Le consumérisme mine notre qualité de vie – [sommaire]
Nous consommons des biens et des services à un rythme non viable, avec de sérieuses conséquences pour le bien-être des peuples et de la planète, rapporte le Worldwatch Institute dans son rapport annuel, L’état du monde en 2004.
Environ 1,7 milliard de personnes à travers le monde – plus d’un quart de l’humanité – ont rejoint la « classe consumériste », adoptant l’alimentation et le style de vie réservés aux nations riches d’Amérique du Nord, du Japon et d’Europe, pendant la majorité du siècle passé. Rien qu’en Chine, 240 millions d’habitants ont rejoint le rang des consommateurs – un nombre qui surpassera bientôt celui des Etats-Unis.
« L’augmentation de la consommation a contribué à satisfaire des besoins primaires et a créé des emplois, explique C. Flavin, président du Worldwatch Institute. Mais tandis que nous entamons un nouveau siècle, cet appétit consumériste sans précédent fragilise les systèmes naturels dont nous dépendons tous, et rend plus difficile pour les pauvres la satisfaction de leurs besoins primaires. L’augmentation des obèses, de l’endettement des particuliers, le manque de temps chronique et la dégradation de l’environnement, montrent que l’excès de consommation diminue la qualité de vie de nombreuses personnes. Le défi actuel est de mobiliser les gouvernements, les hommes d’affaires et les citoyens afin qu’ils changent leurs centres d’intérêts, passant d’une accumulation démesurée de biens à une recherche de moyens pour assurer une meilleure vie à tous. »
Selon L’état du monde en 2004, les dépenses privées – biens et services acquis par les ménages – ont quadruplé depuis 1960, atteignant plus de 20 trillions de dollars en 2000. Les Américains du Nord et les Européens de l’Ouest, soit 12 % de la population mondiale, comptent pour 60 % dans cette consommation, tandis que le tiers de la population mondiale habitant l’Asie du Sud et l’Afrique sub-saharienne comptent pour seulement 3,2 %.
Depuis quelques décennies, la consommation des élites riches, et de plus en plus celle des classes moyennes, a dépassé la satisfaction des besoins pour devenir une fin en soi, remarquent Lisa Mastny et Brian Halweil, directeurs du rapport. En même temps, la consommation augmente rapidement dans les pays en développement, car la mondialisation a entraîné des millions de gens à consommer tandis qu’elle fournissait la technologie et le capital pour la production et la distribution des biens.
« Près de la moitié des consommateurs vivent actuellement dans les pays en développement, affirme L. Mastny. Tandis que le Chinois ou l’Indien moyen consomme beaucoup moins que le Nord-Américain ou l’Européen moyen, à elles seules la Chine et l’Inde détiennent actuellement une classe de consommateurs plus importante que celle de toute l’Europe occidentale. »
« La consommation n’est pas mauvaise en soi, ajoute B. Halwil. Les presque trois milliards de personnes à travers le monde survivant à peine avec moins de deux dollars par jour devront augmenter leur consommation afin de satisfaire leurs besoins primaires tels que la nourriture, l’accès à l’eau potable et aux sanitaires. Et en Chine, la croissance de la demande des consommateurs stimule l’économie, crée des emplois et attire des investisseurs étrangers. »
Il n’existe guère de signes annonçant une réduction de la consommation – même aux Etats-Unis, où la plupart des gens sont largement fournis en biens et services leur permettant de mener une vie agréable. Aux Etats-Unis aujourd’hui, il y a plus de véhicules particuliers que de personnes ayant le permis de conduire, relève le rapport du Worldwatch. La taille moyenne des réfrigérateurs des ménages américains a augmenté de 10 % entre 1972 et 2001, ainsi que leur nombre par foyer. En 2000, les maisons neuves étaient de 38 % plus spacieuses qu’en 1975, bien qu’en moyenne chaque maison abrite moins d’habitants. Comme résultat de ces habitudes de consommation, les Etats-Unis, avec seulement 4,5 % de la population mondiale, émettent 25 % des émissions mondiales de dioxyde de carbone.
Cependant, cet accroissement de la consommation n’a pas apporté le bonheur aux Américains. Seul un tiers d’entre eux déclarent être « très heureux », comme en 1957, alors qu’ils étaient deux fois moins riches. Les Américains sont aussi parmi les plus surmenés du monde industriel, travaillant l’équivalent de neuf semaines de plus par an que l’Européen moyen.
La consommation galopante aux Etats-Unis et dans les autres pays riches ainsi que dans la plupart des nations en plein développement dépasse ce que la planète peut supporter, calcule L’état du monde en 2004. Les forêts, les zones humides et autres endroits naturels se réduisent pour laisser la place aux maisons, aux fermes, aux centres commerciaux et aux usines. En dépit de l’existence de sources alternatives, plus de 90 % du papier provient encore des arbres – représentant en moyenne un cinquième de l’abattage forestier mondial. On estime que 75 % des poissons pêchés actuellement le sont au-delà de la limite supportable. Et bien que la technologie permette de réduire la consommation de carburant, les voitures et autres moyens de transport comptent pour presque 30 % de la consommation d’énergie mondiale et 95 % de la consommation de pétrole.
