Sida : le temps est venu de tenir ses promesses

Partage international no 218octobre 2006

par Stephen Lewis

Lors de son dernier discours comme délégué spécial de l’Onu pour le sida en Afrique, Stephen Lewis s’est livré à un plaidoyer passionné en passant en revue tous les moyens à mettre en œuvre pour lutter contre le sida dans le monde entier.

L’ancien ambassadeur canadien à l’Onu et directeur exécutif à l’Unicef a recommandé instamment aux délégués à la 16e Conférence internationale sur le sida de Toronto de se joindre à lui pour proclamer à nouveau que le temps est venu de tenir ses promesses.

S. Lewis a décrit les principaux problèmes et les solutions à y apporter pour surmonter la pandémie du sida :

1. Les programmes basés uniquement sur l’abstinence ne fonctionnent pas. Une telle approche est totalement désuète et relève du néo-colonialisme.

2. Les programmes basés sur la prévention donnent de bons résultats : le remplacement de seringues et le traitement à la méthadone sauvent des vies. Fermer des centres permettant de pratiquer des injections dans de bonnes conditions revient à lancer une invitation au sida et à la mort. Il faut créer davantage de centres de ce type dans les pays en développement. « On doit s’interroger sur l’état d’esprit de ceux qui préfèrent voir punir les drogués plutôt que d’appréhender le problème pour ce qu’il est : une question de santé publique. »

3. La circoncision est maintenant reconnue comme efficace même dans les zones les plus reculées d’Afrique.

4. Les microbicides constituent une technique de prévention qui arrive à son heure en attendant la mise au point d’un vaccin. Dès qu’elles seront disponibles, ces substances devront être accessibles à toutes les femmes du monde.

5. Prévention de la transmission de la mère à l’enfant : peu de femmes enceintes positives ont accès à un programme de prévention. En Afrique et dans d’autres pays en voie de développement, on délivre des traitements à dose unique plutôt qu’une trithérapie, telle que pratiquée dans les pays occidentaux ; il en résulte que des centaines de milliers de bébés naissent séropositifs alors que le taux de transmission pourrait être pratiquement réduit à zéro. « Quelle est donc cette sorte de monde où la vie d’un enfant africain ou asiatique vaut tellement moins que celle d’un enfant canadien ? »

6. Les personnes sous traitement ont besoin de compléments nutritifs pour le supporter. Le coût de ces compléments est évalué à 66 cents par jour pour une famille. « Par quelle folie ne fournissons-nous pas les fonds nécessaires au Programme alimentaire mondial ? »

7. La violence sexuelle contre les femmes alimente la propagation du virus, en particulier en Afrique. Il faut des lois pour protéger les femmes. Les personnes actives dans la lutte contre le sida devraient prendre davantage ce point en considération.

8. Des tests et des consultations devraient être accessibles à tous ceux qui le souhaitent.

9. Le développement des abus sexuels contre les enfants. Les enfants ont besoin d’une attention particulière mais jusqu’à présent nous n’avons apporté aucune réponse spécifique, les enfants viennent en dernière position dans la liste des priorités et ils ont toujours été relégués à cette place durant les vingt-cinq années de cette pandémie.

10. Les orphelins. Il est impossible de comprendre comment, en 2006, nous n’arrivons pas à mettre en place des mesures pour faire face à ce déluge d’enfants orphelins. Les programmes d’action échouent par manque de financement, seuls 2 à 3 % des enfants orphelins reçoivent une aide de l’Etat. Le nombre monumental d’orphelins, dont de très nombreux sont maintenant devenus adultes, pose un défi presque insurmontable pour leurs pays. « J’en appelle à chacun afin qu’il reconnaisse que nous sommes sur le fil du rasoir et très proche d’une catastrophe humaine qui nous dépassera. » L’impact cumulé de ces orphelins avec leur très haut degré de traumatisme, leurs besoins incommensurables et leur vulnérabilité extrême « nous touche au cœur de notre dynamique humaine, créant une modification sociologique des formes de relations humaines. Nous faisons si peu pour eux, notre réponse est infime. » Une tornade se prépare et nous ne serons pas à même d’y répondre.

