Les paires d’opposés – Conférence d’ouverture (1/2)

Séminaire 2002

Partage international no 179juillet 2003

par Benjamin Creme

L’article suivant est la transcription d’une conférence donnée par Benjamin Creme à la rencontre des groupes de transmission qui s’est déroulée dans les environs de San Franscisco, aux Etats-Unis, en août 2002.

Les paires d’opposés

Par le Maître –, à travers Benjamin Creme,  juillet 1989

Depuis que l’homme est apparu sur la Terre, son histoire n’a été qu’une longue suite de conflits et de luttes, d’agressions et de guerres. Il n’y a guère eu d’époque où ces tendances n’aient été dominantes, si bien qu’elles sembleraient constituer la nature essentielle de l’homme. Pourtant, en dépit des apparences, ce n’est nullement le cas. Pourquoi alors, l’homme présente-t-il une image aussi déformée de lui-même ? D’où lui vient cette propension à l’action chaotique et à la violence destructrice ?

L’homme est essentiellement une âme, un reflet parfait de Dieu. Au cours d’innombrables incarnations, depuis les temps les plus reculés, l’âme de l’homme a cherché à exprimer sa nature divine dans le temps et l’espace. Lorsqu’elle se crée une contrepartie physique, elle la dote des moyens qui lui permettront d’évoluer vers sa propre perfection. C’est ainsi que le Plan de Dieu s’accomplit.

La clé de ce développement est l’aspiration. En chaque homme demeure le désir de perfection et le besoin d’exprimer le bien, le beau et le vrai : les attributs de l’âme. Personne, quelles que puissent être ses défaillances, n’est dénué du désir de s’améliorer, peu importe comment il l’exprime. Il n’existe personne en qui cette aspiration ne serait présente. Comment alors expliquer les aberrations de l’homme, sa violence et sa haine ?

La réponse se trouve dans la position unique qu’il occupe, point de rencontre de l’esprit et de la matière, et dans les tensions que suscite la coexistence de ces deux aspects en lui. L’homme est une âme immortelle, plongée dans la matière, et, par conséquent, sujette aux limitations qu’elle impose. Sa lutte pour la perfection consiste à résoudre l’opposition inhérente aux deux pôles indissociables de sa nature et à les conduire à une union complète.

La domination de la matière

Au moyen d’incarnations répétées, le processus d’évolution atteint progressivement ce but, jusqu’à ce que la qualité et le rayonnement de la matière coïncident avec ceux de l’esprit. Le Plan s’est alors réalisé et un autre Fils de Dieu est retourné chez lui.

Pendant très longtemps, la domination de la matière fait obstacle à l’expression de l’âme ; l’évolution se poursuit, mais lentement. Lorsqu’il a résolu le conflit entre les pôles opposés de sa nature, l’homme réalise que la dichotomie n’est qu’apparente, et les oppositions irréelles. Il réalise alors que tout est Un, que l’esprit et la matière ne sont que deux aspects d’un Tout divin, et que les limitations du passé ne sont rien d’autre qu’illusion.

Sans ce conflit entre les opposés et la friction qui en résulte, les progrès de l’homme seraient vraiment lents. La friction est le feu qui le pousse sur son chemin, l’aspiration, la lumière qui l’appelle toujours plus haut.

C’est ainsi que l’homme, avec le temps, abandonne les limitations de la matière, en revêtant celle-ci du rayonnement de sa vérité spirituelle. L’homme a pour mission de spiritualiser la matière et d’amener la substance de la planète, dans chaque règne, à devenir le reflet parfait de l’Homme céleste dont elle est le corps. Le conflit et la guerre, la violence et la haine, ne sont que des manifestations temporaires de l’incapacité de l’homme, dans son état actuel, à manifester sa véritable nature. Le temps est proche où sa vérité prévaudra, où sa beauté rayonnera et où sa bonté éclatera aux yeux de tous.

