Le suaire de Turin est-il un faux ?

Partage international no 5février 1989

 Une vive polémique concernant les circonstances entourant la datation du suaire par la méthode du carbone 14 a été soulevée dans le bulletin d'octobre 1988 de la Société Britannique du Suaire de Turin. Les médias ayant divulgué de nombreuses fuites avant la publication conjointe des résultats, Ian Wilson, auteur du livre Le suaire de Turin… linceul du Christ ?, se demande si les laboratoires d'Oxford, de Zürich et de Tucson, en Arizona, ont bien gardé le silence comme ils s'étaient engagés à le faire. Il exige de savoir pourquoi des informations superflues ont été transmises aux laboratoires avant le début des analyses : la datation des autres morceaux de tissus (1er et 11e siècles) soumis à analyse à titre de témoin « en aveugle » en même temps que le fragment provenant du suaire leur avait en effet été communiquée. Il met en lumière la stratégie des laboratoires, décidés à prouver la précision de leurs analyses. Ces derniers cherchent en effet à promouvoir la nouvelle méthode de spectrométrie de masse par accélérateur face à des concurrents utilisant la technique conventionnelle plus éprouvée du compteur proportionnel. Il signale finalement que, loin d'être aussi exacts que les scientifiques le prétendent, ces appareils n'en restent pas moins capables d'estimer à 350 ans la datation d'une nappe appartenant à la belle-mère du directeur d'un laboratoire suisse, le Professeur Wolfli. La publication officielle du résultat des analyses provenant des trois laboratoires conclut toutefois, avec une certitude de 95 pour cent, que la datation du suaire est comprise entre 1260 et 1390. Ian Wilson est irrité par la prétention du Professeur Hall du laboratoire d'Oxford qui affirme avoir démontré d'une manière irréfutable que le suaire est un faux, écartant ainsi, comme il le dit lui-même, toutes les autres contributions scientifiques et historiques apportées à l'étude du suaire jusqu'à présent. Ian Wilson termine ainsi :
« Je prétends que la conclusion du Professeur Hall, qui met un terme aux recherches concernant l'origine du suaire par cette simple affirmation : « Quelqu'un a simplement pris un morceau de tissu, l'a maquillé et l'a revendu », est à la fois inappropriée et non scientifique. Même s'il apparaît finalement que le suaire date bel et bien du 14e siècle, on doit alors le considérer, ainsi qu'à pu l'écrire en des termes mémorables l'auteur américain John Walsh, comme « l'une des créations les plus ingénieuses, les plus incroyablement astucieuses que l'esprit et la main de l'homme aient jamais réalisées. Et jusqu'à ce que quelqu'un découvre des preuves totalement irréfutables de l'existence d'un tel artiste, on devrait à tout le moins continuer à envisager l'authenticité du suaire comme une possibilité. Il ne me semble pas que ce soit trop demander… »

Le Professeur E. Lindner de Karlsruhe, en Allemagne de l'Ouest, assure quant à lui :
« Selon moi, la déclaration en provenance de Turin, selon laquelle le suaire date du 14e siècle et doit donc être considéré comme un faux, est une conclusion prématurée qui s'oppose à plus de 20 autres éléments témoignant en faveur de l'authenticité. Le résultat des recherches précédentes concernant l'origine de l'image ne peut tout simplement pas être réfuté par l'utilisation d'une seule et unique méthode de recherche, méthode qui s'avère par ailleurs sujette à caution. »
(Extrait du bulletin de la Société Britannique du Suaire de Turin d'octobre 1988)

Un article récent paru dans la revue The New Scientist signale que le laboratoire de Zürich, lors d'une analyse antérieure, a commis une erreur de 1000 ans dans la datation d'un morceau de tissu provenant des bandages entourant une momie. En dépit de cette étonnante marge d'erreur, cette revue accepte pourtant sans les remettre en question les résultats concernant le suaire : « Un faux de premier ordre d'origine médiévale ». The New Scientist n'éprouve par ailleurs aucune difficulté à aller jusqu'à supposer que Léonard de Vinci ait pu être le faussaire, ce qui impliquerait qu'il se soit d'une manière ou d'une autre procuré un tissu vieux de quelque 200 ans.

(On se reportera à la rubrique Questions-Réponses des n° 2 et 4 d'octobre et de décembre 1988 de Partage International afin de lire les commentaires de Benjamin Creme sur ce sujet.)

Lieu : Turin, Italie
Thématiques : Sciences et santé, religions, signes et miracles
Rubrique : Divers ()