La mort est parfois soudaine. Par exemple, lorsqu’il se produit une catastrophe naturelle, des milliers d’individus peuvent être rentrés chez eux après une longue journée de travail et être allés se coucher sans savoir qu’ils ne se réveilleront plus. D’une manière ou d’une autre, nous sommes tous embarqués sur le même bateau. Nous ne pouvons savoir ce que nous apportera le jour suivant. Nous allons nous coucher tous les soirs sans savoir si nous serons capables de nous lever le lendemain matin. Les Rishis (les Sages) et les Munis (les Silencieux) ont donc enseigné qu’il était important de vivre chaque jour comme si ce devait être le dernier ; de considérer chaque minute comme précieuse et ne devant pas être gaspillée. En vivant ainsi nous sommes préparés à mourir, lorsque le moment est venu.
La certitude de la vie
Dans la Bhagavad Gita, le Seigneur Krishna dit à Arjuna de ne pas s’affliger de ce qui dans la vie est inévitable. Notre corps est assujetti à la maladie, à la vieillesse et à la mort. Ce sont des choses normales. Mais lorsqu’une catastrophe naturelle fauche de nombreuses vies, nous pouvons nous demander : « Pourquoi ? » Que faire alors ? Nous ne pouvons trouver d’explication. Il ne s’agit pas cette fois de maladie, de vieillesse : la mort a frappé des victimes qui se trouvaient en pleine santé. Mais, comme l’affirme le Seigneur Krishna, lorsque cela se produit, nous devons nous rappeler que, tout comme nous avons la certitude de la mort, nous avons la certitude de la vie : après notre mort nous renaîtrons dans ce monde et, par conséquent, même lorsque des catastrophes de ce genre se produisent, nous ne devrions pas nous affliger. Le sage ne s’afflige ni pour les vivants ni pour les morts. Ceux qui pensent qu’atma – l’âme – peut tuer ou être tuée sont des ignorants. Par conséquent, les sages ne s’affligent jamais, et nous devrions faire de même.
La loi de l’impermanence
Certains se réjouissent de la naissance d’un enfant et s’affligent de la mort de quelqu’un ; d’autres, au contraire, pleurent lorsqu’un enfant naît et se réjouissent lorsque quelqu’un meurt. Comme l’affirme le Seigneur Krishna, ces deux réactions sont naturelles lorsque nous ne comprenons pas le sens de la vie, mais une personne avisée, qui le comprend réellement, ne s’affligera pas, car nous n’avons jamais cessé d’exister et nous existerons toujours. Ce n’est pas la première fois que nous sommes dans ce monde, et lorsque nous abandonnerons notre enveloppe charnelle, il viendra un moment où nous existerons à nouveau. L’âme, qui habite la forme physique, fait l’expérience de l’enfance, de la jeunesse et de la vieillesse dans un corps, puis elle passe à un autre. Mais, en tant qu’être suprême, elle n’est pas affectée par ce qui arrive à la forme physique. Le corps doit nécessairement subir le processus qui mène à la mort. Tout le monde et toute chose doivent subir la loi de l’impermanence. Même l’univers avec ses planètes. Il s’agit d’une loi naturelle qui gouverne l’univers tout entier, une loi que nous ne pouvons éviter et par conséquent la personne sage n’en éprouve aucune affliction.
Un processus psychologique
Le contact des sens avec les objets crée des sensations de chaud et de froid, de douleur ou de plaisir. Ces sensations vont et viennent, elles sont impermanentes ; nous devrions donc les supporter patiemment. La douleur et le plaisir, la souffrance et le bonheur, sont des expériences des sens. Lorsque nous obtenons quelque chose qui nous plaît, nous sommes heureux et au contraire lorsque nous perdons quelque chose nous sommes malheureux. Il s’agit d’un processus psychologique qui se poursuit continuellement dans l’esprit humain. Comme l’affirme le Seigneur Krishna, nous devons comprendre que ce processus fait naturellement partie de la vie et, par conséquent, supporter courageusement ce qui n’est que transitoire.
Nous sommes l’âme
Lorsque nous sommes suffisamment disciplinés pour rester imperturbables face à la douleur, nous devenons capables de fermeté et de persévérance. Rien ne peut alors nous écarter de notre sentier personnel. Nous connaissons l’immortalité car le monde qui nous entoure ne peut nous affecter, l’irréel n’a pas d’existence et le réel ne cesse d’être présent. Cette vérité peut être saisie par les voyants ; « ce qui n’est pas » ne peut exister, et « ce qui est » ne peut manquer d’exister. Ce qui est réel le sera toujours. Le corps physique n’a qu’une réalité relative ; il devra subir des transformations progressives. Ce qui est absolument réel ne change pas. Notre corps physique est venu à l’existence composé de différents éléments et donc, tout naturellement, il doit retourner à ces éléments respectifs. Dans la méditation, les grands Rishis et les grands Munis se détachaient de leur corps et du monde extérieur, ce qui les rendait capables de l’observer, et ainsi ils furent à même de nous dire ce qu’est réellement la vie.