D’un autre côté, des défenseurs des consommateurs, des économistes, des politiques et des écologistes développent de nouvelles possibilités permettant de satisfaire les besoins du consommateur tout en réduisant les coûts sociaux et environne-mentaux de la consommation de masse.
L’état du monde en 2004 liste ces possibilités pour les gouvernements, les hommes d’affaires et les consommateurs, afin de réduire et de réorienter la consommation :
– La réforme de la fiscalité sur l’environnement. En instaurant des taxes afin que les industriels paient pour la pollution de l’environnement, et en imposant des normes de production et autres moyens de régulation, les gouvernements peuvent contribuer à minimiser les impacts négatifs sur les ressources naturelles.
– Des lois de restitution. Déjà adoptées par un nombre croissant de pays, ces lois obligent les sociétés à « reprendre » les produits en fin de vie, et interdisent leur enfouissement et leur incinération.
– La durabilité. Les industries peuvent assumer la responsabilité de leur impact écologique en réduisant leur consommation de matières premières. Elles peuvent augmenter la durée de vie des produits en les rendant faciles à réparer et en les améliorant.
– La responsabilité personnelle. La modification des habitudes de consommation nécessitera également des décisions individuelles de la part des consommateurs quant à l’utilisation de l’énergie et de l’eau, et la consommation de nourriture.
« Il serait insensé de sous-estimer le défi à relever pour enrayer la consommation galopante, avertit C. Flavin. Mais comme le coût des désirs insatiables augmente, le besoin de réponses innovantes devient plus clair. A long terme, satisfaire les besoins primaires de l’homme, améliorer sa santé et encourager un monde support de vie nécessitera que nous contrôlions la consommation, plutôt que permettre à la consommation de nous contrôler. »
Source : Worldwatch Institute
par Milan Stefania,
D’après un rapport de l’Organisation internationale pour l’émigration, près de 56 millions d’émigrants vivent dans l’Union européenne ; ce qui représente 7,7 pour cent de sa population. De plus, le nombre des sans-papiers serait compris dans une fourchette allant de 3 à 4,5 millions de personnes. De nombreux émigrants récents sont tombés dans les mailles des filets des gouvernements, ce qui se traduit généralement par des séjours dans des centres pour réfugiés et souvent par l’expulsion.
Différentes organisations civiles se sont regroupées pour les défendre lors de la campagne « Personne n’est illégal ». C’est un combat qui prend de plus en plus d’importance car personne ne se sent en sécurité dans les centres pour réfugiés. Au contraire, d’après Pierre-Arnaud Perrouty, du Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie : « Les émigrants sont présentés comme une source de dangers dont il faut se protéger. Les centres de détention jouent un double rôle : enfermer les gens afin de les déporter, et envoyer un signal fort à destination des candidats à l’immigration et, plus important, à destination de l’opinion publique nationale. »
Les différents Etats membres de la « forteresse Europe » ont leur propre législation en matière d’immigration, mais partagent une politique commune d’expulsion. Les étrangers pris sur le territoire de l’Union européenne sans permis de séjour sont conduits dans des centres provisoires de détention d’où ils sont expulsés peu après.
Des propositions sont en cours de discussion pour la mise au point d’une politique commune de l’immigration et du droit d’asile. D’après Claire Rodier, du réseau activiste Migreurop : « Ce que ces gens ont en commun, c’est qu’il s’agit d’étrangers qui n’ont commis aucun crime sinon celui de traverser illégalement une frontière. »
« L’Europe des camps » telle que cartographiée par Migreurop affiche plus de 130 centres de détention . Les camps se trouvent en Allemagne (21), Grèce (19), France (15), Grande-Bretagne et Espagne (12 chacun), Italie (11), Hongrie et République Tchèque (8 chacun), Belgique (6), Malte (5) et les Pays-Bas (4). Un certain nombre de camps se trouvent dans d’autres pays.
Le nombre d’émigrants séjournant dans ces endroits n’est pas connu. Les modes de fonctionnement des différents camps varient. Il peut s’agir d’enclaves gardées comme des prisons ordinaires où les immigrants attendent leur expulsion, ou de lieux de séjour ouverts où les gens peuvent aller et venir. Ces camps peuvent être gérés par le secteur privé ou par l’Etat. La période de détention peut varier de 36 jours au maximum en France, jusqu’à 5 mois en Belgique et 18 mois en Allemagne. Il n’y a pas de limite en Grande-Bretagne. En Allemagne et en Irlande, les occupants sont emprisonnés lorsqu’il n’y a plus de place dans les centres. Les immigrants des centres peuvent demander l’asile politique, « mais il n’y a pas d’assistance juridique garantie pour les demandeurs d’asile », affirme Enrico Davoli, de l’organisation Médecins sans frontières (MSF).
Le nombre de réfugiés politiques reconnus se réduit considérablement à travers l’Europe. Le haut commissariat des Nations unies aux Réfugiés estime qu’il y a environ 4,4 millions de réfugiés et de demandeurs d’asile en Europe. La plupart d’entre eux se retrouvent également parmi la population de ceux qui sont considérés comme des immigrés illégaux.
