Le Rwanda commémore son génocide

Partage international no 190juin 2004

Dix ans après le début du génocide dans lequel 800 000 personnes ont été tuées, les Rwandais sont engagés dans un processus destiné à officialiser la fin des hostilités grâce à un projet de sépultures de masse, à des tribunaux locaux de réconciliation, et à la construction d’un mémorial du génocide sous la forme d’un musée national.

Le gouvernement du président Paul Kagame a réussi à apporter un niveau inespéré de stabilité dans un pays où l’agitation régnait encore récemment, et la réconciliation fait son chemin. Dans 10 % des districts, des tribunaux locaux ont entrepris de réconcilier les auteurs du génocide avec les parents des victimes. Les prisonniers qui confessent leur crime sont peu à peu libérés – 28 000 en 2003. Des 90 000 encore emprisonnés, 30 000 devraient être libérés en 2004.

Beaucoup parmi les deux millions d’exilés Hutus – le groupe culturel responsable du génocide avec l’appui du gouvernement de l’époque – sont sur le retour.

Les inscriptions d’enfants en école primaire sont passées de 950 000 en 1994 à 1,67 million actuellement, et le gouvernement demande aux enfants de participer à l’élaboration d’une nouvelle constitution en proposant des suggestions.

Le mémorial, un projet de 1,8 million de dollars, a été financé par les gouvernements belge et suédois et par la Fondation Clinton. Il a été inauguré lors de l’anniversaire du début du génocide (7 avril 1994). Le projet a été conduit par Aegis Trust, une œuvre de bienfaisance orientée vers la prévention des génocides et fondée par deux Anglais, les frères James et Stephen Smith.

Le musée est situé sur une colline, à Gisozi, site d’une fosse où furent enterrés à la hâte plus de 250 000 des morts de Kigali, à la suite du carnage de 1994. Des milliers d’autres corps reposent dans des fosses communes tout autour de la ville.

Mais la préservation des sites du génocide est sujette à une polémique. Les frères Smith ont essayé de construire un mémorial honorant les morts sans nourrir les divisions qui subsistent encore entre les survivants. « Nous ne voulons pas que les gens se sentent accusés ou menacés. Le mémorial devrait aider la société à trouver la paix avec elle-même, a déclaré S. Smith, mais c’est assez difficile ici. »

Le résultat est un musée divisé en sections dédiées à la vie au Rwanda avant, pendant et après le génocide, et une salle de silence où des ossements sont gardés dans des coffrets de verre, et où une voix féminine récite en continu les noms des victimes. Des panneaux interactifs exposent les outils du génocide et des images de héros et de criminels, à côté de commémorations des victimes et de Hutus ordinaires qui ont risqué leur vie pour sauver des Tutsis.

Les estimations du nombre des morts variant de 500 000 à 1,2 million (auxquels il faut ajouter les quelque 450 000 Hutus tués plus tard par vengeance), le musée a entrepris des recherches pour rétablir la réalité des faits. Des équipes de chercheurs utilisent des questionnaires pour compiler les noms des morts et une technologie par satellite pour localiser les fosses communes.

Une exposition replace ce génocide dans le contexte d’autres atrocités du même type dans le monde, depuis les massacres allemands de Herero en 1904, en Namibie, jusqu’au génocide de Pol Pot au Cambodge et celui des Balkans dans les années 1990. « Nous avons voulu montrer qu’un génocide est l’affaire de tous, pas seulement des Rwandais », a déclaré S. Smith.

Des panneaux vitrés entre les sections rassemblent des proverbes locaux. « Un arbre ne peut être redressé que quand il est jeune », dit l’un d’eux, pour mettre l’accent sur le rôle de l’éducation dans la prévention de futures atrocités. Yves Kamuronsi, un survivant, âgé de 13 ans lorsque sa famille fut massacrée, a bien résumé la question : « Il est important de se souvenir, pour ne jamais permettre que cela se reproduise. »

Rwanda
Sources : The Independent, BBC, G.-B.
Thématiques : peuples et traditions, politique, Économie
Rubrique : Tendances (Dans le monde actuel s’affirme une tendance de plus en plus prononcée à la synthèse, au partage, à la coopération, à de nouvelles approches et avancées technologiques pour la sauvegarde de la planète et le bien-être de l’humanité. Cette rubrique présente des événements et courants de pensée révélateurs d’une telle évolution.)