Londres
L’austérité et le sacrifice purifient le caractère. Se repentir veut dire souffrir des mauvaises actions que nous avons pu commettre : nous pouvons passer toute une nuit à psalmodier le nom de Dieu, ou à répéter un mantra, ou encore pratiquer une forme ou une autre d’ascétisme, par exemple le jeûne. C’est ce qu’on appelle le tapasya (ascétisme) de la méditation. L’ascétisme réfrène notre nature : il nous permet de nous débarrasser de nos aspects négatifs, de nos inclinations coupables. Ainsi nous pouvons parvenir à la connaissance et, grâce à la connaissance, nous arrivons jusqu’à Dieu. Par la lecture, même celle de la Bhagavad Gita, nous accédons seulement à la connaissance ordinaire. La Bhagavad Gita nous dit comment nous conduire, comment pratiquer le dharma (la justice, la vertu) et grâce à cette pratique nous accédons à la connaissance libératrice.
Le Seigneur Krishna dit : « Le fou qui se contrôle extérieurement mais ne cesse d’avoir l’esprit fixé sur les objets qu’il convoite est un hypocrite. » Un hypocrite est quelqu’un dont l’esprit est rempli de penchants coupables, mais qui affiche une forme ou une autre de religiosité. Au contraire, le juste contrôle son mental, pratique le karma yoga, le yoga de l’action, dans un esprit détaché. L’important n’est donc pas le contrôle de nos organes physiques, mais celui du mental où s’accrochent les pensées coupables. Quand de telles inclinations envahissent l’esprit, même si nous affichons une religiosité extérieure, les mauvais penchants demeurent. Il est donc nécessaire d’exercer un contrôle sur notre mental de façon à être capable d’agir de manière désintéressée, sans être attaché au fruit de l’action et dans un esprit de sacrifice. Ce type d’actions purifie notre nature et nous apporte la lumière, mais ce n’est pas le cas de celles que nous accomplissons avec le désir d’obtenir quelque chose, celles que nous n’accomplirions même pas si nous n’avions pas l’espoir d’en tirer un bénéfice personnel. L’accomplissement de ses devoirs est supérieur à l’inaction. D’ailleurs l’action est indispensable, ne serait-ce que pour nous maintenir en vie.
Agir pour le bien des autres
Accomplir les devoirs prescrits est une chose particulièrement importante. Certains devoirs sont appelés swadharma : il s’agit des devoirs familiaux, des devoirs sociaux et ceux qui sont liés à notre dharma. Ces devoirs existent. Qu’ils nous plaisent ou non, nous devons les remplir. Et nous devons le faire dans un esprit de détachement. Nous devons accomplir ce qui est juste, ce qui est nécessaire. Quelqu’un qui est chargé du
nettoyage et qui fait son travail correctement est supérieur à un roi qui ne fait pas le sien. L’important est d’accomplir sa tâche, quelle qu’elle soit, de tout son cœur. C’est là que réside le secret de la vie. Agir en y mettant tout son cœur, ne pas faire les choses à moitié, nous mène à la perfection, élève l’âme et change toute notre attitude à l’égard de la vie. Nous devons toujours tendre au meilleur, faire chaque chose le mieux possible : c’est cela qui nous élève. Faire les choses à moitié ne mène nulle part.
Ce monde est prisonnier de l’action, excepté celle qui est accomplie dans un esprit de sacrifice. Essayez donc d’agir au profit de la communauté, pour le bien des autres, libres de tout attachement. Presque tous les êtres sont attachés au fruit de leurs actes et deviennent esclaves de l’action, esclaves du monde. Une chaîne invisible que nous appelons l’attachement s’est enroulée autour de notre cou et nous sommes liés comme l’enfant est lié à sa mère par le cordon ombilical. Agissez donc en étant libres de tout attachement, agissez par devoir, pour le bien du monde entier, de tous les êtres, de toutes les créatures et non pour en tirer un bénéfice personnel. Comportez-vous comme une mère qui fait le maximum pour son enfant, sans attendre quoi que ce soit en retour. C’est le karma yoga.
La retenue
C’est l’esprit de yajna (la retenue) qui purifie notre être. Brahma, le Créateur, a créé toute chose, tous les êtres, au moyen de yajna. Le Seigneur Krishna dit : « Par ce yajna, vous allez vous multiplier, laissez ce yajna combler vos désirs. » Nous devrions jouir de tout ce que nous accomplissons dans ce monde dans l’esprit de yajna. Dans le tout premier vers de l’Isa Upanishad, les Rishis expliquent en quoi consiste yajna : il s’agit d’user de toute chose avec modération, sachant que rien ne nous appartient, prendre seulement ce dont nous avons besoin, sans complaisance. La retenue purifie notre esprit ; elle nous empêche d’agir de manière négative car lorsque l’esprit est purifié, les mauvais penchants disparaissent et nous connaissons alors la joie d’agir de manière juste. En créant le monde, Brahma a également créé yajna et a déclaré : « Maintenant, allez et vivez dans la joie grâce à yajna. » Cela signifie que nous n’envions personne et que nous usons avec modération de ce qui est à notre disposition. Cela signifie que nous mangeons modérément, que nous prenons seulement ce qui nous est nécessaire.