« Les paires d’opposés », un sujet d’une importance capitale : rien de moins que la démonstration par mon Maître de notre existence en tant qu’âme. Et également l’énoncé des raisons qui font que, pendant très longtemps, il est bien difficile pour l’âme de se manifester à travers l’homme et pour l’homme de se manifester comme âme. Naturellement, du point de vue de l’âme le temps ne compte pas, car elle ne fonctionne pas dans le temps. Mais du point de vue de ce qui fonctionne dans le temps, les corps physiques qui se succèdent à travers les siècles, il semble s’écouler une période interminable avant que l’âme puisse réellement manifester sa propre nature à travers son reflet, l’homme ou la femme en incarnation. Que cela ne puisse se faire du jour au lendemain, c’est bien sûr évident. L’âme s’incarne dans la matière. Elle se pourvoit d’un corps physique, d’un corps émotionnel et d’un corps mental, dont la personnalité, réflexion de l’âme sur le plan physique, est la synthèse. La différence de vibration entre l’âme et les différents corps empêche toute possibilité de fusion immédiate, ou même relativement rapide, entre elle et eux.

Selon les Maîtres, l’homme est apparu pour la première fois sur la Terre il y a dix-huit millions et demi d’années. C’est long. Nous sommes à l’œuvre depuis tout ce temps. Pouvez-vous imaginer combien cela vous paraîtrait épuisant si vous vous en souveniez ? Dix-huit millions et demi d’années de luttes pour parvenir à ce point, cela paraît démesurément long.

Et pourtant, il semble bien qu’il ait rarement existé une période où nous n’ayons connu ni conflit et lutte, ni agression et guerre. On a dit que ce continent, l’Amérique du Nord, avait été découvert par Christophe Colomb. Mais les Vikings y sont venus longtemps auparavant. Ils ont débarqué ici au VIIIe siècle, ils se sont peints le visage et le corps, et ils ont rencontré et combattu d’autres hommes dont la peau était encore davantage peinte.

« Il n’y a guère eu d’époque où ces tendances n’aient été dominantes. »

Pouvez-vous imaginer que pendant dix-huit millions et demi d’années il y a rarement eu un week-end tranquille. Il y avait toujours une guerre en train de commencer, ou bien chacun se reposait en attendant le lundi pour recommencer à se battre, si bien qu’il semblerait que ce perpétuel état de conflit reflète notre véritable nature. Est-ce vrai ? Est-il possible que ce comportement agressif représente la nature intrinsèque de l’homme, de l’humanité dans son ensemble ?

Le Maître dit qu’en dépit de toutes les apparences contraires, et elles sont nombreuses, ce n’est absolument pas le cas. Si un Maître le dit, c’est qu’il le sait. Les Maîtres le savent car ils ont la vision d’une époque, d’un monde où les choses seront différentes. La nature essentielle de l’homme, et de la femme, est autre que le conflit, la lutte, l’agression et la guerre. Pourquoi, dans ce cas, offrons-nous une image aussi terrible, aussi déformée, de notre véritable nature ?

« D’où lui vient cette propension à l’action chaotique et à la violence destructrice ? »

Selon l’enseignement ésotérique, chaque génération amène en incarnation ceux qui sont dotés des capacités nécessaires pour résoudre les problèmes de leur temps. Ceci permet à l’humanité de poursuivre son évolution. Il existe toujours une nouvelle génération qui voit les problèmes, est capable de les traiter d’une manière neuve et de les résoudre, préparant ainsi la voie pour l’humanité dans son ensemble. Mais en même temps, bien sûr, il existe cette tendance au conflit, inhérente aux relations entre l’esprit et la matière.

« L’homme est essentiellement une âme, un reflet parfait de Dieu. »

Cette affirmation est le truisme ésotérique de tous les temps. Nous sommes en réalité des âmes en incarnation. Des âmes parfaites, identiques à celui que nous appelons Dieu, l’Homme céleste qui est l’âme de cette planète, celui qui nous a créés et dont nous sommes les formes-pensées. Dieu a conçu un plan d’évolution et nous y a inclus, en tant que l’un des aspects de ce Plan, en tant qu’élément partiel, mais important, de l’ensemble. En rapprochant l’esprit et la matière, il a créé l’homme.