Aux Pays-Bas, 26 000 demandeurs d’asile qui ont vu leur demande rejetée seront expulsés dans le courant des trois prochaines années. Ils étaient arrivés entre 1999 et 2001, la plupart venant d’Iran, d’Afghanistan et de Somalie.
Plusieurs pays prennent des mesures renforcées à l’égard des demandeurs d’asile. L’Allemagne est à la pointe de ce mouvement avec une population immigrée de 7,3 millions de personnes, soit 8,9 pour cent de la population totale.
« Chaque année, environ 50 000 personnes sont expulsées, affirme Tilman Clauss, un avocat allemand. Ils peuvent passer des semaines ou des mois dans des centres de détention. Depuis 1993, 111 immigrés se sont suicidés face à la crainte de l’expulsion, parmi ceux-ci, 47 se sont donnés la mort dans des centres de détention. »
D’après Tana de Zulueta, membre du Parlement italien, ces camps sont « des espaces de non droit, invisibles aux yeux de l’opinion publique ».
Les journalistes ne peuvent se rendre dans les camps en Italie. Un récent rapport de MSF pointe des installations inadéquates, une assistance juridique et psychologique insuffisante, des problèmes de drogue et des abus de la part des responsables du maintien de l’ordre.
Le gouvernement espagnol a établi deux camps « ouverts » à Melilla et Ceuta, sur la côte nord du Maroc, afin de traiter le cas des demandeurs d’asile avant que ceux-ci ne quittent leur pays. L’Espagne est un des principaux points de passage vers l’Union européenne pour les immigrants venant d’Afrique du Nord.
D’après Migreurop, « ces camps ouverts sont le symbole de l’externalisation des frontières ». Le gouvernement britannique propose également d’installer des camps en dehors de l’Union européenne, afin de traiter les demandes d’asile. Ceci est généralement considéré comme un signe précurseur de la future politique d’immigration européenne. Les représentants officiels invoquent l’argument que ces camps permettent d’épargner des vies.
D’après l’association des immigrés et des travailleurs marocains d’Espagne, depuis 1997, près de 4 000 personnes sont mortes dans les eaux de l’Atlantique en cherchant à rejoindre l’Espagne.
L’adoption d’une politique d’immigration stricte constituait l’une des conditions principales à laquelle devairent répondre les candidats à l’adhésion à l’Union européenne.
Parmi les dix pays qui, le 1er mai 2004, ont rejoint l’Union européenne (Chypre, la République Tchèque, l’Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, Malte, la Pologne, la Slovaquie et la Slovénie), nombreux furent ceux qui durent apporter des modifications à leur politique d’immigration.
D’après P.-A. Perrouty, le véritable objectif de la politique européenne d’immigration peut se résumer dans la formule suivante : « Si vous avez des difficultés dans la vie, nous en sommes désolés mais il faudra aller chercher ailleurs : pas dans notre arrière-cour. »
Trente ans de préparation à l’émergence de Maitreya – 2eme partie – [sommaire]
Interview de Benjamin Creme
Mon arrivée à Los Angeles, pour la première fois, le 1er janvier 1980, fut très agréable. Le temps était ensoleillé et chaud. Il faisait 26 degrés, c’était incroyable. Je fus hébergé chez un nouvel ami qui vivait à Hollywood, dans une maison ayant appartenu auparavant, m’a-t-on dit, à des acteurs de cinéma célèbres. C’était plein de charme et typique de Tinsel Town (Los Angeles). Il n’y avait pratiquement pas de meubles, les pièces étaient décorées d’un grand nombre de photographies grand format faites par des professionnels. Le soir, on entrait dans une pièce et il suffisait de frapper dans les mains pour allumer la lumière. Un jour, je passai un long moment assis sur le plancher en train de bavarder avec une femme qui me raconta, avec le plus grand sérieux, qu’elle allait chaque année en vacances sur Vénus dans de petits vaisseaux spatiaux rouges qu’on envoyait spécialement pour elle.
La rencontre de trois jours, au cours de laquelle j’étais invité à parler et à me tenir à la disposition des participants, commença aussitôt (on ignorait la fatigue due au décalage horaire en ces jours lointains). Pendant trois jours, avec seulement quatre heures de sommeil, je répondis à d’incessantes questions. Je n’avais jamais rencontré une telle soif d’information. L’enthousiasme et la réponse du public étaient extraordinaires.
Ma première « conférence » fut étrange et totalement inattendue : je montai sur l’estrade et je regardai autour de moi. Il y avait déjà plusieurs centaines de personnes qui attendaient. Un homme dans la première rangée à ma droite était assis, plongé dans son journal, indifférent à tout le reste. Avant que je puisse dire un mot d’introduction, ou même « bonjour », je fus adombré par Maitreya et je me contentai de regarder l’assistance, figé dans un silence total. Le public avait les yeux fixés sur moi, comme fasciné, et des larmes coulaient sur de nombreux visages. Ceci dura cinquante minutes, mais cela paraissait en dehors du temps, toute notion de temps ayant disparu. A un moment donné, l’homme dans la première rangée à ma droite leva les yeux, regarda autour de lui, et n’entendant rien, il plia son journal et s’en alla.
