Partage international no 87 – novembre 1995
par Peter Liefhebber
« Chaque année à la pleine lune de juin, plus de 300 000 pèlerins se rassemblent en un lieu sacré, situé à 5 500 mètres dans les hauteurs enneigées des Andes. Ils y fêtent l’apparition des Pléiades dans le ciel, moment vital pour la Terre, un gigantesque courant d’énergie s’établissant alors entre elle et ces étoiles. C’est pour eux un fait, un événement réel, qu’ils célèbrent dans une atmosphère hautement spirituelle. Si la science reconnaît aujourd’hui le rôle essentiel que jouent les énergies du soleil pour la vie sur la Terre, elle semble incapable de comprendre que notre minuscule planète en reçoit bien d’autres d’un peu partout dans l’univers, et qu’elle entre ainsi en relation énergétique étroite avec les planètes et les systèmes solaires qui l’entourent. Il existe dans l’univers des flux d’énergie qui, remplissant une fonction analogue à celle de la circulation sanguine vis-à-vis des organes du corps, vitalisent et relient entre elles planètes et systèmes. »
Ces propos n’auront probablement rien d’une révélation fracassante pour qui a quelque connaissance des enseignements ésotériques. Cependant, les circonstances dans lesquelles ils me furent tenus confirment, une fois de plus, le caractère universel de ces enseignements.
En début d’été, je dus me rendre au Pérou, pour des raisons professionnelles. J’allai notamment à Cuzco, dont la pauvreté actuelle fait presque oublier que ce fut autrefois la ville sainte et la capitale du puissant Empire inca. J’y rencontrai Carlos Milla Vidal, président des organismes de tourisme de la région, qui eut la gentillesse de m’indiquer, parmi les nombreuses attractions locales, celles qu’il fallait voir en priorité.
Il me conseilla, entre autres choses, de me rendre, par le petit train des Andes, à l’ancienne, et presque inaccessible, cité inca du Machu Pichu, redécouverte au siècle dernier et aujourd’hui partiellement restaurée. Inévitablement, nous en vînmes à évoquer le légendaire El Dorado, le culte solaire des Incas et la remarquable organisation sociale de leur Empire. Carlos Milla Vidal se révéla rapidement être, sur cette matière, une véritable encyclopédie ambulante. Passionné d’histoire, ses recherches le portèrent peu à peu à se spécialiser dans la culture et la philosophie de ces peuples indiens, qui maintinrent leur domination des siècles durant sur une grande partie de l’Amérique du Sud. Il essayait également de dégager les aspects spirituels des traditions incas, et ce qu’il m’en apprit, avec cette aisance qui vient d’une connaissance profonde de son sujet, aurait très bien pu venir en droite ligne des ouvrages d’Alice Bailey. Les ressemblances sont tellement parlantes que je ne les signalerai pas, me bornant à rapporter ses propos tels quels.
« Les Incas avaient trois commandements majeurs, trois principes qui formaient la base de leurs rapports à la vie : recherche la vérité, travaille dur, respecte toute forme de vie. Les Espagnols, lorsqu’ils réécrivirent notre histoire, en ont donné la forme négative : ne mens pas, ne sois pas paresseux, ne vole pas. Cette distorsion – entre l’injonction « recherche la vérité » et celle, « ne mens pas », il y a un monde – traduit en fait une différence radicale de mentalité.
« Le commandement « recherche la vérité », par exemple, n’a de sens, bien entendu, que par rapport à une attitude intérieure. Il se fonde sur cette connaissance intuitive que les secrets de la vie se trouvent en nous. Comme Socrate l’avait dit auparavant, connais-toi toi-même. La philosophie inca admettait deux niveaux de connaissance : l’un pour le peuple, l’autre pour les initiés de l’antique sagesse ; l’un, exotérique, l’autre, ésotérique. Le gouvernement de l’Empire s’exerçait sous le contrôle, ou avec le conseil, de responsables suprêmes qui avaient suivi jusqu’au bout le processus de l’initiation et avaient, intérieurement, mené à terme cette recherche de la vérité. Ils détenaient, de ce fait, un savoir très profond sur la nature de la vie, les relations cosmiques et les secrets de l’univers.