« Au cours d’innombrables incarnations, depuis les temps les plus reculés. »

L’humanité existe depuis dix-huit millions et demi d’années (et pour combien de temps encore ?). A quel moment notre âme a-t-elle commencé à prêter attention à la matière à travers laquelle elle s’exprimait sur le plan physique ? C’est ce moment qui détermine notre niveau d’évolution. Lorsque notre âme voit que nous sommes prêts à commencer à exprimer, quelque peu, sa propre perfection, à manifester dans le processus d’incarnation les qualités qui sont les siennes – la vérité, la beauté, l’intelligence, l’aspiration à la perfection – notre véritable évolution commence. Le moment où cela s’est produit pour chacun détermine notre niveau d’évolution.

Au cours d’innombrables incarnations, l’âme cherche à exprimer sa nature divine dans le temps et dans l’espace, à travers des personnalités successives (à travers des corps physiques, émotionnels et mentaux), tantôt en tant qu’homme, tantôt en tant que femme. Elle satisfait ainsi son désir, son aspiration à refléter sa propre nature et ses propres qualités dans une contrepartie physique. Elle dote cette réflexion d’elle-même des moyens d’évoluer vers la perfection. C’est ainsi que se met en place le Plan de Dieu.

Mais des millions de personnes ignorent qu’il existe un Plan. C’est un état de fait regrettable. Probablement le plus regrettable qui soit, mis à part l’ignorance presque totale de notre existence en tant qu’âmes. La première chose, la première réalité, qui devrait à mon avis être enseignée, c’est la constitution humaine : le fait que notre nature est essentiellement spirituelle, que cette nature spirituelle, cette divinité, cet esprit, se reflète à un taux de vibration légèrement inférieur en tant qu’âme humaine et que celle-ci à son tour se reflète sur le plan physique en tant qu’homme ou en tant que femme. L’évolution procède selon un Plan. Les Maîtres de notre Hiérarchie spirituelle sont les Gardiens de ce Plan.

Si chacun le savait, ou pouvait l’admettre comme une hypothèse, le monde serait extrêmement différent. Les gens ne sachant pas qu’il existe un Plan, n’ont aucune idée de ce vers quoi ils se dirigent. Ils sont entraînés par le grand aimant de l’évolution, et le résultat est qu’ils n’ont pas réellement de libre-arbitre. Ils sont simplement poussés par les circonstances, circonstances auxquelles ils réagissent, naturellement, selon le niveau d’évolution qu’ils ont atteint.

Ce qui est nécessaire, avant tout autre chose sans doute, est une rééducation de l’humanité, de sorte que chacun sache que l’évolution procède selon un Plan, et qu’il peut jouer un rôle dans ce Plan. Nous pouvons devenir conscients et agir dans le sens du Plan. Le chaos, l’agression et la guerre, le conflit et la lutte, résultent de l’ignorance de l’existence même d’un Plan et de sa nature. Cette ignorance fait que nous ne savons comment diriger nos vies. Il existe de grandes lois gouvernant le processus de l’évolution, et l’âme dote son véhicule des moyens d’évoluer. La clé de ce développement est l’aspiration. Tout ce qui évolue, depuis le grain de sable jusqu’à l’être le plus évolué que vous puissiez imaginer, l’ange ou l’avatar le plus rayonnant qui soit, a atteint le niveau où il se trouve grâce à l’aspiration.

Il fut un temps où toute vie se situait dans la mer. Les océans détenaient la majeure partie de la vie sur cette planète. Sur les parties émergées le règne végétal faisait ses débuts, lorsque quelques créatures marines sortirent de la mer pour accéder à la terre ferme.

Cela a dû être une expérience extraordinaire pour les premiers poissons, ou les premiers reptiles, qui sont sortis de la mer et ont réussi à atteindre un sol relativement sec. Ils ont dû apprendre à respirer et à se mouvoir différemment. Ils ont dû apprendre à marcher, maladroitement au début, puis avec une plus grande facilité, jusqu’à ce qu’ils soient capables de courir plus vite que ne le fait un cheval aujourd’hui.

