Un espoir au milieu de la dévastation

Partage international no 85septembre 1995

par Philip Tull

Près de dix ans après l’explosion d’un réacteur à Tchernobyl, en Ukraine, l’Occident n’a toujours pas pris la mesure des horreurs du pire accident nucléaire jamais survenu dans le monde. Pourtant, des centaines de milliers d’Ukrainiens vivent au quotidien les conséquences de ce désastre, une nouvelle génération toute entière souffrant des effets du cancer et des difformités provoquées par les retombées. Au mois de mai, le photographe indépendant Philip Tull a rejoint la mission d’assistance de Tony Budell à Tchernigov, ville située à seulement 35 km au nord-est de Tchernobyl.

En 1986, un réacteur de la centrale nucléaire de Tchernobyl a explosé. Des centaines de kilomètres carrés de terrain, et les gens qui y vivaient, ont été contaminés par les retombées radioactives emportées au sud-ouest par les vents dominants.

En mai de cette année, je me suis rendu à Tchernigov avec le Convoi de l’espoir de Tony Budell. Tony Budell et George Mills gèrent des institutions humanitaires qui fournissent une aide continuelle aux régions démunies d’Europe, en particulier en Croatie. L’année dernière, ils ont reçu un appel à l’aide à la suite d’un reportage télévisé sur des enfants de Tchernigov, souffrant de handicaps physiques et mentaux dus aux radiations.

Après la catastrophe, il aura fallu plus de 36 heures pour qu’une mise en garde soit adressée aux 11 000 familles qui vivaient dans la zone des retombées. Nombre d’entre elles furent contaminées, et elles transmettront pendant des générations des désordres génétiques et des cancers. Les dirigeants communistes d’alors ont fait « nettoyer » la région par quelque 70 000 civils, munis de protections insuffisantes, fait généralement ignoré. Environ 13 000 d’entre eux sont déjà morts et 25 000 autres ont contracté des cancers ou d’autres maladies directement imputables à Tchernobyl. A Tchernigov, sur une population d’environ 280 000 habitants, il y a maintenant plus de 2 600 enfants nés handicapés ou souffrant de cancers.

Les problèmes de ces enfants sont effroyables. Il est difficile de se rendre compte de la façon dont ces personnes survivent, étant donné la pauvreté de la grande majorité d’entre elles. Le travailleur citadin moyen gagne un à deux dollars par semaine, alors que le kilogramme de bœuf coûte jusqu’à un dollar. La monnaie locale est pratiquement sans valeur, aussi le dollar américain est-il utilisé.

La triste condition des enfants est aggravée par la réticence des autorités à en prendre la responsabilité. Il y a peu de sécurité sociale ou d’autre aide financière. Les enfants sont un embarras non seulement pour l’Etat mais aussi pour leur propre famille, car de telles maladies et infirmités constituent encore un grand tabou social. On les cache. Souvent les pères ne peuvent pas supporter la honte d’avoir de tels enfants et s’en vont en laissant les mères les élever seuls.

Les fournitures médicales sont très rares à Tchernigov (et vraisemblablement dans toute la région), mais pour ces enfants elles sont pratiquement inexistantes. Le Convoi de l’espoir (14 fourgonnettes, un semi-remorque et une équipe de 28 bénévoles) a livré aux gens de Tchernigov pour 800 000 FF de matériel et de médicaments, depuis des comprimés de vitamine C, jusqu’à une unité de soins intensifs pour bébés. L’objectif était de participer à la création d’une clinique et d’un centre de réadaptation appelé « Renouveau ». Il sera géré par le Dr Natalia Zenchinto, qui travaille inlassablement pour les enfants, mais qui n’a que bien peu de ressources. Pour la première fois, des familles pourront recevoir le traitement médical approprié et l’aide qu’elles ne peuvent s’offrir actuellement.

Nous avons rendu visite à Maxim et à sa grand-mère, qui habitent au deuxième étage d’un immeuble sans ascenseur, au délabrement typique. Maxim vit avec sa grand-mère car sa mère était incapable de s’occuper à la fois de lui et de sa sœur. Maxim est paralysé du cou jusqu’au bas du corps, bien qu’il puisse remuer légèrement les mains, et est confiné dans un fauteuil roulant. Ils ne reçoivent aucune aide, financière ou autre. Sa grand-mère ne pouvant pas le porter pour monter ou descendre les escaliers, il est confiné à l’intérieur du minuscule appartement. George et Tony rassemblent actuellement des fonds pour un prochain voyage.

Ceux qui pensent pouvoir apporter une aide, écoles, entreprises ou particuliers, peuvent contacter la British Humanitarian Aid pour de plus amples renseignements. Le Convoi de l’espoir fut la toute première tentative de ce genre à pénétrer dans l’ex-Union soviétique. Avec l’aide de tous ceux qui peuvent y consacrer du temps et des ressources, elle sera la première d’une longue série.

Contact : Tony et Valerie Budell, British Humanitarian Aid, 11 Devon Road, Canterbury, Kent, CTI IRP. Tél. 01227 453434 ; Tél. mobile : 01374 100273.

Tony Budell recherche d’urgence, pour le prochain voyage du Convoi de l’espoir à Tchernobyl, des fournitures médicales ­telles que déambulateurs pour enfants, béquilles et fauteuils roulants, des vitamines, des denrées alimentaires, des articles de toilette, des couvertures pour l’hiver et avant tout des dons. Il recherche également des fournitures médicales, des articles de toilettes, des denrées alimentaires et des jouets pour ses voyages réguliers en Croatie et en Bosnie.

Russie Auteur : Philip Tull,
Thématiques : Société, environnement
Rubrique : Divers ()