« Ce furent très probablement la présence et l’influence de ce cercle hermétique d’initiés qui permirent la longue prospérité (nous parlons en termes de 25 000 ans, voire plus) et le haut degré de cette civilisation. Ce sont eux qui inspirèrent et secondèrent Cuzco dans la fondation et le gouvernement de son vaste Empire. Cet immense territoire – qui s’étendait de l’Argentine à la côte pacifique, et du sud de la Colombie à la partie médiane du Chili actuel – était parcouru par un réseau de près de 23 000 km de routes, malgré des terres souvent inhospitalières, et administré par un Etat très hiérarchisé qui pourvoyait aux besoins matériels de tous. Aujourd’hui, nous le qualifierions de socialiste.
« Les chrétiens n’ont jamais su voir l’antique sagesse sur laquelle se fondait le système de valeur des Incas. N’ayant retenu de leurs traditions que les éléments les plus exotériques, ils en ont fait des païens, des adorateurs du soleil, des membres d’une culture inférieure, rétrograde et superstitieuse. Pourtant, les prêtres et les initiés n’ont jamais fait du soleil leur dieu. Ils croyaient, certes, en un Dieu unique, mais non au sens personnel que lui donnent souvent les chrétiens. Le nommant Pacha Yachay (littéralement « Univers » et « organiser »), ils voyaient en lui, au contraire, le magnétisme, la force de liaison de l’univers, l’énergie qui maintient toutes choses ensemble. Cette énergie est essentiellement amour, la forme extérieure de l’amour. Elle a pour symbole le feu. Cette forme-énergie de feu pénètre l’univers entier, elle est identique à Dieu. Elle se concentre dans les planètes, qui sont en quelque sorte des centrales, des fontaines d’énergie. Dans notre système, c’est le soleil qui remplit cet office. Mais cette fontaine n’est pas l’énergie, elle n’est pas, en dernière analyse, la divinité ; elle n’en est que l’expression.
« Bien sûr, le peuple, que cette conception dépassait, identifiait Dieu et le soleil (« Inti »). Mais la connaissance des initiés était plus grande. Ils savaient aussi que cette connaissance était vaine aussi longtemps qu’elle restait extérieure, et qu’elle ne trouve sa véritable valeur que si sa vérité est expérimentée, intimement comprise. Pour eux, la sagesse extérieure devait trouver sa vérification à l’intérieur du cœur. C’est là que l’initié, comprenant qu’il n’y a qu’une énergie, qu’une vie, qu’un feu, découvrait son propre soleil d’amour et de feu. Il réalisait, de manière vivante, que son soi intérieur trouve sa source dans le cœur du soleil. Ou plutôt, que l’énergie d’amour dont le soleil est l’expression trouve sa contrepartie dans le cœur de l’homme. Ce n’est pas là une simple métaphore lyrique, mais une réalité physique. Les (rares) indiens qui atteignaient à ce niveau de connaissance de soi, qui découvraient leur identité profonde, scellaient leur accomplissement par ces mots : JE SUIS. On les appelait « Cœurs de feu ».