Lorsque l’adombrement s’arrêta, je dis : « Eh bien ! J’étais supposé donner une conférence, mais il ne nous reste que dix minutes. Que suggérez-vous ? » Quelqu’un dit : « Pourriez-vous répondre à des questions ? », ce que je fis pendant une vingtaine de minutes, donnant ainsi l’essentiel de mon information sur la Réapparition du Christ.
L’introduction silencieuse se répéta quelques mois plus tard à l’occasion d’une autre rencontre, en Floride cette fois, et pendant de nombreuses années ce fut la norme à toutes mes conférences (mais cela ne durait plus qu’une demi-heure). Cet adombrement est pour le public ce qu’il y a de plus convaincant. Les énergies libérées sont si puissantes et elles produisent un tel sentiment de bien-être que cela suffit à convaincre de nombreuses personnes de la réalité du « message ». Certaines sont plus ou moins clairvoyantes et affirment voir la lumière de l’adombrement m’entourer et se répandre dans la salle.
Aussitôt après la rencontre de Los Angeles, j’entamai une semaine de conférences dans différentes villes situées au nord et au sud de Los Angeles, entre Santiago et Santa Barbara, au rythme épuisant de deux conférences par jour, sans compter les voyages. Les Américains ont certainement une conception particulière du travail !
De la Californie je m’envolai pour Salt Lake City, dans l’Utah, et je fis une conférence chez les Mormons, hébergé dans une famille mormone charmante, dont la mère était déjà totalement convaincue de la véracité de mes informations.
Puis ce fut le Colorado, avec des conférences et des méditations de transmission à Denver et à Boulder. Pour une raison ou une autre, au fil des années, les médias de Denver ont toujours été particulièrement intéressés par mon « histoire » et cinq ou six interviews par jour étaient chose courante.
L’une d’entre elles m’est restée en mémoire en raison de la manière bizarre dont elle s’est déroulée. J’arrivai au studio de la radio avec un ami à 23 h 30. C’était la cinquième ou sixième interview de la journée. Le nom de l’interviewer était Berg. Le studio avait la taille d’un grand placard et au-dessus d’un cendrier débordant de cendres et de mégots, il y avait une affiche disant : « Prière de ne pas fumer ». Pourtant M. Berg ne cessait de fumer, ce qui était assez déplaisant dans cet espace confiné. L’interview commença et aussitôt il y eut des appels téléphoniques des auditeurs dont la plupart étaient très intéressés et posaient des questions sérieuses et intelligentes. Le problème, c’est que M. Berg me laissait à peine répondre à une question et venait tout de suite ajouter son propre baratin sans intérêt. Les auditeurs et moi-même lui demandèrent de me laisser répondre aux questions, mais il n’y eut rien à faire. Pendant une interruption publicitaire, je lui dis que j’avais mieux à faire et que j’allais partir s’il ne me laissait pas répondre aux questions. Il hurla : « Partez avant que quelque chose de pire ne vous arrive ! »
Nous partîmes immédiatement et nous mîmes la radio de la voiture. M. Berg était en train de dire aux auditeurs combien il était surpris que je sois parti, qu’il s’était efforcé de m’apporter son soutien. J’appris par la suite qu’il avait été avocat à Chicago, je crois, qu’il avait eu des ennuis et avait été exclu ou destitué, ou quelque chose de ce genre, pour s’être montré déloyal à l’égard d’autres avocats et que par ailleurs il avait été en relation avec la mafia. Une semaine plus tard on le trouva à l’extérieur de la station de radio, criblé de balles. Je peux assurer les lecteurs que je n’y suis pour rien.
De Denver je retournai à Los Angeles où le noyau du premier groupe américain était formé et où l’on projetait sérieusement de créer Tara Centre et de publier la Réapparition du Christ et des Maîtres de Sagesse. Nous avions déjà publié l’ouvrage à Londres et j’en avais apporté une dizaine d’exemplaires aux Etats-Unis où ils s’étaient arrachés. Deux semaines inoubliables s’étaient écoulées depuis mon arrivée et, comme un incendie de forêt, l’information se répandait rapidement dans tous les Etats-Unis, si bien que lorsque j’y retournai quelques mois plus tard, ma tournée couvrit presque la moitié de cet immense pays.
C’était supposé être une tournée sur la côte est, mais elle s’étendit de Montréal (Canada), au nord, jusqu’à Miami (Floride), au sud, de New York et Boston, à l’est, jusqu’à Dallas (Texas) dans le Middle-West, et toutes les villes intermédiaires. En vingt et un jours, je donnai des conférences et j’organisai des méditations de transmission dans dix-sept villes, sans compter les nombreuses interviews à la radio et à la télévision. L’intérêt était extraordinaire, les gens étaient intrigués et intéressés par « l’histoire » et étonnamment ouverts. Excepté les chrétiens fondamentalistes qui jugèrent mon histoire sacrilège. La plupart d’entre eux n’ont pas changé d’avis, je suppose.