Tout ceci ne s’est pas fait par hasard. C’est le résultat de l’aspiration. Il est difficile d’imaginer l’aspiration d’une créature marine à se rendre sur la terre ferme, cependant sans aspiration cela ne serait jamais arrivé. Aucun changement ne se fait sans l’aspiration au changement. Un changement de cette nature, passer de la vie dans la mer à la vie sur terre, fut un changement capital. C’était obéir à une volonté intérieure, à une aspiration au changement, le désir d’accéder à une condition de vie meilleure, plus élevée, à une perfection non imaginée jusqu’alors, mais pressentie comme une possibilité. Nous-mêmes évoluons exactement de la même manière.

Grâce à l’aspiration nous avons un idéal. Nous réagissons aux énergies envoyées dans le monde par la Hiérarchie des Maîtres, les Gardiens du Plan, et en réponse nous aspirons au changement. Nous avons la vision d’une situation différente et meilleure, plus parfaite, que ce soit dans le domaine politique, économique, social, scientifique, culturel ou autre. Cette capacité à envisager quelque chose de mieux, quelque chose qui se rapproche davantage de la perfection qu’instinctivement nous savons possible, nous fait évoluer. Nous savons instinctivement ce qui se trouve dans le mental du Logos car, fondamentalement, nous sommes des âmes, des réflexions exactes du Logos que nous appelons Dieu, le Logos de la planète Terre, l’Homme céleste dont nous sommes l’idée.

C’est ainsi que nous évoluons, et créons de nouvelles conditions. C’est la raison pour laquelle des êtres vivants ont pu sortir de la mer et s’habituer à vivre sur la terre ferme.

« La clé de ce développement est l’aspiration. En chaque homme demeure le désir de perfection et le besoin d’exprimer le bien, le beau, le vrai : les attributs de l’âme. Personne, quelles que puissent être ses défaillances, n’est dénué du désir de s’améliorer, peu importe comment il l’exprime. »

Il existe peut-être quelques exceptions. Certains hommes politiques d’aujourd’hui, ou d’hier, trouvent difficilement leur place dans ce contexte. Mais, soyons généreux. Acceptons ce que dit le Maître, l’idée que personne, quels que soient ses défaillances, ses insuffisances, son goût du pouvoir, son avidité, n’est dépourvu du désir de devenir meilleur. Chacun a le sens du bien, même si, bien souvent, il en fait une interprétation totalement erronée et crée la destruction.

« Comment expliquer alors les aberrations de l’homme, sa violence et sa haine ? » Comment expliquer, par exemple, l’attitude de certains des hommes qui dirigent le monde aujourd’hui ?

« La réponse se trouve dans la position unique que l’homme occupe, au point de rencontre de l’esprit et de la matière, et dans les tensions que suscite la coexistence de ces deux aspects en lui. »

Tel est le secret. Nous sommes des âmes, des êtres spirituels parfaits, sublimes, identiques au Dieu dont nous émanons. Mais notre enveloppe est à l’opposé de l’esprit, apparemment tout au moins. Elle est faite de matière : la matière de notre corps physique, émotionnel et mental. Notre corps mental, lui-même, cette chose ténue que nous appelons pensée, est de la matière, s’exprimant à un niveau particulier. Dans cette matière, une grande réorganisation se met en place. Nous l’appelons évolution. L’âme s’incarne dans la matière et traverse le conflit très long, en apparence interminable, entre ce que nous appelons esprit et ce que nous appelons matière.

Telle est la raison de la violence et de la haine qui ont régné pendant des siècles et des siècles – 18,5 millions d’années – au point que parfois l’humanité fut au bord mê-me de l’extermination. Le règne animal est à l’origine de la mort de bien des hommes, mais les hommes eux-mêmes se sont souvent entretués, pour de la nourriture, pour un lopin de terre, pour une domination avide sur leur territoire. L’homme a un côté avide, qui vient de sa mauvaise interprétation du sens et du but de la vie. Certains pensent qu’il est normal de s’emparer du territoire des autres, d’y installer des commerçants, puis de baptiser ce territoire « empire ».

L’impérialisme est presque aussi vieux que l’humanité, et il perdure. Le désir d’être le plus grand et le meilleur existe toujours. Bien sûr, plus nous devenons grands et meilleurs, plus nous devenons puissants, et plus encore nous avons la possibilité de le devenir. C’est ce que les pays impérialistes ont fait de tous temps. C’est ainsi que les Romains ont conquis tout le monde alors connu, toute l’Europe et l’Asie mineure, la route des Indes, et en Occident la route vers l’Allemagne et ses plaines, la France, l’Espagne et même la Grande-Bretagne, en traversant la Manche.