« Les Incas, comme partout ailleurs, laissaient le soin de présenter ces profondes vérités à une organisation officielle, une Eglise. Celle-ci instaura donc des symboles et des rites. Mais les rites sont souvent incompris et tendent, à la longue, à se figer. De tous les symboles, l’or est sans doute le plus universellement utilisé pour représenter la relation entre un « Cœur de feu » et le soleil, source de l’énergie-amour. Les Incas en avaient, pour cette raison, fait un métal sacré. Lui attribuant la vertu spéciale de stocker et de transmettre l’énergie solaire, ils s’en servaient, à l’exclusion de tout autre métal, pour confectionner leurs objets de culte. Mais là s’arrêtait leur intérêt pour lui. Il n’éveillait en eux aucun désir de possession – d’autant que leur système social interdisait la propriété personnelle : être plutôt qu’avoir, telle était leur norme. Ce métal, essentiel pour l’art, la religion et les rituels de magie, n’avait donc pour eux aucune valeur commerciale. Aussi ne firent-ils aucune difficulté pour en donner aux premiers Espagnols. Ce qui, il fallait s’y attendre, eut pour résultat d’accroître la cupidité de ces derniers, avec les suites que l’on sait.
« Cuzco avait alors un palais unique, un temple du soleil, avec un jardin d’or ; tout, dans ce jardin : arbres, plantes, fleurs, rochers, papillons…, absolument tout était en or. Mais ses richesses fabuleuses (on la surnommait la cité d’or) ne suffirent bientôt plus aux Espagnols, qui se mirent à chercher, par la torture, la route de l’El Dorado, le pays d’or.
« L’El Dorado n’était pas une pure fiction. Il existait. Et il existe aujourd’hui. Les légendes nous disent que, peu après l’arrivée des premières invasions d’Europe, qui marquèrent le déclin et la destruction de l’Empire inca, les initiés disparurent et se retirèrent en un lieu sacré, que les Indiens ont nommé Paititi. Ils y mirent à l’abri leur antique sagesse, sur laquelle ont veillé, et veillent aujourd’hui encore, un groupe de Maîtres. L’El Dorado des Espagnols et le Paititi des Indiens désignent le même lieu légendaire. Symbole d’or pour les uns, de sagesse pour les autres. Et Paititi existe bien, mais, en même temps, il n’est nulle part. »
Pour éclairer quelque peu cette déclaration paradoxale, Carlos Milla m’emmena ensuite voir une peinture ancienne ; on peut y lire, en espagnol, le texte suivant : « Cœur de tous les cœurs. Voici la carte de la Terre indienne de Paititi. Tous les royaumes la touchent, mais elle n’en touche aucun. On y peut voir la couleur du chant des oiseaux invisibles. L’être commun n’y trouvera que nourriture ; le poète peut-être y pourra-t-il ouvrir la porte longtemps close de l’amour le plus pur. »
« Par ces mots symboliques, cachant leur vrai sens aux Espagnols, il était indiqué que Paititi n’existe pas dans le monde physique extérieur. La carte montre bien des montagnes, des rivières et de la jungle, mais elle désigne, en réalité, un endroit du monde éthérique. Là, invisibles et inaccessibles aux êtres ordinaires, vivent les Maîtres spirituels – gardiens de la tradition et de la culture, gardiens de la sagesse secrète. Et nous sommes convaincus que, plus actifs que jamais, ils veillent sur notre civilisation et son devenir. Nous croyons aussi qu’un jour, ils pourront de nouveau se montrer en public. Nous ne savons pas quand ils feront renaître notre culture ni comment cela se produira, mais ce temps viendra. »
Pérou
Auteur : Peter Liefhebber, journaliste aux Pays-Bas.
Thématiques : peuples et traditions, spiritualité
Rubrique : Faits et prévisions (Au fil des années, Partage international a régulièrement publié des articles soulignant les attentes de Maitreya, telles qu'elles ont été présentées par l'un de ses collaborateurs vivant à Londres au sein de la même communauté, à propos d'un certain nombre de changements politiques, sociaux, écologiques et spirituels devant se produire dans le monde. Périodiquement, Benjamin Creme et son Maître ont également partagé leur point de vue sur les développements à venir. Dans cette rubrique intitulée « Faits et Prévisions » notre rédaction analyse les nouvelles, les événements et les déclarations ayant un rapport avec ces prévisions et points de vue.)