Considérons l’exemple du Mahatma Gandhi qui procédait à ses ablutions, près de l’océan, un matin de bonne heure, tout en conversant avec le Pandit Nehru. Dans une main, il tenait un verre d’eau destinée à sa toilette et dans l’autre une brosse. Il réalisa soudain qu’il avait utilisé toute l’eau du verre avant d’avoir fini de se laver et il s’exclama : « Mon Dieu, qu’ai-je fait ? J’ai fini l’eau avant d’avoir achevé ma toilette ! » – « Vous êtes au bord de la mer ! » répliqua Nehru. « Mais, cela ne me donne nullement le droit d’utiliser plus d’eau que je n’en ai besoin », rétorqua Gandhi. C’est cela l’esprit de yajna, c’est le fondement du dharma. Lorsque nous le comprendrons vraiment, nous deviendrons semblables à des rois et nous jouirons réellement de ce monde.
La joie
Comme l’affirme le Seigneur Krishna : « Lorsque nous savons réellement à qui tout appartient, nous pouvons prendre quelque chose et en profiter dans un esprit de retenue, prenant peu, seulement ce qui est nécessaire, en étant comme le gardien d’un bien qui ne nous appartient pas. » Si nous avons ce genre d’attitude, notre esprit restera centré sur Dieu et nous jouirons de la paix et de tout le reste. Si nous faisons des sacrifices à Dieu, il nous accordera sûrement de quoi nous réjouir. Mais, nous nous comportons comme des voleurs si nous profitons de ce que Dieu nous donne sans rien offrir en retour. Tout ce que nous obtenons est un don de Dieu, qu’il s’agisse du succès à nos examens, du fait que nous gagnons beaucoup d’argent, que nous avons la chance de pouvoir nous acheter une maison ou de profiter de tous les biens que ce monde met à notre disposition. Lorsque nous nous rendons dans un temple pour recevoir une bénédiction ou pour acquérir du mérite, nous commettons un péché si nous n’apportons pas d’offrande. Au lieu de nous élever, nous restons tels que nous sommes ou nous devenons pires. A quoi cela sert-il ?
Ceux qui font la cuisine pour eux-mêmes partagent un repas impur. Mais ceux qui partagent les restes d’un sacrifice à Dieu sont libérés du péché. En général, nous mangeons seulement ce qui nous fait plaisir, cela peut même ne pas être bon ou franchement nocif pour notre santé et nous nous servons trop largement pour finalement en jeter la moitié à la poubelle parce que nous ne réfléchissons pas. Nous ne pensons pas à ceux qui, par millions, souffrent de la faim : c’est la pire des choses. Le Seigneur Krish-na dit que la nourriture que nous absorbons dans le seul but de satisfaire notre appétit égoïste et nos propres désirs n’est pas bonne. C’est une nourriture impure. Mais donner ne serait-ce qu’un tout petit morceau de ce que nous avons, c’est faire œuvre de charité et la nourriture que nous absorbons après l’avoir partagée est ce que nous appelons amritam, du nectar. Manger les restes d’une nourriture offerte en sacrifice nous libère de tous nos péchés, purifie notre mental et tout notre être.
L’esprit de partage
En agissant dans un esprit de partage, nous faisons preuve de maturité, nous nous aidons mutuellement et chacun progresse. Lorsque nous adopterons une telle attitude, l’harmonie, la paix et le progrès règneront autour de nous ; nous obtiendrons tout et nous connaîtrons le bonheur et la paix intérieure. Mais lorsque l’esprit de partage fait défaut, on voit apparaître l’égoïsme et nous oublions que rien ne nous appartient, que tout nous vient de Dieu. Et c’est de cet oubli si grave que découlent tous les problèmes du monde. Mais dès que nous nous rappelons que c’est Dieu qui nous a accordé tout ce que nous possédons et dès que nous le partageons avec autrui, cela a un effet psychologique sur notre mental – cela nous purifie intérieurement et nous faisons alors l’expérience de la paix et du bonheur. L’auto-purification nous débarrasse de notre ignorance, nous permettant ainsi d’atteindre la connaissance, puis la libération. Tel est le but de notre vie. Om Tat Sat Hari Om.
*La Bhagavad Gita ou « Chant de Dieu », l’un des textes sacrés hindous, rapporte les dialogues échangés entre Krishna, une incarnation de Vishnu et Arjuna, son disciple.
Auteur : Swami Nirliptananda, attaché à l’un des temples hindous de la communauté asiatique de Londres, est l’un des swamis les plus proches de Maitreya et de ses enseignements.
Thématiques : sagesse éternelle, spiritualité
Rubrique : Divers ()