Regardez ce que les Romains ont fait. Ils étaient partout, mais cela ne leur suffisait pas. Aussi que firent-ils ? Lorsque le monde s’ouvrit davantage, notamment grâce aux explorateurs espagnols et portugais, les Romains se dirent : « Cela ne va pas du tout. Nous avons perdu notre pouvoir. Plus personne ne pense à Rome. » Et les Romains se sont incarnés en tant qu’Anglais. Ils ont entrepris de reconquérir le monde et cette fois ils s’emparèrent de sa plus grande partie, environ les trois-quarts, et ils lui ont donné le nom d’Empire britannique. C’est bien sûr de l’impérialisme.

En s’incarnant en tant qu’Anglais, ils eurent la possibilité de bâtir un empire plus grand que Rome n’en avait jamais connu. Les Romains construisirent des routes, les Anglais construisirent des chemins de fer. Ils purent aller plus loin et plus vite, et cela créa une ouverture vers le monde entier. Les Romains sont encore à l’œuvre.

« L’homme est une âme immortelle, plongée dans la matière, et, par conséquent, sujette aux limitations qu’elle impose. »

Tel est le problème. Tout cela a trait au niveau de vibration. La matière, relativement parlant, par rapport à l’âme, est inerte. Elle ne vibre pas, ou elle vibre si lentement que pendant de longs siècles l’âme ne peut l’utiliser, si ce n’est de manière très rudimentaire, au sens où elle lui permet de s’incarner et de se construire un véhicule, un homme, ou une femme, qui grandit, a des enfants et meurt. C’est la façon dont les choses progressent, mais cela dure une éternité.

La matière est inerte, elle ne répond pas aux vibrations de l’âme, à ce que le Maître appelle la beauté, la vérité, la bonté de l’âme. Et cependant l’être qui se trouve dans ce corps, emprisonné dans la matière, éprouve, du fait même qu’il est une âme, un désir de perfection, le sentiment qu’il existe quel-que chose de meilleur. Il vient un moment, dans l’histoire de chacun, où l’âme se penche vers son reflet et s’exclame : « Regardez, regardez cela. » Elle appelle ses amis.
« Regardez, regardez ! Vous voyez ? Cela bouge. Regardez. Cela bouge à nouveau. Avez-vous vu ? Vous devez l’avoir vu. Regardez ! Il a bougé à nouveau. Il l’a fait. »

Cela me rappelle une anecdote. Cela se passait sur le bateau Queen Mary, où nous avons pratiqué un certain nombre de méditations de transmission. Un jour nous étions à l’intérieur, au niveau du pont, dans une salle magnifique. C’était pendant un week-end et le public était autorisé à venir sur le bateau, transformé en hôtel flottant, à Palm Beach, en Californie. Nous étions tous assis près des hublots et les visiteurs allaient et venaient. Nous les entendions, mais nous poursuivions avec bonheur notre méditation lorsque soudain il y eut une famille juste derrière moi, et quelqu’un dit à haute voix : « Regardez. Ce sont des mannequins. Regardez. Regardez ! Vous savez, c’est comme les statues de cire chez Madame Tussaud. Ce sont des mannequins de cire. Regardez-les tous assis. » Nous avions du mal à contenir notre envie de rire. Quelqu’un d’autre dit alors : « Ce ne sont pas des mannequins ! Regardez. L’un d’eux a bougé. Celui-là. » – « Où ? Je ne l’ai pas vu bouger. » – « Regardez, il bouge encore. » Nous nous tenions de plus en plus raides, en essayant de ne pas rire. Ils finirent par s’en aller, pas très certains de ce qu’ils avaient vu.

Il en va ainsi pour l’âme lorsqu’elle regarde vers le bas, et constate un petit effort spirituel dans sa contrepartie. Une petite lumière émane de la matière inerte et l’âme guide alors sa contrepartie, son véhicule, vers une forme ou une autre de méditation. Grâce à la méditation, l’âme peut finalement amener la matière à devenir plus sensible.

