Le pape François ‑ un homme de parole, un appel au bien commun

documentaire

Partage international no 359juillet 2018

par Elisa Graf

Le documentaire long métrage au sujet du pape François, réalisé par Win Wenders, cinéaste allemand, nominé et lauréat de nombreux prix (Cannes, César, Oscar), est sorti en mai 2018 en version anglaise1. Le pape François ‑ Un homme de parole nous offre des conversations intimes avec le pape, partageant son avis sur les sujets d’aujourd’hui : la mort, la justice sociale, l’immigration, l’écologie, l’inégalité de la santé, le matérialisme, la place de la famille.

« Même en rêve, je n’aurais jamais imaginé faire un film sur le pape François », assure W. Wenders, pour évoquer la surprise qu’il a eue en recevant une lettre du Vatican. Elle proposait un accès privilégié et exclusif auprès du pape ainsi qu’aux archives cinématographiques du Vatican. Lui se chargerait de la production, du financement et de la distribution du documentaire. Comme il avait la liberté artistique de choisir la meilleure approche du sujet, W. Wenders se dit, après de longues réflexions, qu’il y avait là une opportunité unique pour que le pape François s’adresse directement à son public et pour faire connaître ses inquiétudes et ses préoccupations. Le film montre également des images d’archives de ses déplacements autour du monde : dans les prisons, les camps de réfugiés, devant les Nations unis ou au Congrès américain.

Pour apporter une touche d’intimité, W. Wenders a utilisé l’Interrotron, une technologie qui permet de montrer les conversations entre le pape et lui, comme si le pape s’exprimait face caméra.

Encouragé par le Vatican à faire un film adressé à tous, et pas seulement aux « croyants », W. Wenders affirme : « Toutes les personnes qui jusqu’à présent ont vu ce documentaire en sont sorties profondément touchées par l’honnêteté des réponses du pape et par son approche, même ceux qui ne sont pas croyants […]. J’ai vu des gros durs sortir avec les larmes aux yeux. Je pense que ce film apporte une touche d’espoir et le désir d’un monde différent. »

W. Wenders n’avait jamais rencontré le pape auparavant. « Ce qui m’a surpris le plus, dit-il, c’est qu’il est habité d’une énergie positive incroyable […]. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un d’aussi positif, d’aussi optimiste. J’ai été littéralement saisi par son énergie positive. Il a une présence incroyable. Je pense que chaque jour que j’ai passé auprès de lui a été un cadeau et j’espère transmettre ce cadeau au public. »

W. Wenders considère aussi que ce projet n’aurait probablement pas pu avoir l’autorisation du Vatican avec un autre pape. François est profondément sensible aux problèmes de l’humanité et à ceux de notre planète. En analysant tous les sujets sur lesquels le pape se sent concerné, de l’écologie, du climat, de l’injustice sociale, de la pauvreté en passant par les nouveaux problèmes de migration et des réfugiés, W. Wenders remarque que tous ont la même base : «  Le bien commun : il représente le concept du bien commun. Depuis le tout début, nous avons pensé : ce ne sera pas un film pour les catholiques, pas plus que ce ne sera un film pour les chrétiens. Ce sera un film pour tous les habitants de la planète, parce qu’il parle de nous, il nous aide et traite des sujets qui nous concernent tous. »

Le fait que le pape François ait décidé de s’appeler « Francesco » à la suite de saint François d’Assise, un fervent révolutionnaire et défenseur des pauvres, constitue un élément clé sur lequel le cinéaste s’est penché dès le début. Il pense qu’aucun pape avant lui n’a osé prendre ce nom. N’oublions pas qu’une des priorités du pape François fut de voir une église pauvre au service des pauvres.

W. Wenders poursuit : « Bien sûr, l’Eglise est une institution puissante et très riche. C’est clair dans le documentaire. Mais le pape affirme que tant que l’Eglise sera soucieuse de ses richesses, Jésus ne sera pas présent. Vous voyez, son approche est plutôt radicale, même dans sa manière de vivre. […]

Le pape n’a pas de limousine, il a une toute petite voiture. Quand nous faisions des prises dans un parc, il conduisait la plus petite voiture d’Italie : une Panda. Il est cohérent, c’est son style de vie. Il vit dans une modeste pension de famille, juste à coté du grand palais où résidaient les autres papes avant lui.

Le pape nous a dit à tous que nous pouvons tous vivre avec un peu moins. Il montre que c’est possible et il a bien raison, ne serait-ce que parce qu’il y a de plus en plus de personnes qui sont exclues du monde florissant de l’économie et des industries ‑ si nous pouvions faire une pause, une petite pause, et permettre aux autres de nous rejoindre, cela serait une avancée pour la justice sur cette planète. »

Citations du documentaire :

« Nous avons tant à faire et nous devons le faire ensemble … »

« Personne ne peut servir deux maîtres. Nous ne pouvons pas servir à la fois Dieu et l’argent. »

« La voie pour sortir du consumérisme, de la corruption, de la compétition, de l’esclavage de l’argent est un travail concret de tous les jours ‑ c’est une réalité tangible. »

« Nous vivons « pied au plancher » du matin au soir. Cela ruine notre santé mentale. »

« Je parle de se sentir concerné par ce que les autres vivent. Je parle de vraie proximité. Parlez peu, écoutez beaucoup, dites juste ce qu’il faut et regardez toujours les autres dans les yeux. »

1. Sortie de la version française : 12 septembre 2018.

Auteur : Elisa Graf, collaboratrice de Share International. Elle vit à Steyerberg (Allemagne).
Thématiques : religions
Rubrique : Divers ()