Partage international no 357 – mai 2018
par Sophie Grandguillaume
Nous vivons à l’aube de très grands changements : l’Émergence de la Hiérarchie spirituelle ‑ les Maîtres de Sagesse ‑ rend possible la transition de l’ancien monde au monde nouveau.
Comment accomplir cette transformation ? Efforçons-nous de définir les différentes étapes susceptibles d’accompagner et de faciliter l’éclosion de cette nouvelle civilisation.
Tout d’abord, examinons l’Émergence en tant qu’acte politique. Qu’est-ce que l’Émergence ? C’est l’extériorisation de la Hiérarchie spirituelle, autrement dit le retour de la Hiérarchie dans le monde extérieur, dans la vie de tous les jours.
Il est donc opportun de nous interroger sur la manière dont les gens perçoivent et accueillent un tel retour. Comment s’assurer que cette « réception » soit correcte et se déroule dans les meilleures conditions possibles ?
Pour répondre à cette question il faut considérer la notion de « politique » : qu’est-elle ? Comment se définit son action ?
La politique, c’est tout ce qui se réfère à Polis (la cité-État idéale), à la société, à l’organisation de cette société et à la vie en son sein. L’histoire de l’humanité nous apprend qu’il y a deux sortes de politique : celle qui vise à séparer les gens, et celle qui vise à les unir. On nous a toujours forcés à choisir entre les deux. Nous observons que l’homme a toujours suivi le chemin de la séparation, malgré les tentatives qu’il a faites à travers l’Histoire pour établir des sociétés au sein desquelles il s’est efforcé de vivre selon les Lois de l’Unité.
Qu’est-ce qui fait défaut à l’humanité et qui l’empêche de vivre selon les Lois de l’Unité ?
Il ne suffit pas de créer l’unité sur un plan purement matériel. Ni de chercher à la créer au niveau purement spirituel. L’échec a couronné toutes les tentatives trop focalisées sur l’un ou l’autre de ces aspects. Par conséquent, l’avenir de l’humanité dépend de l’expression correcte et simultanée, dans l’espace et dans le temps, de ces deux polarités : le matériel et le spirituel.
Aussi est-il primordial de réfléchir à la forme à donner à la Nouvelle Polis ‑ la nouvelle société ‑ si nous voulons réussir à vivre selon les Lois de l’Unité et pleinement manifester l’Extériorisation de la Hiérarchie.
Si la tradition ésotérique a toujours souligné l’absence de séparation ou d’opposition entre le matériel et le spirituel, c’est à nous qu’il revient de donner forme à cette reconnaissance sur le plan politique ‑ autrement dit, de l’extérioriser.
Comment organiser la société et le groupe de telle sorte que les aspects matériels et spirituels puissent coopérer et grandir ensemble ? S’ils réfléchissent à cette question, les hommes en viendront à repenser et reformuler les différentes voies politiques et religieuses qu’ils ont connues jusqu’à présent.
Si nous examinons les mouvements politiques, nous distinguons deux tendances principales. L’une, récurrente tout au long de l’Histoire, ne recherche que le développement matériel, sans le relier à l’aspect spirituel. On la reconnaît à son ignorance du spirituel, qu’elle n’accepte pas. De nos jours, cela a pour nom « capitalisme », dans toutes ses variantes.
La seconde tendance politique est le développement de l’aspect matériel, pour le bien de l’humanité : il s’agit de toutes les tentatives de mise en commun des ressources d’un groupement humain donné, tentatives auxquelles on a donné le nom de « communisme », avec toutes ses variantes historiques. Dans la mesure où elles se limitaient au plan matériel, sans connaissance ou acceptation du plan spirituel, ces tentatives ont échoué. Tout comme le capitalisme échoue aujourd’hui. La reconnaissance du spirituel est donc indispensable au juste développement de l’humanité sur le plan matériel et sur le plan politique.
Avec l’apparition cyclique de Grands Enseignants, l’humanité a régulièrement reçu l’impulsion nécessaire à la création de la Polis parfaite, dans laquelle le développement de l’humanité s’exprimerait simultanément sur les plans matériels et spirituels. Ces impulsions se sont concrétisées en diverses religions, adoptant elles-mêmes des formes variées.
Et, tout comme les différentes voies politiques, les différentes voies religieuses ont échoué à créer la Cité parfaite. Cela est principalement dû aux dogmes qui ont été promulgués, et qui, devenus semblables à des lois matérielles, ont mené à l’incompréhension de la relation entre les aspects matériels et spirituels de la vie, et, par suite, entre les sphères politiques et religieuses. Même les nombreuses tentatives de « communisme religieux » visant à créer des sociétés parfaites sont restées lettres mortes, s’étant développées à l’ombre des structures religieuses officielles, donc coupées des sphères politiques et de toute réalité extérieure. Les grands courants religieux ont toujours été dépourvus d’une juste compréhension de ce qu’est réellement la religion, et, par suite, n’ont jamais su considérer la politique et la religion comme inséparables, sans que l’une soit subordonnée à l’autre.
