L’éducation en Finlande

Partage international no 341février 2017

par Saku Mättö

Un consensus international émerge progressivement sur le fait que fonder l’éducation sur la compétition est de plus en plus contreproductif pour préparer des élèves à une vie enrichissante. Des études montrent que l’apprentissage scolaire s’améliore régulièrement grâce aux politiques d’éducation finlandaises basées sur l’équité, la flexibilité, la créativité, le professionnalisme des enseignants ainsi que la confiance. Le système scolaire finlandais est pratiquement exempt de toute concurrence financière. La Finlande est l’exemple d’une nation étant passée d’un état agraire et industriel isolé dans les années 1950, à un modèle d’économie de la connaissance utilisant l’éducation comme clé du développement socio-économique.

La politique de l’éducation finlandaise repose sur le leadership durable fondé sur des valeurs communes et une vision partagée. Le principe a toujours été clair : l’éducation pour tous. De temps à autre, le chemin choisi a reflété les décisions du ou des groupes politiques au pouvoir, lesquels donnèrent leur propre interprétation de l’égalité, mais, comme l’explique le professeur Sirkka Ahonen, du département de l’Enseignement supérieur de l’Université d’Helsinki : « L’enseignement primaire a toujours reflété la façon dont la société, dans son ensemble, voit l’humanité et les idéaux. »

La mise en place de l’enseignement obligatoire en Finlande a commencé en 1921, avec l’adoption de la loi sur l’enseignement obligatoire, laquelle stipulait, contrairement à beaucoup d’autres pays, que ce qui était obligatoire était l’acquisition de compétences, et non simplement de se rendre à l’école. A partir des années 1940, et dans une pleine mesure dans les années 1970, les écoles parallèles ont été abolies en faveur d’un système scolaire complet. Avec ce changement, l’éducation de base en Finlande est devenue pour la première fois totalement gratuite. A partir de 1978, tous les élèves recevaient également un repas quotidien gratuit dans le cadre de ce nouveau système.

L’ancien système scolaire parallèle était trop coûteux pour certains, et il conduisait l’ensemble des élèves à une scission dès l’âge de onze ans vers des filières menant soit à des apprentissages professionnels, soit à des formations universitaires.

Des études montrent que suite à la réforme globale de l’école, le revenu des parents n’était plus un bon indicateur du revenu probable des enfants ; c’est-à-dire que l’égalité des chances s’est accrue.

De nombreux tests Pisa1 ont montré que les enfants finlandais recevaient une bonne éducation dans le cadre du nouveau système non compétitif. La Finlande a été première en lecture en 2000, première en mathématiques en 2003 et première en sciences en 2006. Très peu d’élèves finlandais sont parmi les plus faibles, alors que beaucoup d’élèves obtiennent des notes élevées. En 2009, 19 % étaient parmi les plus doués en sciences, seulement derrière Shanghai (24 %) et Singapour (20 %).

La Finlande figure également au sommet de la liste de Transparency International des pays les moins corrompus. Pasi Sahlberg, conférencier de renommée internationale sur le système éducatif finlandais, explique que cette transparence joue un rôle crucial dans le fonctionnement correct d’une démocratie, une gestion du secteur public fondée sur la confiance et dans la pérennité des fonctions fondamentales de l’État providence. Tout cela, à son tour, contribue à maintenir le bien commun parmi les objectifs communs, et permet à l’éducation gratuite universelle de rester un acquis en Finlande.

