Le mystique et l’ésotériste

Partage international no 87novembre 1995

par Aart Jurriaanse

L’ésotériste a conscience de l’existence du monde des énergies et des forces, et une partie de son travail consiste à déterminer dans quelle mesure il peut les contrôler et les diriger. Il s’agit d’une approche largement mentale.

Le mystique, quant à lui, travaille principalement depuis le niveau émotionnel, et sa vie se caractérise par un désir profond et sincère d’entrer en rapport avec une Déité vaguement définie, qu’il pourra nommer le Père, Dieu, le Christ, le Bouddha, le Bien-Aimé, ou d’une toute autre manière encore, manifestant le désir ardent de l’âme d’une fusion avec le spirituel, la Monade.

La voie mystique constitue, en règle générale, la première approche de l’ésotérisme, conduisant l’aspirant à recevoir la « première initiation ». Une fois franchie cette étape initiale, on renonce au mysticisme, et l’attention se focalise alors sur le « sentier éclairé » de l’ésotérisme, qui mènera inévitablement le disciple aux états de conscience plus élevés, et ainsi à une plus grande Lumière.

Les aspirants qui disposent d’une conscience mystique fortement développée, se sentent souvent froissés par les considérations mentales et même techniques de l’ésotériste, dont l’approche est grandement dépouillée de toute réaction affective. Le mystique perçoit quelque chose de la vérité, mais n’est pas attiré par une présentation intellectuelle ou une définition claire de ces vérités. Il n’y a pourtant aucune raison qu’une définition plus claire de tout ce qui concerne la vérité enlève, de quelque manière que ce soit, à la beauté et à la grandeur de cette vérité qui est découverte sur les plans supérieurs par une approche ésotérique. Au contraire, ces « découvertes » devraient favoriser une prise de conscience plus profonde de la majesté de tout ce qu’englobe le concept de Déité. Reconnaître l’existence de mystères toujours plus grands, et l’insignifiance relative des capacités humaines, ne peut développer que l’humilité, et le respect dû à ces aspects élevés de la Divinité qui se présentent progressivement à l’esprit de l’homme.

Il convient également de reconnaître que l’opposition à l’approche ésotérique trouve souvent son origine dans une paresse mentale, une forme d’inertie mystique. Exprimer ses aspirations et son amour pour Dieu par diverses formes de rites dévotionnels, exige un effort mental bien moindre que de l’exprimer par une analyse mentale attentive de l’ensemble des éléments dont dispose le disciple, analyse étayée par des études qui conduiront à une intégration et à une compréhension plus profonde des arcanes des mondes subjectifs.

L’ésotériste doit en même temps se garder de ce que son approche ne devienne si objective qu’il perde le contact avec sa « perception mystique » naturelle, ou qu’il occulte cette qualité présente en tout être humain, et qui révèle la présence de l’âme. Il s’agit d’un pouvoir qui pousse constamment de l’avant tout individu, s’efforçant d’atteindre quelque chose de grand et d’indéfini, mais qui semble demeurer hors d’atteinte.

Le Tibétain prophétise que les hommes de l’ère du Verseau, qui s’incarnent à l’heure actuelle, se distingueront par une reconnaissance largement répandue de cette « perception mystique ». Ceci conduira à une compréhension intuitive de la nature des énergies, qui aura pour conséquence un développement rapide du niveau spirituel de la race.

La voie de l’ésotériste est celle de la raison, de l’intellect et du savoir, c’est à dire celle de la tête, se distinguant de la voie du cœur qu’exprime l’aspiration du mystique. Une véritable compréhension devrait par conséquent naître d’une union judicieuse entre l’intellect, l’amour et la dévotion. Le mystique et l’ésotériste devraient, l’un comme l’autre, suivre la voie équilibrée de la sagesse. Le mystique découvrira finalement que sa dévotion doit être guidée par l’intellect, et que ceci le conduira vers la voie de l’ésotériste. Ce dernier, cependant, manquera également son but s’il ne conserve ou ne retrouve son sens mystique.

Une autre manière d’exprimer ce qui précède consiste à affirmer que l’ésotériste n’est qu’un mystique qui a élevé son mode de fonctionnement du plan émotionnel au plan mental. Les individus qui font preuve de cette élévation dans leurs activités quotidiennes, atteignent généralement le meilleur de leur profession, montrant une capacité créative hors du commun dans leur domaine de service particulier ; ils irradient également un magnétisme personnel, et ont l’art d’attirer et de rassembler les gens sous leur influence. Ce sont là également les attributs qui distingueront les futurs leaders mondiaux.

Auteur : Aart Jurriaanse, (1907-2002) : auteur sud-africain qui a effectué des compilations des livres d’Alice Bailey. Il est l’auteur de Bridges (Ponts, non traduit) qui est un commentaire de ces enseignements.
Thématiques : sagesse éternelle
Rubrique : Esotérisme ()