Manuscrits de la mer Morte : un nouvel outil de datation

Partage international no 443juillet 2025

Les manuscrits de la mer Morte ont été découverts au milieu du XXsiècle dans les grottes de Qumrân, dans le désert de Judée, par des bergers bédouins. Dans les années 1990, des échantillons ont été datés au carbone 14. Aujourd’hui, grâce à l’intelligence artificielle (IA), les chercheurs réexaminent la question de savoir quand, où et par qui ils ont été rédigés.

Une équipe de chercheurs de l’Université de Groningue, aux Pays-Bas, a utilisé une IA basée sur l’apprentissage automatique pour créer un modèle baptisé Enoch, en référence au personnage biblique associé à la connaissance scientifique. Les analyses d’échantillons ont révélé que deux styles d’écriture, l’écriture hasmonéenne et l’écriture hérodienne, ont coexisté bien plus longtemps qu’on ne le pensait. Par ailleurs, un échantillon contenant des versets du livre de Daniel s’est avéré plus ancien que ne le suggérait la paléographie traditionnelle : ils seraient contemporains de l’auteur du livre de Daniel, et non pas de la génération suivante comme on le croyait. De même les chercheurs ont découvert qu’un exemplaire du livre de l’Ecclésiaste datait de l’époque de son auteur présumé.

Photo : Osama Shukir Muhammed Amin FRCP(Glasg)CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Une partie du parchemin 28a issu de la grotte « Qumrân 1 », de la collection des « manuscrits de la mer Morte », collection du Musée jordanien, à Amman (Jordanie).

Cette nouvelle recherche surmonte trois limites des techniques de datation antérieures : la contamination par l’huile de ricin, une substance utilisée dans les années 1950 pour faciliter la lecture des manuscrits, mais qui peut fausser les résultats ; le fait que de nombreux parchemins n’aient été datés que par analyse graphologique ; et la destruction des échantillons utilisé pour la datation au carbone 14.

Le professeur Mladen Popovic, premier auteur de la recherche, publiée dans la revue Plos One, a déclaré : « Notre étude est une première étape significative qui nous ouvre les portes de l’histoire. Elle offre de nouvelles perspectives de recherche. » Joan Taylor, professeure émérite au King’s College de Londres, a indiqué que ces résultats auront un impact majeur sur les études sur Qumrân. La plupart des plus de 1 000 manuscrits découverts dans les grottes près de Qumrân n’auraient pas été rédigés sur ce site, qui n’a été occupé que plus tard.

Le Dr Matthew Collins, de l’Université de Chester, conclut : « Dans l’ensemble, il s’agit d’une étude importante et bienvenue, qui pourrait fournir un nouvel outil précieux pour la datation de ces textes. Néanmoins, il convient de l’adopter avec prudence et de la comparer soigneusement à d’autres données. »


Sources : The Guardian
Thématiques : sagesse éternelle
Rubrique : Divers ()