L’esprit de service désintéressé

RÉFLEXIONS SUR LA BHAGAVAD GITA*

Partage international no 136décembre 1999

par Swami Nirliptananda

Londres

Nous avons tous différents types de devoirs et de responsabilités envers notre famille, notre société, notre vie spirituelle et notre dharma (droiture, vertu). Nous formons une seule grande famille : nous dépendons les uns des autres pour notre existence ; nous ne pouvons survivre seul. Nous devrions donc travailler pour le bien de tous. C’est essentiellement cela le dharma : remplir nos devoirs. Nous vivons tous dans ce monde et si chacun suit ses propres caprices et ses fantaisies personnelles, il se produira sans cesse des conflits d’intérêt et les hommes seront toujours en train de se battre, mentalement et physiquement, si bien que la vie toute entière ne sera qu’un champ de bataille. Nous sommes tous différents, nous pensons différemment et nous avons tous nos propres besoins, mais si chacun d’entre nous en fait à sa tête lorsque nous sommes ensemble, il y aura tout le temps des conflits d’intérêt. Nous devons donc nous efforcer de trouver ce qui peut inciter chacun à faire des sacrifices pour la communauté, pour le bien de tous.

La « loi de la vie » (concernant l’homme) nous montre comment vivre dans le monde. Notre monde séculier nous soumet à de nombreuses lois, car s’il n’existait pas de règles, nous pourrions nous tuer nous-mêmes, nous massacrer les uns les autres, supprimer toute vie, causer une terrible destruction. Nous avons donc besoin de règlements. Les Rishis ont incorporé ces lois dans la vie spirituelle afin que nous puissions les pratiquer de notre plein gré. Ainsi, naturellement, volontairement, nous accomplirons l’action juste ; c’est cela le dharma. Lorsque nous accomplissons l’action juste, nous en bénéficions et finalement la société elle-même en bénéficie. Un autre type de loi est celle qui nous est imposée, au besoin par la force, mais, en dépit de toutes les contraintes extérieures, nous ne sommes pas capables de vivre en paix, parce que notre nature est ainsi faite. Il est donc essentiel de pratiquer une certaine discipline.

Les Vedas affirment que la connaissance est utile, nécessaire, mais que, seule, elle est insuffisante et que nous devons nous efforcer à une certaine discipline, de manière à nous élever sur le plan moral et éthique. Si nous nous contentons de parler tout le temps, les autres ne nous suivront pas et, pour qu’ils le fassent, nous devrons exercer une certaine pression sur eux. La nature des êtres humains est ainsi faite et c’est la raison pour laquelle il existe tant de lois. Les Rishis ont donc prescrit le dharma, qui ne dit pas que nous ne devons rien détruire, mais que tout est divin et lorsque nous savons que tout est divin, nous ne détruisons rien. C’est aussi simple que cela.

La plus grande perfection

L’interdépendance se manifeste lorsque chacun d’entre nous remplit ses devoirs en tant que père, mère, fils, fille, etc., en tant que partie de la société, partie du tout. Lorsque nous accomplissons nos devoirs en n’escomptant aucune forme de récompense égoïste, mais comme une obligation, une contribution à la vie, cette attitude d’esprit développe en nous un détachement intérieur. En accomplissant ce type de devoirs, notre esprit et notre nature se purifient et nous nous détachons alors du monde matériel. L’attachement naît lorsque nous agissons uniquement dans le but de satisfaire nos propres exigences, de maintenir notre situation personnelle, etc. Lorsque nous pensons à nos devoirs envers notre famille, la société dans laquelle nous vivons, notre vie religieuse et notre dharma, nous ne sommes plus centrés sur nous-mêmes, mais, au contraire, nous commençons à penser davantage aux autres, à essayer de faire quelque chose pour eux ; c’est ce qu’on appelle seva (le service désintéressé). Le service désintéressé permet de devenir détaché et purifie notre esprit.