Sachez que Cela, par qui tout est pénétré, est vraiment indestructible. Rien ne peut détruire ce qui est immuable. Tout l’univers est imprégné de cette divine essence de l’âme. L’âme est la cause de tout ce qui existe et lorsque tout ce qui existe cessera d’exister, elle n’en sera pas affectée. Car l’âme ne dépend pas de l’univers pour son existence, ni du corps, ce sont eux qui dépendent d’elle pour leur existence. L’âme est éternelle et indestructible.
La réalisation atmique
Dans notre ignorance, nous croyons que lorsque le corps meurt, l’existence de l’individu est également terminée. Mais ce que nous sommes réellement est différent de l’existence physique. Nous sommes l’âme. Lorsque nous en prenons conscience, la peur disparaît de nos cœurs. Mais tant que nous n’aurons pas fait l’expérience de l’âme en nous, nous connaîtrons la peur, parce que lorsque nous sommes menacés, nous le ressentons comme une menace pour notre existence même.
Quand Alexandre le Grand voyagea en Inde, un de ses soldats lui parla d’un yogi. Alexandre demanda qu’on lui amène ce yogi mais celui-ci refusa. Alexandre menaça alors de le faire tuer s’il ne venait pas. Le yogi répondit que ce qu’il possédait, l’épée ne pouvait l’atteindre, que le corps physique pouvait être mis à mort mais pas l’âme. Aussi Alexandre se rendit-il lui-même auprès du yogi et il fut étonné car, en face de celui-ci, lui qui était empereur eut l’impression d’être un mendiant. Lorsque quelqu’un possède la réalisation atmique, il ne souhaite rien de plus. Alexandre, en dépit de tout ce qu’il avait obtenu, en désirait encore davantage, et il avait donc l’impression d’être un mendiant en face du yogi.
Le Soi est indestructible, stable, immuable et éternel
Rien ne peut tuer l’âme. Elle ne naît ni ne meurt. Pour l’âme il n’existe rien de tel que venir à l’existence et cesser d’être. Elle est éternelle. Lorsque nous avons pris conscience que l’âme imprègne tout, nous savons qu’elle ne peut être tuée ni causer la mort de personne. L’âme rejette le corps usé et en prend un autre. L’épée ne peut la transpercer, le feu ne peut la brûler, l’eau ne peut la détremper ni le vent la dessécher – le Soi est indestructible. Il est stable, immuable et éternel. Comme l’affirme le Seigneur Krishna, les éléments ne peuvent affecter l’âme car l’âme est plus subtile que la terre, l’eau, le feu, l’air et l’éther ; ce sont eux qui dépendent de l’âme pour leur existence, non le contraire.
La vie éternelle
Il est dit que l’âme est non manifestée, non pensable et par conséquent, sachant cela, nous ne devrions pas nous affliger. Pour qui est né la mort est certaine, tout comme la naissance est certaine pour celui qui meurt. La mort n’est pas la fin de notre existence. Comme un pèlerin qui arrive les mains vides dans ce monde, lorsque le temps est venu, nous devons le quitter à nouveau les mains vides ; nous devons retourner là d’où nous sommes venus, à notre Source.
Les gens se battent et s’entretuent pour des futilités au lieu de réfléchir à la philosophie de la vie et de la mort. Nous sommes venus dans ce monde et tant que nous y sommes, nous devrions prendre conscience de ce que nous sommes, car tel est notre but. Et si nous y parvenons, nous pourrons accéder à la vie éternelle. La seule façon d’y parvenir est de nous efforcer d’atteindre la connaissance car la connaissance détruit l’ignorance. Nous aurons alors la paix de l’esprit, nous nous rapprocherons de Dieu, nous nous rapprocherons de notre vrai Soi – de ce que nous sommes réellement. Cependant, dans notre ignorance, nous nous identifions au corps physique, à nos sentiments et nos pensées. Mais à partir du moment où nous nous identifions à l’âme, toute notre attitude à l’égard de la vie change : nous devenons plus détachés, moins possessifs, nous nous soucions davantage des autres, parce que nous sentons que tout fait partie de nous-mêmes.
Krishna nous conseille de nous efforcer de nous libérer de l’attachement à ce monde physique. Lorsque nous le ferons, nous découvrirons que les tourments de la mort ne peuvent nous affecter. Mais, par contre, nous vivrons dans la crainte perpétuelle de la mort si nous oublions qu’en réalité nous sommes l’âme, et que c’est elle qui soutient toute chose. Om Tat Sat Hari Om.
* La Bhagavad Gita, ou « Chant de Dieu », un des textes sacrés hindous, rapporte les dialogues échangés entre Krishna, une incarnation de Vishnu, et Arjuna, son disciple.
Auteur : Swami Nirliptananda, attaché à l’un des temples hindous de la communauté asiatique de Londres, est l’un des swamis les plus proches de Maitreya et de ses enseignements.
Thématiques : sagesse éternelle, spiritualité
Rubrique : Divers ()