Il y eut cependant une exception. Je me souviens d’un homme grand et timide, à Richmond, en Virginie, qui notait soigneusement tout ce que je disais. A la fin de la rencontre, il s’approcha de moi en gardant une certaine distance et me demanda s’il pouvait me parler. Il me dit qu’il appartenait à la Church of Christ Jesus, située non loin de là, et que ses membres s’étaient réunis afin de décider s’ils viendraient ou non à ma conférence. Mais il était le seul qui avait eu le courage de venir, et il était heureux de l’avoir fait car il avait appris beaucoup de choses nouvelles. Je lui demandai pourquoi les autres n’étaient pas venus et il me répondit : « Ils avaient peur. Moi aussi j’avais peur, mais je suis content d’être venu. » – « Peur de quoi ? », dis-je. « Des énergies, c’est de cela dont ils avaient peur », répondit-il. Je lui dis que ces énergies étaient celles du Christ, le Seigneur de l’Amour. Il me répondit : « Vous le savez et maintenant je le sais aussi, mais eux ne le savent pas. Je vais leur dire qu’ils se sont trompés sur toute la ligne. Lequel de vos ouvrages me conseillez-vous d’acheter ? »
C’était un homme très gentil et très chaleureux. Malheureusement, je suis certain que ses coreligionnaires ont prié pour lui, et l’ont purifié et guéri d’un tel non-sens. (A suivre)
Questions-réponses
Q. En 1974, votre Maître vous a-t-il expliqué, dans quel genre de groupe vous seriez engagé ?
R. Non.
Q. Quels étaient les principaux objectifs du Maître en mettant en place ce premier groupe qui a conduit aux divers groupes qui existent aujourd’hui dans le monde ?
R. Commencer à informer le public de l’extériorisation de la Hiérarchie et du retour du Christ. Introduire et répandre la méditation de transmission aussi largement que possible. Rendre possible pour la première fois l’initiation de groupe.
Q. Votre Maître considère-t-il que certains de ses objectifs, en ce qui concerne ce travail de groupe particulier consacré à l’Emergence, ont été ou sont en train d’être réalisés ?
R. Oui, certains.
Q. Dans certains groupes travaillant à l’Emergence, on a parfois le sentiment (ou on imagine) que certains membres sont en quelque sorte plus « unis », plus « reliés » au groupe que d’autres. Est-ce une perception juste des choses ?
R. Non, c’est de l’imagination. Le sentiment d’être « relié » dépend de l’attitude correcte des gens par rapport au travail de groupe.
Q. Les personnes appartenant aux groupes travaillant à l’Emergence forment-elles un nouvel ashram constitué de tous les types de rayons travaillant ensemble ?
R. Oui.
Q. Est-il probable que la plupart des gens qui travaillent ensemble dans ces groupes se réincarneront plus ou moins en même temps pour travailler à nouveau ensemble ?
R. Oui.
Q. Comment vous sentez-vous après trente années de travail de groupe ?
R. Fatigué !
Q. [1] Peut-on dire qu’à travers le travail de votre Maître et le vôtre, la conscience et la réflexion dans le monde ont changé de manière significative – qu’elles se sont en fait transformées ? [2] Peut-on également dire que les cœurs, les esprits et le karma non seulement des individus appartenant aux groupes, mais également ceux de nombre de personnes qui, un peu partout dans le monde, ont été capables de répondre à l’idée de la présence du Christ et des Maîtres et à l’idée du partage ont également changé pour le mieux ?
R. [1] Dussé-je en rougir de confusion, la réponse est apparemment oui. [2] Oui.
Q. Que devrions-nous avoir appris de notre expérience dans un « groupe travaillant à l’Emergence » ?
R. Comment travailler ensemble en tant que groupe réel, au niveau de l’âme. C’est ce que vous auriez pu apprendre !
Q. Après le jour de la Déclaration, les groupes s’élargiront-ils progressivement de manière à transmettre des énergies encore plus puissantes ?
R. Oui, sans aucun doute.
Q. Alice Bailey a travaillé pendant approximativement trente ans. Est-ce une coïncidence ?
R. Oui.
Q. Y a-t-il une quelconque signification dans ce beau nombre rond ?
R. Non.
Témoignages
H T. Japon (employée d’un service public)
J’ai assisté pour la première fois à une conférence de Benjamin Creme à Tokyo en 1991. La salle de conférence était plutôt grande et je fus surprise de voir que les 5 ou 600 places étaient presque toutes occupées. Lorsque Benjamin Creme est apparu sur l’estrade, il avait l’air de quelqu’un de très chaleureux et d’amical.
Dès que l’adombrement commença, son expression changea et il parut très digne. Un calme très profond semblait émaner de lui. Il me fit penser à un grand Maître zen et j’étais si émue que j’avais envie de courir vers lui et de m’agenouiller devant lui. C’était une expérience très inhabituelle pour moi (je ne suis pas du tout dévotionnelle).
La session de questions-réponses fut très intéressante car il répondit à certaines questions que je m’étais posées personnellement. Je fus particulièrement heureuse de l’entendre dire que les enseignements de Krishnamurti étaient essentiellement les mêmes que ceux de Maitreya, car je lisais à cette époque les ouvrages de Krishnamurti avec un vif intérêt. En un mot, mon impression, après avoir assisté à cette conférence, fut que tout cela était parfaitement authentique.