Ainsi, l’époque qui s’ouvre devant nous s’avère remplie d’espoir et d’opportunités d’expérimentations, impliquant rien moins que la redéfinition commune des champs politiques et religieux qui ensemble formeront le moyen par lequel l’humanité atteindra la plénitude du Soi. La nouvelle civilisation – ou Polis ‑sera l’expression correcte, dans et à travers ses structures, de la relation harmonieuse entre le politique et le religieux, au service de l’évolution du Soi.
Quelle forme pourrait prendre cette nouvelle civilisation ? Les Priorités de Maitreya nous en donnent certains aperçus. L’une d’elles, intitulée L’introduction aux Mystère1, nous enseigne que l’humanité parviendra à une compréhension scientifique du fait religieux qui animera la vie de l’homme, à la fois en tant qu’individu et en tant que groupe.
La politique sera réévaluée à l’aune des Lois de la Vie et de l’Amour. La politique, la vie en société et la compréhension scientifique du Divin ne seront plus séparées et aucune ne sera subordonnée à une autre. Aucun dogme ne pourra émaner des sphères politiques ou religieuses, car chacune sera considérée comme l’une des deux faces d’une même pièce. Il n’y aura plus de « vie spirituelle » s’opposant à la vie « non spirituelle » : on comprendra que tout fait partie de la même Énergie exprimant des besoins et des pré requis différents.
La société sera organisée selon les Lois de la Vie et de l’Amour, et autour des périodes d’initiation aux Mystères. Par sa relation à la sphère spirituelle, la politique retrouvera son sens véritable. Il en ira de même avec la vie en société, car elle se reliera de façon scientifique à l’aspect spirituel de la vie.
La politique assumera un aspect sacré dans la mesure où elle sera l’arène adaptée à la réception des forces des plans supérieurs invisibles sur le plan extérieur physique. La vie religieuse sera vécue comme la simple relation et connexion avec les plans supérieurs ; elle sera l’expérience simple et directe des forces supérieures, affranchie de toute structure officielle et dogmatique.
Il n’y aura plus de séparation entre la politique et la religion.
Cette nouvelle civilisation ne se créera pas en un jour. Il nous faudra d’abord comprendre, voir et définir le véritable objectif de la politique : créer les conditions matérielles permettant à chaque être, à chaque humain, de vivre physiquement, se développer et s’épanouir sur le plan physique de notre planète, en toute tranquillité, ce qui lui permettra d’évoluer spirituellement en paix et à son propre rythme, au cours de son incarnation.
La reconnaissance même que la sphère politique doit être entièrement au service des individus et du groupe constituera, en soi, un accomplissement majeur de l’humanité.
A notre connaissance, une telle société n’a jamais existé, la politique et la religion n’ayant encore jamais été ‑ sauf en de rares et courtes périodes de l’Histoire ‑ considérées comme des instruments exprimant et en même temps favorisant l’évolution de l’homme.
Cependant, aujourd’hui, l’humanité revient à soi et l’homme apprend à se considérer comme un être en évolution. Il sait qu’il évolue sur Terre comme au ciel, et ses créations évoluent également.
L’Emergence vue comme un acte politique
A la fois individuellement et collectivement, l’homme apprend à reconnaître les Lois qui guident son évolution. Aujourd’hui, il a pris conscience de lui-même comme d’un Être en Devenir, ce qui lui permettra d’unir les deux pôles apparemment opposés de la Matière qu’il est et de l’Esprit qu’il est.
En ce sens, l’Émergence peut être perçue comme un événement politique majeur, puisque le retour parmi nous des Maîtres de Sagesse et le fait que nous les reconnaissions nous permettent de nous réapproprier le sacré en le réintroduisant dans le monde matériel et dans la politique.
Le retour de l’équilibre entre les domaines du politique et du religieux apportera un grand réconfort à l’humanité. Pour sortir de la crise actuelle, l’homme doit identifier clairement les problèmes, à savoir : la dichotomie du « capitalisme contre le communisme », et celle d’une « société civile ou laïque contre une société dominée par la religion ». Ces deux dichotomies n’ont cessé de se développer comme si elles existaient indépendamment l’une de l’autre. Mais ce n’est qu’une illusion. Nous ne sortirons pas de la crise actuelle en tentant de les résoudre séparément. La voie politique et la voie religieuse ne sont qu’une et même chose. La solution n’apparaîtra donc que si nous comprenons le lien entre le physique et le métaphysique.
Il est évident que la période que nous traversons aujourd’hui, tout en manquant de direction, se trouve minée par son défaitisme face au capitalisme, tant la lutte contre le dualisme « communisme contre capitalisme » semble difficile et interminable. Mais il faut bien se rendre compte qu’elle est stérile et condamnée à l’échec, car l’aspect spirituel de la vie est alors mis de côté et le lien métaphysique n’est pas reconnu. Cela induit un grand vide que l’homme refuse de combler par un retour à la religion dans l’une ou l’autre de ses formes connues, car il a à présent acquis assez de maturité pour rejeter toute forme de dogmatisme.