L’importance du jeu dans les écoles finlandaises
Une caractéristique essentielle de l’éducation en Finlande est un début tardif de la scolarité. Dans toutes les garderies finlandaises, l’accent n’est pas mis sur les mathématiques, la lecture ou l’écriture (les enfants n’apprennent rien sur ces matières avant l’âge de sept ans et l’école primaire), mais sur le jeu créatif. La tendance prépondérante est que les enfants de moins de sept ans ne sont pas prêts à commencer l’école, qu’ils ont besoin de temps pour jouer, être physiquement actif, et créatif.
Le but principal de l’éducation durant la petite enfance n’est pas explicitement « l’éducation » au sens formel du terme, mais la promotion de la santé et du bien-être de chaque enfant. La garderie les aide à développer de bonnes habitudes sociales : apprendre à se faire des amis et à respecter les autres par exemple, ou être capable de s’habiller. L’orientation officielle souligne également l’importance en préscolaire de la « joie de l’apprentissage », l’enrichissement linguistique et la communication. On met l’accent sur l’activité physique (au moins 90 minutes de jeu en plein air par jour). « La maternelle en Finlande ne se concentre pas sur la préparation des enfants à l’école de manière académique, écrit l’expert finlandais de l’éducation Pasi Sahlberg. L’objectif principal est plutôt de s’assurer que les enfants sont des individus heureux et responsables. »
La Finlande accorde plus de pouvoirs aux enseignants et aux élèves pour concevoir et orienter l’apprentissage. Les enseignants sont bien payés, bien formés (ils doivent compléter un diplôme spécialisé de cinq ans), respectés par les parents et estimés des politiciens qui leur font confiance. Il n’y a pas d’inspection des écoles et des enseignants, mais un système d’auto-évaluation. La politique éducative et l’enseignement sont fortement basés sur la recherche. La garderie n’est pas le seul facteur responsable de la réussite académique. La mission éducative finlandaise met l’accent sur l’idée que l’égalité est vitale pour la réussite économique et le bien-être de la société, ainsi que sur la conviction qu’une petite nation, dépendante de la créativité, de l’ingéniosité et de la solidarité pour participer à l’économie mondiale, ne peut pas se permettre d’inégalités ou de ségrégation dans la scolarité ou à la santé. Derrière son rang prestigieux en termes d’éducation, il existe un système complet de sécurité sociale et de santé publique qui assure l’un des taux de pauvreté infantile les plus bas en Europe, et un des plus hauts niveaux de bien-être. Selon Gunilla Holm, professeur d’éducation à l’Université d’Helsinki : « Le but est de tous progresser ensemble. »

P. Sahlberg énumère ainsi les pierres angulaires du système éducatif finlandais :

– Équité dans l’éducation.

– Système éducatif basé sur la confiance et la responsabilité.

– Éducation des tout-petits et élémentaire comprises comme faisant partie de l’ensemble des acquis accumulés tout au long de la vie.

– Personnel enseignant hautement qualifié.

– Importance du jeu – même plus que nous pouvons l’imaginer.

Il soutient également que l’émancipation politique des femmes constitue un facteur critique d’un système éducatif fonctionnel. A cet égard, la Finlande est le deuxième pays après l’Islande, suivie par les autres pays nordiques. « Les systèmes éducatifs ayant le plus de succès sont ceux qui allient qualité et équité », affirme Pasi Sahlberg.

Le CIMO (Centre pour la mobilité internationale), en collaboration avec le ministère finlandais de l’Éducation et de la culture et le Conseil national de l’éducation, ont préparé un guide rapide sur le système éducatif finlandais. http://xit.fi/edunutshell. Site de Pasi Sahlberg : http://pasisahlberg.com

1. Pisa (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) : étude internationale réalisée par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans les pays membres et non membres. Les données sont recueillies sur les performances scolaires d’élèves de 15 ans, en mathématiques, en sciences et en lecture. Cette étude, exécutée pour la première fois en 2000, est renouvelée tous les trois ans. Elle vise à améliorer les politiques et les résultats de l’éducation. Elle mesure la résolution de problèmes et la cognition dans la vie quotidienne.

Finlande Auteur : Saku Mättö, collaborateur de Share International, basé à Helsinki (Finlande).
Sources : guardian.com
Thématiques : éducation
Rubrique : Divers ()