J. Osterloh, Dublin, Californie (E.-U.) (chargée de gestion du personnel)
La première conférence de Benjamin Creme à laquelle j’ai assisté a changé ma vie. Ma réponse à l’adombrement fut inintuitive. Je voyais cet homme d’un certain âge regarder intensément chacun dans le public et j’avais le sentiment que quelque chose d’extraordinaire était en train de se produire. Lorsqu’il me regarda à mon tour, avec un léger sourire, je m’autorisai à penser : « Je suppose qu’il est possible que le Christ soit en train de me regarder. » A ce moment-là, je ressentis une secousse dans l’épine dorsale. Il continua à me regarder avec un doux sourire pendant quelques instants, puis ses yeux se déplacèrent.
La conférence commença et je fus étonnée de la logique avec laquelle l’histoire se déroulait. Je pensais : « Enfin, quelqu’un qui dit la vérité sur le Christ, sur l’évolution de l’homme vers la maîtrise, sur les raisons de la terrible tension qui règne dans le monde en raison du manque d’amour et de l’absence de partage des ressources mondiales. » Entendre parler de la présence et de l’aide de la Hiérarchie spirituelle fut comme si un immense poids était enlevé de mon esprit, tellement préoccupé par l’avenir de la planète et de l’humanité. Cette nuit-là, allongée dans mon lit, je me dis : « Je vais voir le Christ et assister à une totale transformation de la planète. » Je me mis alors à pleurer, des larmes de joie. Je ne fus plus jamais la même après cette conférence.
Diana Elderton, Londres, Grande-Bretagne (enseignante et libraire)
En 1982, un de mes amis me parla des conférences de Benjamin Creme. Intriguée, j’arrivai dans une grande salle de confrence, à la Friends House, et on m’indiqua ma place. Pendant « l’adombrement » de Benjamin Creme et lorsqu’il prononça le dernier message [de la série des 140 messages], un grand calme et un profond silence se répandirent dans le public. Le message était prononcé d’une voix claire et forte, avec des pauses délibérées et un rythme presque biblique. Je me sentais inspirée, réconfortée et nourrie non seulement par l’atmosphère mais également par les paroles d’optimisme et d’espoir pour l’humanité.
Après cette expérience émouvante, Benjamin Creme donna une conférence digne d’un chef d’Etat sur les événements mondiaux, reliant ceux-ci à l’influence puissante et bienfaisante non seulement d’un Instructeur mondial en train d’émerger mais également de son équipe de Maîtres, dont un certain nombre avaient déjà pris place dans le monde moderne. C’était une histoire biblique remise à jour avec des informations actuelles, et remplissant le vide qui m’avait éloignée des religions établies à la fin de mon adolescence. Il s’agissait d’une perspective humanitaire de politique et d’économie mondiale, et d’une proposition de changements réalistes nécessaires pour remettre le monde en ordre. Ce n’était pas un appel aux armes révolutionnaire, mais un appel aux gens ordinaires, destiné à leur montrer leur rôle dans les événements, la part qu’ils pouvaient prendre dans l’instauration du partage et de la justice, dans l’éradication de la faim dans le monde.
LA REACTUALISATION DES RAPPORTS BRANDT - Deuxième partie - 3/3
par James Bernard Quilligan,
En janvier 2004, Partage international a publié le début d’une série d’articles sur la réactualisation des rapports Brandt. En 1977, l’ancien chancelier allemand Willy Brandt avait réuni un groupe d’anciens chefs d’Etat et de personnalités mondiales de premier plan afin d’examiner « l’échec de l’économie mondiale et les problèmes qui accablent les pays en développement ». Plus de vingt ans après la publication du Rapport Nord-Sud : un programme pour la survie (1980) et de son complément : la Crise internationale : la coopération Nord-Sud pour reconstruire le monde (1983), James Quilligan analyse les demi-succès et les échecs dans l’application de ces propositions.
Dans la première partie, J. Quilligan a passé en revue les principales questions traitées par la Commission, et il a établi une évaluation de ses propositions. Dans cette seconde partie, il propose une analyse approfondie de l’histoire économique depuis la Seconde Guerre mondiale, et il établit les liens avec les solutions que la Commission Brandt a préconisées, et dont l’application est plus que jamais indispensable aujourd’hui.
Les crises de la dette de 1997 et 1998 qui ont sévi en Asie du Sud-Est, au Brésil et en Russie, et qui ont failli provoquer un effondrement du système financier international, ont profondément déconcerté les dirigeants du monde libre. Quand le feu fut maîtrisé, les ministres des Finances du G-7 se rencontrèrent afin de discuter des risques engendrés par les flux incontrôlables de capitaux, et de la possibilité d’une « nouvelle architecture financière ». Nombreux sont les observateurs qui se sont alors souvenus d’un ancien débat portant sur une réforme du système économique mondial.
A l’instigation du rapport Nord-Sud de la Commission Brandt, un sommet économique de dirigeants de pays développés et sous-développés avait eu lieu à Cancun, au Mexique, en 1981. Comme cela a été rappelé dans le volet consacré aux négociations internationales (voir Partage international de mars 2004), cette Rencontre internationale pour la coopération et le développement fut la première et l’unique réunion du genre. Les chefs d’Etat ont débattu de questions relatives au développement international, mais la conférence mexicaine n’a duré que deux jours et n’a produit aucun projet. Afin de maintenir la continuité du dialogue, la Commission Brandt a publié un deuxième rapport, en 1983, Crise commune, qui proposait d’étendre le rôle et les ressources du FMI et de la Banque mondiale, et de créer un cadre nouveau pour la finance et le commerce international. Crise commune enjoignait également la communauté des nations à assurer une supervision plus étroite et une meilleure régulation bancaire dans les pays en développement, exigeant en contrepartie un plus grand contrôle des institutions financières internationales.
