Partage international no 189 – mai 2004
Le peuple espagnol a prouvé à quel point la volonté active et conjointe de la population a du pouvoir. Avant l’attaque américaine contre l’Irak, 90 % de la population espagnole s’y était opposée, des millions de personnes ayant pris part à une manifestation de masse à travers le pays, tout comme cela s’est produit en Angleterre, mais le gouvernement les a ignorées.
Le 11 mars 2004, près d’un an après l’invasion de l’Irak et trois jours avant les élections nationales, une attaque terroriste à Madrid, au moyen de plusieurs bombes placées dans des trains à une heure de forte affluence, a tué 200 voyageurs et en a blessé plus de 1 500.
Les campagnes électorales ont été suspendues, et le 12 mars plus de douze millions de personnes à travers tout le pays sont descendues dans la rue pour manifester contre toute forme de terrorisme. Ce vaste rassemblement spontané de la population à travers toute l’Espagne, exprimant une opposition unanime, offrait une image poignante qui a été diffusée dans le monde entier. « Ces attaques m’ont ouvert les yeux, a déclaré un manifestant, car elles ont servi à démasquer ce gouvernement. »
« Nous ne souhaitions pas cette guerre contre l’Irak, dit un autre, ni les nombreuses erreurs commises par notre gouvernement. » De nombreuses banderoles portaient des slogans contre le président Bush et l’occupation de l’Irak.
Les élections nationales ont eu lieu quelques jours plus tard, et le parti populaire favorable à la guerre conduit par M. Aznar a été balayé, l’électorat exprimant ainsi son mécontentement général à l’égard de la politique du parti. Le peuple espagnol avait logiquement conclu à l’existence d’un lien direct entre les attaques de Madrid et l’implication de leur gouvernement dans une guerre illégale. Ironiquement, les déclarations initiales du gouvernement Aznar selon lesquelles le mouvement séparatiste basque ETA était le principal suspect, bien qu’exactes*, n’ont servi qu’à attiser la colère d’un public déjà mécontent et sceptique. Malgré des explications contradictoires, le public s’est senti poussé à agir et s’est rendu en masse aux urnes, votant pour le parti socialiste, contre toute attente et à une large majorité. Aujourd’hui, M. Aznar et les responsables de son parti n’ont rien récusé de leurs décisions et persistent à penser que la participation à la guerre n’était pas une erreur. Bien que le parti populaire insiste sur le fait que les attaques ont contribué à la victoire des socialistes, les Espagnols sont dans l’ensemble convaincus que les attaques ont servi à mettre en lumière les conséquences de la violence. Leur vote a été l’expression délibérée de leur opposition à la guerre et à ses conséquences
Le nouveau président élu, José Luis Rodriguez Zapatero, 43 ans, a souligné que si les Nations unies ne se voient pas attribuer un rôle plus important dans la transition vers la démocratie en Irak et si la passation du pouvoir n’est pas effective d’ici le 30 juin, le retrait des 1 300 soldats espagnols sera l’une des priorités pour le parti socialiste. Résistant aux pressions des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, J. Zapatero s’en tient fermement à ses engagements car il croit que « l’actuelle administration de l’Irak n’est pas ce qu’il y a de mieux ». Bien que la participation militaire de l’Espagne en Irak soit modeste, le retrait des troupes pourrait avoir une grande signification politique, laissant Tony Blair relativement isolé en Europe. J. Zapatero a déjà rencontré des leaders de l’Union européenne, dont T. Blair, ainsi que le secrétaire d’Etat américain Colin Powell, afin de discuter du retrait des troupes.
*Partage international dispose d’informations provenant du Maître de Benjamin Creme qui affirme clairement qu’un élément radical de l’ETA est en effet responsable des attaques de Madrid du 11 mars 2004. Voir les explications de Benjamin Creme dans la rubrique Questions-Réponses de ce numéro.
Espagne
Date des faits : 11 mars 2004
Sources : La Vanguardia, Espagne ; CNN, ABC News, Etats-Unis
Thématiques : politique
Rubrique : La voix des peuples (Cette rubrique est consacrée à une force en plein développement dans le monde. La voix du peuple ne cessera de s’amplifier jusqu’à ce que, guidés par la sagesse de Maitreya, les peuples conduisent leurs gouvernements à créer une société juste dans laquelle seront respectés les droits et les besoins de tous.)