C’est à ce stade qu’intervient un moyen de relier ou de fusionner l’âme avec sa contrepartie, et de permettre ainsi à l’homme, ou à la femme, de répondre à l’impact de l’âme. Ce moyen est l’initiation. Les initiations, au nombre de cinq, furent créées pour tirer avantage du niveau atteint par l’humanité avancée de l’époque et, de cette manière, le lien avec l’âme s’est approfondi. Le processus de fusion s’est développé et l’évolution de l’humanité a progressé.

C’est un processus artificiel qui accélère l’évolution. Sans l’initiation, il faudrait des millions d’années supplémentaires de tension, de lutte, d’agression et de guerre pour amener cette fusion, ce yoga, cette union de l’esprit et de la matière. Une fois qu’une personne est arrivée au début du processus d’initiation, qui couvre les dernières vies d’une longue évolution, tout s’accélère.

« Sa lutte pour la perfection consiste à résoudre l’opposition inhérente aux deux pôles indissociables de sa nature et à les conduire à une union complète. »

Telle est la chose nécessaire, amener à une union totale deux aspects en apparence totalement opposés : la véritable nature spirituelle, resplendissante de beauté et de bonté, de l’âme et l’inertie, la vibration bas-se, de la matière.

« Grâce à des incarnations répétées, le processus d’évolution atteint progressivement ce but, jusqu’à ce que la qualité et le rayonnement de la matière coïncident avec ceux de l’esprit. Le Plan s’est alors réalisé et un autre Fils de Dieu est retourné chez lui. »

Quand ceci est pleinement réalisé, la cinquième initiation est passée et le Maître est libéré de l’attraction de la matière. Il existe une totale fusion entre l’âme et son reflet, entre l’esprit, la monade de l’Etre, dont l’âme est elle-même le reflet, et la contre-partie sur le plan physique, l’homme ou la femme que l’on peut voir dans un miroir. Lorsque cette fusion est accomplie, le voyage sur Terre est terminé. Ce n’est qu’un marchepied vers une autre grande expansion de conscience, sur des niveaux cosmiques, mais en ce qui concerne cette planète la tâche est accomplie.

« Pendant très longtemps, la domination de la matière fait obstacle à l’expression de l’âme ; l’évolution se poursuit, mais lentement. Lorsqu’il a résolu le conflit entre les pôles opposés de sa nature, l’homme réalise que la dichotomie n’est qu’apparente, et les oppositions irréelles. »

Qu’est-ce qui permet à ces deux pôles opposés de se rejoindre ? C’est le secret du processus d’évolution. Le rayon qui contrôle l’évolution humaine est principalement le quatrième, le rayon de l’harmonie par le conflit. Le but de l’homme, le désir inné de tous, est essentiellement de créer l’harmonie, l’unité. Chacun, selon le Maître, aspire de manière innée à l’unité, à l’harmonie, à la perfection, qualités qui reflètent la bonté, la beauté et la vérité de l’âme.

Ceci s’accomplit de façon magique grâce au quatrième rayon qui apporte la force vitalisante, la friction qui conduit un homme, ou une femme, sur le sentier de l’évolution. Telle est la condition humaine. L’agression, la violence et la haine sont des points de tension et de conflit que nous devons affronter. Ensemble ils constituent la friction qui résulte de notre assujettissement au quatrième rayon d’harmonie par le conflit. Pour finir ce rayon produit l’harmonie. Le but de tous ceux qui sont gouvernés par le quatrième rayon est de réaliser l’harmonie, qu’ils en aient conscience ou non, qu’ils en soient capables ou non. Les individus de quatrième rayon sont souvent remplis de conflit car ils sont l’exemple même de la lutte qui conduit l’humanité vers l’avant. Sans conflit, il n’y a pas de mouvement.

Bien sûr, si nous pouvions manifester immédiatement sur le plan physique l’harmonie de l’âme : son amour, son intelligence, sa volonté de bien, sa beauté, sa vérité, le conflit ne serait pas nécessaire, mais malheureusement nous en sommes incapables, étant donné la différence des niveaux de vibration. Pendant de longs siècles, la matière de notre corps, physique, astral et mental, est inadéquate pour exprimer le taux vibratoire, et par conséquent la nature, de l’âme. Et nous ne voyons pas la bonté, la beauté, la vérité qui la caractérisent. Ces qualités ne peuvent s’exprimer.