11. Les grands-mères. Les grands-mères sont les héroïnes méconnues du continent  africain : elles se montrent extraordinaires, résistantes et courageuses ; elles se battent contre le chagrin inconsolable de la perte de leurs propres enfants et s’occupent de leurs petits enfants à l’âge de cinquante, soixante, soixante-dix et parfois même quatre-vingts ans. Mais elles se battent toutes contre le même cauchemar : que deviendront mes petits-enfants lorsque je disparaîtrai ? Il faut lancer des programmes sociaux de grande ampleur qui reconnaissent la contribution majeure apportée à la société par les grands-mères et qui leur offrent des garanties d’un revenu suffisant.

12. La continuité des traitements. Les traitements maintiennent les gens en vie. Ils apportent l’espoir. Ils stimulent la prévention et s’intègrent de plus en plus dans les soins communautaires. Il faut encourager ce processus.

13. L’Afrique du Sud. Ce pays voit chaque jour 600 à 800 personnes décéder des suites du virus. Le Dr Lewis a condamné l’échec du gouvernement sud-africain qui n’a pas su agir de manière efficace contre le virus.

14. L’énorme crise financière causée par la pandémie. Les organisations de lutte contre le sida sont sous-financées de manière grotesque. Elles doivent rappeler aux gouvernements des pays développés les engagements qu’ils avaient pris eux-mêmes. « La bataille contre le sida est compromise par le comportement du G8. »

15. Les professionnels de la santé qui quittent les pays affectés au profit des pays développés. Investissements et programmes de formations approfondies sont nécessaires de toute urgence.

16. Donner la parole aux jeunes.« Les chiffres sont sans appel : plus de 50 % des nouvelles infections se contractent entre 15 et 24 ans. Personne ne peut nier l’absence consternante de programmes en faveur des jeunes et de la lutte contre la pandémie. »

17. L’inégalité entre les sexes favorise la pandémie. « Nous n’arriverons jamais à bout du sida tant que les droits des femmes ne seront pas reconnus comme de première importance dans cette lutte ». S. Lewis en appelle à la création d’une agence internationale en faveur des femmes. « Il faut une voix, des défenseurs et des capacités opérationnelles sur le terrain en faveur de 52 % de la population mondiale. »

Le Dr Lewis a conclu son intervention avec la déclaration suivante : « Je vous encourage, chers camarades délégués, à vous engager dans le combat contre l’inégalité entre les sexes. Il n’y a pas de lutte plus honorable et plus importante dans ce monde. Tous les chemins partent des femmes et conduisent aux changements sociaux, y compris la victoire contre la pandémie. En ce qui me concerne, je quitterai ma fonction à la fin de l’année, j’ai demandé que mon successeur soit d’origine africaine, mais encore plus important, qu’il soit une femme africaine. »

Auteur : Stephen Lewis, Ancien ambassadeur canadien, directeur exécutif à l’Unicef, délégué spécial de l’Onu pour le sida en Afrique
Sources : stephenlewisfoundation.org
Thématiques : Sciences et santé, politique, éducation
Rubrique : Les priorités de Maitreya (« Pour aider les hommes dans leur tâche, Maitreya, l’Instructeur mondial, a formulé certaines priorités. Assurer à tous un approvisionnement correct en nourriture ; procurer à tous un logement convenable ; fournir à tous soins médicaux et éducation, désormais reconnus comme un droit universel. » Le Maître de Benjamin Creme, Partage international, janvier 1989. Dans cette rubrique, notre rédaction aborde les questions relatives aux priorités énoncées par Maitreya et présente des expériences orientées dans cette direction.)