Un manifeste pour l’après-Covid : Cinq propositions pour créer un monde radicalement plus durable et égalitaire

Partage international no 383juillet 2020

Les sacrifices personnels et sociaux consentis dans la lutte contre la Covid-19 exigent notre respect et notre soutien continus. Dans le même temps, il est essentiel de replacer cette pandémie dans un contexte historique afin d’éviter de répéter les erreurs du passé lorsque nous planifions l’avenir. Le fait que le coronavirus ait déjà eu un impact économique aussi important est dû, entre autres facteurs, au modèle de développement économique qui a dominé le monde au cours des trente dernières années.

Ce modèle exige une circulation sans cesse croissante des biens et des personnes, malgré les innombrables problèmes écologiques et les inégalités croissantes qu’il génère. Au cours des dernières semaines, les faiblesses de la machine de croissance néolibérale ont été douloureusement révélées.

D’autres problèmes ont été observés : les grandes entreprises nécessitant un soutien étatique immédiat alors que la demande réelle diminue même pour une courte période ; des emplois précaires perdus ou suspendus ; et une pression supplémentaire sur les systèmes de santé. Les personnes qui manifestaient il y a peu de temps pour la reconnaissance et un salaire décent sont maintenant considérées comme exerçant des « professions vitales » dans la santé, les soins aux personnes âgées, les transports publics et l’éducation.

Une autre faiblesse du système actuel, rarement prise en considération dans les discussions sur la pandémie, est le lien entre le développement économique, les pertes de biodiversité et d’importantes fonctions écosystémiques, et la possibilité pour des maladies de se propager parmi les humains. Ce sont des liens mortels qui pourraient le devenir beaucoup plus. L’OMS a déjà estimé que, dans le monde, 4,2 millions de personnes meurent chaque année de la pollution de l’air extérieur, et que les impacts du changement climatique devraient causer 250 000 décès supplémentaires par an entre 2030 et 2050.

Les experts mettent en garde contre la poursuite de la dégradation des écosystèmes − scénario auquel on peut s’attendre dans le cadre du modèle économique actuel − estimant que la survenue de nouvelles épidémies encore plus graves est réaliste, sans compter les autres types de catastrophes. Tout cela nécessite une action drastique et concertée.

Bien que des effets positifs soient apparus pendant la crise, en termes sociaux et environnementaux − comme l’accroissement du rôle des communautés et des institutions locales en matière d’aide et de solidarité ; la réduction de la pollution et des émissions de GES − ces changements seront temporaires et marginaux à défaut d’efforts concertés pour un changement politique et économique plus large. Il est donc nécessaire d’envisager comment la situation actuelle pourrait conduire à une forme de développement économique plus durable, juste, équitable, saine et résiliente.

Notre manifeste, signé par 170 universitaires basés aux Pays-Bas travaillant sur des questions liées au développement, résume les stratégies politiques publiques essentielles à observer pour aller de l’avant pendant et après la crise.

Nous proposons cinq politiques publiques clés formant un modèle de développement post-Covid, qui peuvent toutes être mises en œuvre immédiatement et durablement :

1) s’éloigner du développement axé sur la croissance globale du PIB pour différencier les secteurs qui peuvent croître et qui ont besoin d’investissements (les secteurs publics dits critiques, l’énergie propre, l’éducation, la santé, etc.) et les secteurs qui doivent décroître radicalement, en raison de leur non-durabilité fondamentale ou de leur rôle moteur dans la consommation continue et excessive (en particulier le secteur pétrolier privé, le gaz, l’exploitation minière, la publicité, etc.) ;

2) un cadre économique axé sur la redistribution, qui établisse un revenu universel ancré dans un système universel de politiques sociales, une taxation forte et progressive des revenus, des bénéfices et de la richesse, une réduction des heures de travail et du travail partagé, et qui reconnaisse pour leur valeur les emplois auprès de la personne et les services publics essentiels comme la santé et l’éducation ;

3) la transformation agricole vers une agriculture régénérative basée sur la conservation de la biodiversité, une production alimentaire durable, principalement locale et végétarienne, ainsi que des conditions d’emploi et des salaires agricoles équitables ;

4) la réduction de la consommation et des voyages, avec leur réorientation radicale : de l’inutile et du luxe vers le nécessaire, le durable et le satisfaisant ;

5) l’annulation de la dette, en particulier pour les travailleurs et les propriétaires de petites entreprises, et pour les pays du Sud (à la fois par les pays riches et les institutions financières internationales).

Une société fondée sur la solidarité

En tant qu’universitaires, nous sommes convaincus que cette vision politique conduira à des sociétés plus durables, égalitaires et diversifiées, fondées sur la solidarité internationale, et qui pourront mieux prévenir et gérer les chocs et les pandémies à venir. Pour nous, la question n’est plus de savoir si nous devons commencer à mettre en œuvre ces stratégies, mais comment procéder.

Alors que nous remercions les groupes les plus durement touchés par cette crise aux Pays-Bas et ailleurs, nous pouvons leur rendre justice en prenant les mesures afin qu’une future crise soit beaucoup moins grave, cause beaucoup moins de souffrances ou ne se produise pas du tout. Comme de nombreuses autres communautés, aux Pays-Bas et dans le monde, nous pensons que le moment est venu pour une vision de l’avenir positive et pleine de sens.

Nous exhortons les politiciens, les décideurs et le grand public à commencer à organiser leur mise en œuvre le plus tôt possible.


Sources : Reproduit avec autorisation ; première publication par Degrowth.de (Egalement approuvé par le Dutch Footprint Group www.voetafdruk.eu)
Thématiques : Économie
Rubrique : Divers ()