Pour aller de l’avant, il convient donc de redéfinir non seulement le domaine politique en relation avec le domaine métaphysique, mais également la sphère religieuse en relation avec l’arène politique, avant de pouvoir les faire fusionner en un même espace-temps : celui de la connaissance du Soi et des Lois qui régissent cette connaissance. Telle est la première étape pour fonder la nouvelle civilisation. Cette étape est l’outil ou le « levain » faisant aujourd’hui défaut à tous les groupes désireux de servir.
Ainsi, nous pouvons considérer le Retour de la Hiérarchie des Maîtres de Sagesse, ainsi que son acceptation et son accueil par l’humanité, comme un acte politique, autrement dit : un acte volontaire dans le but de créer la civilisation et la société qui nous permettront de vivre en harmonie avec les autres et avec nous-mêmes.
Car il s’agit bien d’une décision, d’un acte de volonté qui nous incombe autant qu’à la Hiérarchie. Celle-ci a, bien sûr, décidé de revenir et de se manifester au grand jour parmi nous, mais c’est notre responsabilité en tant qu’humanité d’accepter et de permettre cette Extériorisation.
En ce qui concerne notre groupe mondial, sa tâche est d’orienter correctement les domaines politiques et religieux en direction d’une juste relation entre eux. En tant que groupe participant au travail de l’Émergence, il est capital que nous comprenions l’importance de cette tâche et que nous soyons actifs dans ces champs.
Nous devons comprendre que nous créons l’Émergence parce que nous sommes la partie extériorisée de la Hiérarchie. C’est pourquoi Maitreya nous a fait le don solennel de la Volonté, appelé Le don du Grand Seigneur2 : en effet, armés de cette Volonté, nous pourrons ancrer L’Émergence dans la société et contribuer à redéfinir et réorienter les domaines politiques et religieux, aidant ainsi à définir l’objectif qui guidera les hommes et l’humanité au cours de ces prochaines années.
En agissant ainsi, nous démontrons que l’Émergence est un acte politique, que nous transformons en acte éducatif. Nous-mêmes subissons l’entraînement et apprenons une discipline tout autant que nous transmettons l’information et apprenons aux gens l’existence de la Hiérarchie. Mais aujourd’hui il ne s’agit plus seulement de cela : nous devons aussi les éduquer en vue de la construction d’une nouvelle civilisation. Cela nous oblige à définir, délimiter et indiquer clairement cet objectif et à servir de guide pour exposer les fondements de la voie et pour tracer le chemin qui mène à la nouvelle Cité.
La prise de conscience que nous faisons partie de l’Émergence est donc une étape très importante pour notre groupe dans le processus de « réception » du retour de la Hiérarchie.
En fin de compte, vivre l’Émergence en tant qu’acte politique, éducatif et volontaire, redonne au groupe humain le droit de choisir ‑ ce droit perdu depuis si longtemps. Car aujourd’hui, par un acte de volonté à concrétiser dans le domaine politique, nous pouvons prendre la décision consciente de travailler avec et pour la Lumière. Le Retour de la Hiérarchie des Maîtres de Sagesse est pour nous l’occasion, en tant que groupe humain, de nous opposer au mal et de le vaincre par un acte de volonté. Il nous permet également d’affirmer le lien avec l’âme et avec l’esprit en tant que nécessité naturelle qui doit trouver son expression dans la structure politique, aussi bien au niveau collectif qu’individuel.
De la sorte, à chaque niveau qui va de l’individu au collectif, nous pouvons affirmer avec force : « Oui, l’âme et l’esprit sont des réalités. Oui, je peux être en contact avec ces niveaux. Oui, je peux l’affirmer. J’ai le droit de l’affirmer. » Et par cette affirmation ontologique je pose un acte politique parfaitement légitime, exempt de tout dogme, et créateur de la Nouvelle Civilisation.
La tâche qui nous attend ces prochaines années est évidemment gigantesque. Il faut faire de cet objectif un sujet de discussion afin qu’il puisse être atteint. Il faut définir les étapes qui nous guideront vers ce but : redéfinir les domaines politiques et religieux, les réorienter au service de l’évolution humaine, et affirmer que la connaissance du Soi est un préalable naturel pour structurer le domaine politique.
1. Voir l’article Le Fils de l’Homme dans Un Maître parle, Partage Publication.
2. Cf Partage international, novembre 2017 : Réflexions sur le passé et l’avenir de notre travail.
Auteur : Sophie Grandguillaume, linguiste, spécialiste des langues classiques et bibliques. Collaboratrice de Partage international qui réside à Rome.
Thématiques : vie dans le nouvel age
Rubrique : Divers ()
