L’inégalité économique, bombe à retardement

Partage international no 223mars 2007

Une série d’articles publiés dans Libération révèle un cocktail explosif, fait de dérégulation, de concentration de la richesse face à une pauvreté massive, et de systèmes financiers hors contrôle.

Selon une étude publiée par l’Organisation internationale du travail (OIT) en janvier 2007, le nombre de chômeurs a atteint le chiffre record de 195,2 millions pour 2006, et ce, en dépit de la forte croissance économique de la planète. « Le nombre d’emplois rémunérés a augmenté de 16 % tandis que la productivité mondiale grimpait de 26 %, précise le directeur de l’OIT, Juan Somavia. Et l’on n’a aucune certitude que la poursuite de la croissance en 2007 se traduira en termes de création d’emplois décents, et donc diminuera le nombre de travailleurs pauvres. »

Le nombre de jeunes au chômage (15-24 ans) est passé de 74 à 85 millions. Mais, pour l‘OIT, la situation est sans doute pire que ce qu’indiquent les chiffres, dans la mesure où nombre de salaires ne permettent pas de mener une vie décente. Plus de 300 millions de jeunes – un quart de la jeunesse mondiale – vivent en dessous du seuil de pauvreté : avec moins de deux dollars par jour.

Le nombre des 15-20 ans a augmenté de 13 % entre 1995 et 2005, contre 3,8 %, pour les offres d’emplois. Si bien que 44 % de ces jeunes sont au chômage, bien que cette tranche d’âge ne représente que 25 % de la population active mondiale.

« L’Afrique, l’Europe de l’Est et le Moyen-Orient sont les régions les plus touchées. Il faudrait 400 millions d’emplois dignes de ce nom pour intégrer les jeunes noirs dans la société civile », indique l’OIT. En Afrique subsaharienne, huit personnes sur dix vivent avec moins de deux dollars par jour, et 26 millions d’Africains sont tombés sous le seuil de pauvreté entre 2001 et 2006.

indique l’OIT. En Afrique subsaharienne, huit personnes sur dix vivent avec moins de deux dollars par jour, et 26 millions d’Africains sont tombés sous le seuil de pauvreté entre 2001 et 2006.

La faim s’étend

« La faim touche quatre millions d’hommes de plus par an », a annoncé Jacques Diouf, directeur du FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), en octobre dernier, à Rome.

Il y a dix ans, les chefs d’Etat et les responsables du FAO avaient déclaré la faim « inacceptable et intolérable » et s’étaient accordés pour réduire de moitié le nombre des personnes frappées par la malnutrition d’ici 2015 – soit une baisse de 31 millions par an. « Nous n’avons pas accompli de progrès significatif. Je suis désolé de dire que la situation reste inacceptable et intolérable, a-t-il poursuivi, et à moins de prendre de toute urgence ce problème à bras le corps, nous n’atteindrons pas l’objectif avant 2150. »

Même si le nombre des victimes de la faim a baissé en Asie, en partie du fait des investissements dans l’agriculture réalisés au Vietnam et en Chine, l’Afrique centrale et du sud en comptent aujourd’hui 179 millions. Dans certains pays, comme la République démocratique du Congo, ce nombre a même été multiplié par trois. La malnutrition frappe également les anciens pays du bloc de l’Est, comme l’Arménie, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan et la Russie, où ce fléau touche 21 millions de personnes. Selon le FAO, la nourriture est plus abondante maintenant qu’il y a une dizaine d’années, et pourrait le devenir plus encore. « Nous disposons des ressources et des connaissances pour vaincre la faim, mais les promesses n’ont jamais nourri personne, a scandé J. Diouf.

Les riches sont peu nombreux mais de plus en plus riches

Tandis que la faim fait des ravages dans le monde, une étude menée par les Nations unies a montré que 2 % de la population mondiale possède la moitié du parc immobilier de la planète, la moitié de celle-ci n’en détenant que 1 %. (Voir PI, janvier/février 2007). Cette étude confirme la concentration croissante de la richesse dans les pays développés : sur les 10 % les plus fortunés de la planète, 25 % vivent aux Etats-Unis, 25 % en Europe, et 20 % au Japon.

Boulimie des fonds spéculatifs

Selon l’Institut de recherche sur les fonds spéculatifs de Monaco, le volume des actifs contrôlés par les fonds spécula-tifs a doublé depuis 2002, pour atteindre la somme vertigineuse de 1 336 milliards de dollars. Traditionnellement domaine des riches investisseurs institutionnels (comme certaines universités étasuniennes) et des multinationales, ces fonds attirent aujourd’hui des particuliers, naturelle-ment plus fragiles. Les mouvements de capitaux de ces partisans zélés d’une dé-régulation extrême de l’économie et des marchés financiers restent en dehors de tout contrôle. La société américaine Amaranth Advisors, a ainsi perdu 6,6 milliards à la suite du « pari » d’un fonds spéculatif sur le prix du gaz naturel.

L’organisme de contrôle de la Bourse américaine a pris des mesures pour protéger les investisseurs novices en élevant le minimum légal du capital investi dans ces fonds. Mais la dangerosité de ces fonds devient sans commune mesure quand on sait qu’ils peuvent miner des économies nationales entières – comme on l’a vu lors de la crise asiatique de 1997. La taille de leurs investissements est telle qu’ils peuvent déstabiliser des pays comme la Thaïlande et Hong Kong. Cette situation est devenue si explosive que Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne, a exprimé publiquement sa préoccupation devant le Parlement européen et demandé un accord international sur la régulation de ces fonds spéculatifs.


Sources : Libération, France
Thématiques : politique, Économie
Rubrique : Les priorités de Maitreya (« Pour aider les hommes dans leur tâche, Maitreya, l’Instructeur mondial, a formulé certaines priorités. Assurer à tous un approvisionnement correct en nourriture ; procurer à tous un logement convenable ; fournir à tous soins médicaux et éducation, désormais reconnus comme un droit universel. » Le Maître de Benjamin Creme, Partage international, janvier 1989. Dans cette rubrique, notre rédaction aborde les questions relatives aux priorités énoncées par Maitreya et présente des expériences orientées dans cette direction.)