Nous avons un instrument que nous devons ajuster de mieux en mieux, et nos efforts en ce sens créent le feu qui rend cet ajustement possible. Ceci, ajouté au sentiment de perfection, à l’aspiration, nous fait progresser et nous élève vers quelque chose que nous ne voyons pas encore, mais dont nous sentons la présence, quelque chose de plus élevé et de plus parfait, comme la terre ferme pour une créature marine. Pouvez-vous imaginer quelle étape fut franchie par cette créature ? C’est, aux yeux de l’âme, la même que celle d’un individu plongé dans les ténèbres du plan physique et qui ne connaît pas encore la nature de l’âme, ou qui ne se considère pas comme une âme. C’est une étape du même ordre pour la conscience.

« Sans ce conflit entre les opposés et la friction qui en résulte, les progrès de l’homme seraient vraiment lents. »

Le quatrième rayon de l’harmonie par le conflit conduit l’humanité vers l’avant. C’est le rayon qui essaie de traiter le problème des paires d’opposés. Sa manière d’y parvenir, lorsqu’il est manié correctement, consiste à trouver le sentier qui passe entreles deux. Pour une personne de quatrième rayon, c’est la manière idéale de résoudre le problème posé par ces deux aspects de son être. C’est bien sûr très difficile à réaliser et c’est la raison pour laquelle cela prend très longtemps. Mais le quatrième rayon est le rayon le plus puissant dont dispose l’humanité à cet égard. Il existe d’autres rayons, comme le cinquième qui domine l’évolution mentale, mais le quatrième est précisément le rayon qui nous aide à résoudre les paires d’opposés. Il le fait en évitant d’accorder une importance trop grande à l’un ou à l’autre des deux aspects.

Dans l’idéal, l’individu de quatrième rayon, confronté aux paires d’opposés, ne s’identifie ni avec l’esprit ni avec la matière. C’est ce qui donne au quatrième rayon d’une nature inférieure l’apparence d’être immoral, de ne pas s’embarrasser de certitudes éthiques. Il s’agit d’une attitude mutable, non engagée, dans lequel l’individu de quatrième rayon ne s’identifie pas avec la matière, mais pas tellement non plus avec l’esprit. Si nous ne nous identifions pas trop avec l’esprit ni avec la matière, nous pouvons marcher dans l’espace étroit qui se situe entre les deux. C’est la voie parfaite pour le développement de l’individu de quatrième rayon.

Quelque chose de ceci est valable pour l’humanité tout entière car, quels que soient les rayons de chacun, en ce qui concerne son évolution l’humanité est gouvernée par le quatrième rayon d’harmonie à travers le conflit. Le conflit est nécessaire au départ pour créer le feu qui nous conduit vers l’avant. Sans conflit, il n’y aurait pas de mouvement. Mais il vient un temps où l’individu évolué, quel que soit son rayon, doit réunir les deux aspects de sa nature. Nous sommes tous des âmes, et nous sommes engagés dans la matière. Comment résoudre le problème ? Je vous suggère d’employer la méthode du quatrième rayon et de marcher entre les paires d’opposés, ce qui signifie ne pas trop vous identifier avec l’un ou l’autre aspect. Cela signifie ne pas se montrer fanatique, en un mot, être détaché.

C’est l’essence même du détachement, et lui seul permet de faire ce voyage entre les paires d’opposés. C’est pourquoi Maitreya place le détachement au cœur de son enseignement. Et il n’est pas le seul : tout enseignement de nature spirituelle considère le détachement comme la meilleure méthode pour surmonter la dualité de notre nature – le fait d’être simultanément âme, esprit, et matière –, surmonter ce conflit et créer l’harmonie, en nous libérant de notre identification avec notre corps physique, nos émotions ou nos constructions mentales, que nous prenons pour le Soi. Et ainsi, dans cet état de détachement, accomplir un simple voyage entre les deux aspects opposés de notre nature.

