Partage international no 448 – décembre 2025
par Cher Gilmore

Zohran Mamdani
En novembre 2025, Zohran Mamdani, socialiste démocrate de 34 ans, est devenu le 111e maire de New York, et le premier maire musulman de cette ville. Cette victoire semble être une bonne nouvelle isolée, mais on peut y voir la preuve de l’existence d’un nouveau courant de pensée.
Après la victoire de Donald Trump en 2024, les experts avaient émis l’hypothèse que les électeurs américains voulaient revenir à la « bonne vieille époque » de la domination masculine, de la discrimination raciale, des structures familiales bibliques et du conservatisme. Cependant, les élections qui ont eu lieu depuis le début de son second mandat, y compris celle de Z. Mamdani, suggèrent fortement que les électeurs n’ont pas adhéré au supposé retour aux valeurs en vigueur dans les années 1950. Des démocrates ont battu les républicains à plate couture, des démocrates progressistes et socialistes ont battu les modérés, et le taux de participation a été sans précédent pour des scrutins se déroulant entre deux présidentielles.
Plus important encore, les démocrates ont en grande partie gagné grâce aux votes d’électeurs qui n’aiment pas le parti démocrate dont la cote de popularité est au plus bas. La mobilisation contre la politique de D. Trump est devenue beaucoup plus contestataire et de gauche. Les électeurs ont désormais une opinion bien plus positive du socialisme démocratique que les dirigeants du parti démocrate. Ce changement a ouvert la voie à la campagne de Z. Mamdani, qui a montré comment ramener efficacement les mécontents dans le giron politique.
Mamdani s’est efforcé de convaincre des centaines de milliers de non-votants de se rendre aux urnes, des jeunes aux communautés d’immigrants laissées pour compte. Il a formé une coalition fondée sur la classe sociale, remportant les suffrages de toutes les races, mobilisant les locataires à faibles revenus et les usagers des transports publics qui font prospérer la ville, face aux riches, tant libéraux que conservateurs. Pour la première fois, l’électorat qui s’est rendu aux urnes reflétait réellement la démographie de cette ville, plutôt que principalement les propriétaires âgés habituels.
Ben Davis, qui a travaillé dans l’équipe chargée des statistiques pour la campagne de Bernie Sanders en 2020, affirme que le chiffre le plus important de la campagne de Z. Mamdani est 100 000, soit le nombre de personnes qui se sont portées volontaires pour participer activement à la campagne. « Ils ont reconnu que la politique était un acte vivant et concret d’appartenance à une communauté, au-delà du simple fait de se présenter pour cocher une case tous les quatre ans. Ce ne fut pas le cas pendant des décennies, mais la campagne de Z. Mamdani et les socialistes démocrates américains tentent, avec succès, de reconstruire cette communauté et cette solidarité, et de restaurer l’action politique de la classe ouvrière. » Il appelle cela le début d’un changement de cap.
Comment Z. Mamdani a-t-il réussi ? Tout d’abord, il a centré son message sur des questions importantes pour les New-Yorkais, principalement liées à leurs moyens financiers, en raison des énormes inégalités de revenus dans cette ville. Il a appelé à la construction de logements plus abordables, à l’augmentation du salaire minimum à 30 dollars de l’heure, à la gratuité des bus et à l’augmentation des impôts pour les habitants les plus riches de la ville. Il a utilisé les réseaux sociaux de manière personnelle, directe et sincère, plutôt que d’adopter une approche marketing sophistiquée.
Il a réussi à financer sa campagne en bénéficiant d’une formule de participation populaire mise en place par la ville il y a plusieurs années, appelée « financement public par petits donateurs ». Ce programme bénéficie aux candidats qui s’appuient sur de petites contributions de citoyens ordinaires, plutôt que sur de grosses sommes fournies par des milliardaires ou des entreprises. Grâce à ce fonds, il a réussi à récolter 13 millions de dollars, une somme suffisante pour faire passer son message. Même s’il a dépensé quatre fois moins que ses adversaires, le fonds de petits donateurs lui a fourni les moyens dont il avait besoin pour être efficace au cours de cette campagne.
Sera-t-il en mesure d’apporter les changements qu’il a promis ? L’économiste Richard Wolff évoque plusieurs facteurs qui jouent en sa faveur, notamment le fait qu’il a été élu avec plus de 50 % des voix, cette victoire nette lui conférant un mandat et un pouvoir d’influence. Il dispose également d’alliés parmi les sénateurs et députés socialistes de l’Assemblée de l’Etat de New York, ce qui lui donne suffisamment d’influence pour que les milliardaires le prennent au sérieux. Au niveau national, il bénéficie du soutien du sénateur Bernie Sanders et de la députée Alexandra Ocasio-Cortez.
Au-delà des résultats électoraux globaux, un autre indice montrant que la victoire de Z. Mamdani marque le début d’une nouvelle ère politique est un rapport publié par Run for Something (Se battre dans un but), organisation politique progressiste qui aide les jeunes candidats à se familiariser avec les rouages de la politique. Selon ce rapport, plus de 10 000 personnes se sont inscrites pour avoir des informations sur la manière de se présenter aux élections après la victoire de Z. Mamdani.
Comme pour anticiper cette élection, un Maître de Sagesse avec lequel Benjamin Creme a collaboré pendant plus de cinquante ans a prédit, dans les années 1990, qu’un nouveau courant politique et économique – le socialisme démocratique ou la social-démocratie – se répandrait à travers le monde, incluant une pleine participation de toutes les couches de la population au sein des centres de pouvoir politique. C’est déjà le cas à petite échelle aux Etats-Unis, et, contribuant à cet élan populaire, de nouvelles organisations dont la priorité est l’humain, telles que Indivisible, qui a organisé les grandes manifestations No Kings, et Vote Common Good (Pas de roi et Voter pour le bien de tous), apparaissent pour joindre leurs forces à celles qui sont déjà actives dans l’espace politique.
D’un autre point de vue, l’historien Peter Turchin constate, à partir de ses recherches approfondies sur le déclin des empires, que lorsqu’un empire se désintègre, comme c’est le cas actuellement aux Etats-Unis, la structure qui le remplace est généralement une forme de gouvernance que les citoyens connaissent déjà. Autrement dit, les dictatures militaires ont tendance à être remplacées par de nouvelles dictatures militaires, les dirigeants autoritaires par de nouveaux dirigeants autoritaires, et les démocraties Enfin, à un niveau cosmique, chaque jour nous rapproche davantage des énergies de l’ère du Verseau, dont les qualités sont la synthèse, la fraternité et la coopération. Comme l’a dit Z. Mamdani au début de son discours de victoire : « Le soleil s’est peut-être couché sur notre ville ce soir, mais comme l’a dit un jour Eugene Debs : « Je vois poindre l’aube d’un jour meilleur pour l’humanité. » »
Lieu : New York,
Auteur : Cher Gilmore, collaboratrice de Share International basée à Los Angeles (Californie).
Thématiques : politique
Rubrique : De nos correspondants ()