Ce qu’il faut, disait en substance la Commission Brandt, c’est une institution mondiale qui soit chargée d’équilibrer le secteur privé avec l’intérêt public, afin de pallier les pénuries de financement du développement et de pérenniser une croissance durable ordonnée. La première mouture du projet de Brandt comprenait deux composantes : la création d’un Fonds mondial pour le développement et celle d’un Conseil pour le développement.
A présent, l’essentiel de l’aide aux pays en développement consiste en une forme de crédits dont bénéficient les pays industrialisés pour promouvoir leurs exportations et l’achat de leurs biens d’équipement. Ce dispositif fournit aux pays pauvres un moyen de payer leurs importations, mais pas de générer du capital supplémentaire.
Mais une source permanente de financement extérieur est nécessaire pour s’assurer que les dépenses en monnaie locale ne soient pas absorbées par l’inflation et par les déficits de la balance des paiements. Cette nouvelle ligne de financement du développement pourrait émaner d’un ensemble de sources « universelles » non exploitées, comme des redevances sur les sociétés multinationales, le trafic d’armes, la pollution de l’environnement, le commerce des devises, les fonds d’investissements à risque, les produits dérivés, l’utilisation du spectre électromagnétique, les orbites stratosphériques dévolues aux satellites, le transport maritime, la pêche océanique et les billets d’avion internationaux. Dans cette optique, la Commission Brandt a suggéré la création d’un « Fonds mondial pour le développement – qui accueillerait tous les pays et veillerait à ce que l’équité entre créanciers et emprunteurs règne dans les prises de décision – et qui interviendrait en complément des institutions existantes afin de diversifier les politiques et les pratiques de prêt. Le Fonds mondial pour le développement chercherait à satisfaire les besoins non pris en compte par le monde financier, et en particulier les prêts programme. En dernier lieu, il pourrait servir de canal pour ce type de ressources qui seraient prélevées automatiquement dans le monde entier. » [N-S, 255]
De surcroît, la Commission Brandt a jugé opportun la création d’un organisme de haut niveau qui gèrerait et coordonnerait le développement international. Ce Conseil pour le développement consisterait en un petit panel d’experts, un groupe indépendant sans statut exécutif. Il gérerait et évaluerait le travail des différentes agences internationales engagées dans le domaine du développement, et rédigerait un rapport destiné aux gouvernements et à l’Assemblée générale et ses agences. Son but serait de « rationaliser les institutions, de définir leurs objectifs avec plus de clarté, ainsi que la manière de les atteindre avec plus d’efficacité et au moindre coût. Il s’agirait en l’occurrence d’un organe composé de douze membres : un tiers seraient des citoyens issus des pays en voie de développement, un autre tiers proviendrait du monde industrialisé, et le dernier tiers serait sélectionné selon des critères liés à l’expérience et l’indépendance d’esprit. » (N-S, 261) Ces membres rendraient également compte au public et resteraient ouverts aux contributions de la société civile.
Mais aucune de ces idées n’a été exploitée au cours des années 1980. En 1989, Willy Brandt a demandé à Ingvar Carlsson et Sir Shridath Ramphal de convoquer une Commission indépendante sur la gouvernance mondiale. Après la mort de W. Brandt en 1992, cette nouvelle commission a publié un rapport intitulé Notre voisinage mondial (1995).La Commission sur la gouvernance mondiale a développé l’idée d’un Conseil au développement, prônant la création d’un nouveau type de groupe international pour gérer l’interdépendance économique. Selon la commission, cet organe financier international devrait être de taille restreinte, afin d’éviter les lourdeurs bureaucratiques, et devrait être plus représentatif et plus flexible que le FMI ou la Banque mondiale. Ce nouveau conseil, que certains considèrent un peu comme un ministère mondial des Finances, pourrait superviser et coordonner les politiques internationales dans l’objectif de :
– gérer l’état de l’économie mondiale ;
– anticiper les crises monétaires et financières ;
– veiller à la stabilité des taux de change ;
– éliminer les risques liés aux flux internationaux de capitaux ;
– fournir un cadre pour une politique du développement durable à long terme ;
– assurer une coordination efficace entre les principales organisations internationales ;
– recueillir les propositions des organisations régionales ;
– bâtir un consensus entre les gouvernements sur les questions de politique économique internationale.