Le détachement est la clé et l’aspiration la force motrice. Le conflit a été le feu nous poussant vers l’avant, mais l’aspiration est ce qui nous élève. Même un Maître aspire à un état supérieur. Quelle est l’aspiration d’un Maître ? Je ne puis vous le dire, mais un Maître lui-même aspire à quelque chose de plus élevé.

Même celui que nous appelons le Dieu de notre système solaire aspire à une forme plus élevée de système solaire. Le Dieu, l’Homme céleste qui est l’âme d’une planète, aspire à créer sur sa planète un monde correspondant à sa propre conception de la perfection. Il s’agit d’un processus créateur. Au fur et à mesure que nous contrôlons les élémentaux physiques, émotionnels et mentaux qui constituent la matière de nos différents corps, nous prenons peu à peu le contrôle sur ce processus d’évolution.

La clé est la radiation. Lorsque nous parvenons à un certain niveau, nous créons une radiation dans la matière. Cette radiation vient naturellement de l’âme. L’âme remplit sa fonction sur le plan physique, à travers notre corps physique, notre corps astral et notre corps mental, et ceux-ci commencent à rayonner. Ainsi l’âme spiritualise la matière. A chaque incarnation nous apportons dans nos corps un peu plus de matière de nature subatomique. Leur nature atomique se transforme progressivement en nature subatomique, qui est littéralement de la lumière. Nous répondons de plus en plus à la lumière de l’âme jusqu’à ce que celle-ci devienne prédominante dans notre vie en tant qu’individu. Nous ne nous identifions plus à la matière, nous maîtrisons sa nature.

A travers l’âme, les corps sont dotés de la qualité de radiation que l’initié apporte dans chaque vie, jusqu’à ce que, à travers les cinq initiations, la perfection soit atteinte : la matière du corps d’un Maître du cinquième degré est entièrement composée de lumière. Elle est arrivée à la perfection en ce qui concerne cette planète. Dieu dans un sens plus profond est alors connu, mais à travers l’aspiration, le Maître reçoit une indication, un aperçu de la voie qui se trouve au-delà, celle que l’on appelle la Voie de l’Evolution supérieure, dont nous-mêmes ne savons à peu près rien. Grâce à son aspiration, il a un aperçu de ce royaume éloigné, de cette expérience, de cet état, dans lequel il pourra fonctionner de manière encore plus lumineuse, plus puissante et plus créatrice qu’il n’a pu le faire à aucun moment, même en tant que Maître, sur cette planète.

Cette transformation atomique se produit tout d’abord à travers nos corps physiques, puis grâce à notre travail avec le règne animal, le règne végétal et le règne minéral. La substance de la planète dans chaque règne devient finalement une réflexion parfaite de l’Homme céleste, le Logos de notre planète, dont elle est le corps.

« Le conflit et la guerre, la violence et la haine, ne sont que des manifestations temporaires de l’incapacité de l’homme, dans son état actuel, à manifester sa véritable nature. »

La véritable nature de l’homme est une âme immortelle, l’expression parfaite du Logos de notre planète dont les qualités sont la bonté, la beauté et la vérité.

Quand ces qualités régneront sur l’ensemble de la planète, quand tous les règnes de la nature seront ainsi spiritualisés et de-venus parfaits, la tâche de l’Homme céleste sera accomplie, et il se dirigera vers un travail plus élevé sur une planète supérieure. Nous-mêmes poursuivrons une tâche plus élevée sur des planètes supérieures, éventuellement dans des systèmes solaires supérieurs, et cela continuera ainsi sans cesse jusqu’à l’infini. Mais je ne vais pas continuer à voguer vers l’infini. Je vais m’arrêter là.

Lieu : San Francisco, Auteur : Benjamin Creme, (1922-2016) : artiste et ésotériste britannique, ancien rédacteur en chef de Share International. Son contact télépathique avec un Maître de Sagesse lui permettait de recevoir les informations les plus récentes concernant l’émergence du Christ et de s’exprimer sur les enseignements de la Sagesse éternelle.
Thématiques : sagesse éternelle, spiritualité
Rubrique : Dossier ()