui. »


Date des faits : 18 juin 2021 Auteur : Jake Johnson, journaliste à Common Dreams.
Sources : commondreams.org
Thématiques : Société, environnement
Rubrique : Divers ()