Seva, le service désintéressé

L’enseignement essentiel de la Bhagavad Gita est la pratique du seva. Le Seigneur Krishna a affirmé que grâce à l’action désintéressée dans laquelle nous n’avons rien à gagner ni à perdre, grâce à la pratique continuelle du seva en faveur de notre famille, ou de qui que ce soit, nous pouvons atteindre un niveau de réalisation si élevé que notre esprit est absorbé en Dieu. Nous ne dépendons alors de rien d’autre. Le Seigneur Krishna nous conseille donc de toujours accomplir, dans un esprit de détachement, l’action qui doit être faite ; alors, en vérité, nous atteindrons la plus grande perfection. Le Seigneur Krishna a expliqué que lorsque nous ne faisons que penser à nous-mêmes en oubliant les autres, nous devenons attachés aux choses, et en raison de cet attachement, toutes sortes de difficultés surgissent dans notre vie. Ce n’est donc pas ainsi que l’humanité peut trouver la paix et le bonheur. La seule façon de les trouver est de pratiquer le détachement, parce qu’à chaque fois qu’il y a attachement, il y a souffrance : l’attachement est la cause de la souffrance. Mais lorsqu’il y a détachement, il y a paix et harmonie, il y a tout ce que l’on peut souhaiter de meilleur car avec l’esprit de sacrifice vient le non-attachement. Et lorsqu’il y a sacrifice, tout le monde y gagne. Mais lorsqu’au contraire nous sommes centrés sur nous-mêmes et ne pensons qu’à nous, personne ne nous aime. Personne n’aime les égoïstes. Le Seigneur Krishna a affirmé qu’il n’existait nulle place en ce monde pour ceux qui ne font pas de sacrifices, sans parler d’une place dans l’autre monde. « Par conséquent, a dit le Seigneur Krishna, agissez toujours dans un esprit de non-attachement. »

Les actions et les idées des grands hommes font autorité, les autres suivent. La spiritualité n’est pas un simple discours ; elle doit s’exprimer dans nos actions et notre attitude. Car c’est par l’exemple que nous sommes capables d’enseigner, pas seulement par la parole. Le Seigneur Krishna a demandé comment nous serions tous si les grands hommes se contentaient aussi de parler et de ne rien faire. Les grands hommes sont un exemple à suivre, ils montrent la voie. De la même manière, nous devons travailler pour le bien de notre famille, de la société dans laquelle nous vivons, de notre dharma, et si nous sommes pleinement engagés dans ce genre d’activité, notre esprit sera purifié. Et lorsque notre esprit sera purifié, Dieu nous aidera.

Nous nous enorgueillissons souvent d’aider les autres, mais c’est une chance d’avoir l’opportunité de faire quelque chose. Accomplir un sacrifice est la plus grande chose que nous puissions faire. Comme quelqu’un l’a dit, le service désintéressé est semblable à un arbre : nous le nourrissons et nous l’arrosons, et lorsqu’il grandit, nous nous en réjouissons parce que nous l’avons observé depuis le début, nous avons pris soin de lui, et lorsqu’il fleurit, nous sommes heureux. C’est cela le véritable dharma. La base du dharma est yajna (le sacrifice). Il n’a jamais existé de grand homme qui n’ait accompli de réel sacrifice. Lorsque nous suivons cette philosophie du sacrifice, nous devenons grands nous-mêmes.

La famille, base de notre société

La famille est la base de notre société. Ce qu’est notre famille, notre société le devient. Particulièrement lorsque les enfants sont très jeunes, nous devons leur montrer l’exemple, sinon, nous perdrons le contrôle. C’est pourquoi le Seigneur a dit que nous avions de multiples responsabilités, des responsabilités envers notre famille, la société, notre vie religieuse et notre dharma. C’est cela le service désintéressé. Si nous faisons notre devoir, notre vie sera heureuse et notre société prospérera. C’est pourquoi la Bhagavad Gita insiste sur le fait que si nous suivons les principes, l’éthique et la sadhana (la méditation) qu’elle nous enseigne, notre vie deviendra finalement sublime ; nous ferons l’expérience de la paix et l’harmonie régnera dans notre société. Om Tat Sat Hari Om.

*La Bhagavad Gita, ou « Chant de Dieu », un des textes sacrés hindous, rapporte les dialogues échangés entre Krishna, une incarnation de Vishnu, et Arjuna, son disciple.

Auteur : Swami Nirliptananda, attaché à l’un des temples hindous de la communauté asiatique de Londres, est l’un des swamis les plus proches de Maitreya et de ses enseignements.
Thématiques : sagesse éternelle
Rubrique : Divers ()