Aujourd’hui, la coordination macro-économique de l’économie internationale fait toujours défaut. Une structure financière et monétaire démocratique, qui représenterait les intérêts de tous les peuples, aurait à affronter de nombreux problèmes cruciaux et complexes. En particulier, la réglementation, c’est-à-dire un renforcement des contrôles sur les mouvements des devises, est cruellement insuffisante dans l’investissement international. Il conviendrait de garantir des pratiques loyales de concurrence, et de restreindre les monopoles, à l’échelle internationale. Les institutions et les sociétés de financement internationales devraient être davantage soumises au contrôle de l’intérêt public. Des filets de sécurité internationaux sont nécessaires pour lutter contre l’évasion des capitaux, la fraude, le blanchiment d’argent, les délits d’initiés et les trafics d’influence qui ont cours sur les marchés financiers. Sans une autorité mondiale responsable pour contrôler le marché spéculatif, tous les pays, et en particulier ceux du tiers monde, sont à la merci de variations erratiques des flux de capitaux, des taux d’intérêt, des taux de change et de l’inflation.
Nous vivons depuis plus de trente ans sous le régime du système des taux de change flexibles, c’est-à-dire une absence presque totale de politique économique. Pour faire face aux oscillations chaotiques des flux de capitaux internationaux qui caractérisent ce système, les pays en voie de développement ont adopté des moyens de substitution afin de stabiliser leurs devises et d’empêcher toute panique financière. Certains pays « dollarisent » leur monnaie – c’est-à-dire que le dollar américain devient leur devise d’usage. D’autres maintiennent un taux de change fixe en conservant la parité de leur monnaie avec une devise étrangère forte, qui est souvent le dollar américain. D’autres encore préfèrent maintenir un contrôle des capitaux – interdisant totalement les échanges de devises en cas de crise économique.
Chacun de ces régimes monétaires possède ses avantages et ses faiblesses intrinsèques, mais aucun n’offre une solution permanente. Sans exception, ils constituent un simple moyen de parer à la volatilité des taux de change flottants au sein d’un système international anarchique. A défaut d’un garant économique souverain à l’échelle planétaire, la Réserve fédérale américaine assume le rôle officieux d’arbitre en ce qui concerne les taux d’intérêt et la valeur des devises. Parce qu’il sert de devise de réserve principale, le dollar américain contraint les autres pays à exporter, non en raison de positions concurrentielles avantageuses, mais dans l’objectif principal d’acquérir des dollars afin de s’acquitter de leur dette extérieure et de fournir une réserve de soutien à leur propre monnaie. Cependant, lier l’avenir économique d’un pays à la force du dollar américain et aux décisions monétaires de la Banque centrale des Etats-Unis, ne s’avère pas toujours très heureux. L’adoption de diverses mesures de substitution pour prévoir l’évolution des taux de change – la dollarisation et l’indexation de la monnaie – a abouti à des résultats parfois encourageants, comme en Equateur, mais parfois désastreux comme en Argentine.
Cette absence de gestion internationale des monnaies et de la finance est même plus problématique maintenant qu’en 1983. Pourtant, à cette époque déjà, W. Brandt avertissait que « la communauté internationale a peu progressé face aux problèmes les plus graves, le premier d’entre eux étant l’existence d’un système de relations économiques internationales conflictuelles, qui asphyxie de nombreux pays en voie de développement. Les perspectives d’avenir sont alarmantes. L’augmentation de l’instabilité mondiale a réduit d’autant les espoirs de croissance économique, et le problème de la gestion des déséquilibres des paiements internationaux accroît la menace de crises majeures au sein du système financier international. Nous émettons de sérieux doutes quant à la capacité de la machine mondiale actuelle à contenir ces déséquilibres et gérer les liquidités et la dette internationale. » [ CC,2]
Vingt ans après la Commission Brandt, dix ans après la Commission sur la gouvernance mondiale, cinq ans après l’appel du G-7 pour une « nouvelle architecture financière », l’essentiel de la crise de la finance internationale n’est toujours pas résolu. Les pays en développement connaissent encore des difficultés à rembourser leurs dettes à court terme afin de maintenir l’accès au capital étranger aux taux d’intérêt du marché, le montant de la couverture de leur dette se dégrade à un rythme accéléré, absorbant l’argent qui serait autrement consacré au développement national. Lorsqu’un pays connaît un défaut de paiement, les règles internationales actuelles autorisent les créanciers étrangers à se retirer de l’engagement délétère au moindre coût possible, tandis que le pays déficient doit procéder à des coupes profondes dans ses budgets sociaux, mettre en place des politiques économiques d’austérités et payer une addition plus salée. Il s’ensuit la fuite des investisseurs internationaux de tout pays qui a connu un problème de paiement.
Cette situation précaire est dangereuse pour le monde entier parce qu’elle réduit la circulation des liquidités et ralentit les échanges. C’est pourquoi une nouvelle architecture financière est plus nécessaire que jamais – incluant une restructuration de la dette nationale par une répartition équitable des risques entre les créanciers et les emprunteurs. Rien n’illustre mieux les priorités biaisées de l’économie et les contradictions systémiques que le dilemme de savoir qui devrait endosser en dernier lieu la responsabilité des crises financières mondiales. Le prochain article de cette série s’intéressera à savoir pourquoi les investisseurs internationaux, les institutions et les pays développés se dérobent à la création d’un nouveau cadre pour la restructuration de la dette, qui préserverait les capacités de développement et les priorités sociales locales dans les pays sous-développés.
Abréviations :
N-S : Nord-Sud : un programme pour la survie
CC : Crise commune