La tourmente et l’espoir

Partage international no 406juin 2022

par Luc Guillory

Chaque jour qui passe démontre que le monde s’enfonce un peu plus dans des eaux troubles, tandis que notre capacité à apporter des solutions aux problèmes à l’échelle planétaire s’avère encore insuffisante. Les mauvaises nouvelles continuent d’affluer de toutes parts. Les gens sont en proie à la peur et à la souffrance. Ils aspirent à être guidés et sont en quête d’une direction éclairée pour sortir de cette tourmente. Mais, comme le savent les lecteurs de Partage international, Maitreya nous a jadis averti que nous irions jusqu’au bord du précipice. Toutefois, a-t-il dit, nous ne sombrerons pas dans les abysses.

Nous commençons seulement à comprendre que tous nos problèmes sont interdépendants. Nous prenons également conscience de la nécessité de mettre en place des solutions coordonnées afin de résoudre la crise à l’échelle mondiale. Pendant ce temps, des événements sans liens apparents continuent de faire la une des journaux. Citons-en quelques-uns parmi les plus récents, même si bien d’autres pourraient être répertoriés.

Dérèglement climatique

L’Inde et le Pakistan ont connu des vagues de chaleur inhabituelles au cours des mois de mars et avril 2022. Les températures se sont élevées à plus de 40°C et même à 50°C dans certaines régions du Pakistan, battant ainsi des records – des niveaux jamais atteints au cours des cent vingt années écoulées. Il ne fait aucun doute pour la communauté scientifique que cet épisode de chaleur excessive est un effet direct du réchauffement climatique.

Les scientifiques n’ont également aucun doute sur l’origine de la pire sécheresse en quarante ans qui sévit dans la Corne de l’Afrique – une région qui s’étend du nord du Kenya jusqu’à l’Ethiopie et la Somalie – où près de vingt millions de personnes sont menacées de connaître la faim cette année.

La guerre en Ukraine

En dehors du coût direct en vies humaines et du risque inhérent que ce conflit dégénère en une guerre mondiale, la Banque mondiale anticipe une chute potentielle du PIB de l’Ukraine de 75 % à l’horizon de la fin de l’année 2022 si la guerre se poursuit selon la tendance actuelle.

La guerre a généré toute une série d’effets secondaires : instabilité monétaire, arrêts de fournitures de pétrole et de gaz, flambée des prix de ces énergies ou d’autres ressources. Cette guerre n’a pas seulement lieu sur le champ de bataille, c’est également une guerre économique, financière et monétaire qui affecte de nombreux pays en Europe, en Afrique du Nord et ailleurs.

La guerre par procuration que se livrent l’Otan, les Etats-Unis en particulier, et la Russie, constitue une menace majeure. La propagande à caractère nationaliste va bon train dans les deux camps. En premier lieu, le président russe a justifié l’invasion de l’Ukraine auprès de sa population en la qualifiant « d’opération militaire spéciale ». Désormais la propagande officielle se transforme en une « guerre pour la survie de la Russie », une version renouvelée du « nous, contre le reste du monde », qui augure d’une guerre de longue durée.

La fracture sociale mondiale

La fracture sociale du monde semble plus profonde que jamais. La fraction la plus riche de l’humanité a bénéficié de revenus et d’avantages en hausse en 2021. Les dividendes versés ont atteint des records dans plusieurs secteurs, comme l’industrie pétrolière. Par ailleurs, l’inflation dépasse les niveaux qui étaient attendus. Les prix des denrées de base et des biens de consommation augmentent et rendent la vie plus difficile pour les personnes pauvres et pour les classes moyennes de tous les pays, car la hausse de leurs salaires et de leurs rémunérations n’a pas suivi le rythme de l’inflation, loin s’en faut.

Les profits des entreprises se sont accrus et certains cadres dirigeants de très grandes entreprises ont profité de l’aubaine pour s’octroyer des revenus indécents et rafler tout ce qu’ils pouvaient prendre sans le moindre scrupule. Un cas que la presse n’a pas manqué de relater concerne ce dirigeant d’une entreprise américaine bien connue qui s’est gratifié d’un salaire de 274 millions d’euros en 2021 – soit 2 000 fois plus que le salaire moyen au sein de cette entreprise. De tels exemples abondent de par le monde, même s’ils ne sont pas nécessairement aussi extrêmes.

Le niveau de l’inflation qui sévit à travers le monde a amené certaines Banques centrales des pays développés à augmenter leurs taux d’intérêt. Nombreux sont ceux qui voient là un signal de la fin de l’âge de « l’argent facile ». Après des années de politiques accommodantes dites « d’assouplissement quantitatif », le « resserrement quantitatif » qui s’annonce est à même de provoquer un choc sur les marchés financiers et même d’assécher les liquidités en circulation.

Nous avons choisi ces quelques exemples parmi bien d’autres. Ils ne sont que des « symptômes » du dysfonctionnement de notre monde. Mis bout à bout, ils attestent du besoin absolu de paix, d’équilibre, d’équité, de partage et de justes relations, ainsi que d’un mode de vie plus simple et plus sain, où les besoins fondamentaux de tous sont satisfaits, où devenir multimilliardaire n’est tout simplement pas permis.

La cupidité, la soif de pouvoir, la compétition, la complaisance, ou encore un nationalisme étroit, sont autant de signes que l’humanité doit encore comprendre et prendre conscience de sa nature divine afin de créer une civilisation qui reflètera l’amour, la compassion et l’harmonie.

Les forces de l’espoir

Cependant, de plus en plus de gens deviennent conscients de l’unité de la vie, de l’interdépendance des nations et du besoin d’un plan d’action international pour lutter contre les maux et les fléaux que nous, les humains, avons créés. Les crises multiples ont éveillé nombre d’entre nous au fait que seule une coopération coordonnée assurera une réponse qui amènera la métamorphose indispensable. Nous avons tous un rôle à jouer dans cette mutation.

Les Nations unies se sont faites les hérauts d’un tel plan depuis longtemps déjà. La mise en place des Objectifs du Développement durable (ODD) – endossés par la majorité des pays – a ouvert la voie à des actions coordonnées et à un effort collectif auquel des milliers de groupes de la société civile sont associés. Selon le département des Nations unies pour les Affaires économiques et sociales (UNDESA) plus de trois mille événements et six mille initiatives dans cette direction ont déjà été recensés.

Malgré nombre de critiques acerbes et d’obstacles dressés par certains politiciens, gouvernements et groupes dont l’objectif est de détruire le multilatéralisme, l’organisation onusienne se tient encore en première ligne de la bataille pour une transformation positive de notre monde. L’Onu constitue une plateforme politique internationale solide, un pilier sur lequel s’appuyer pour bâtir un effort de coopération internationale afin de mettre un terme à la guerre, afin de lutter contre le réchauffement climatique et de créer la justice sociale à l’échelle planétaire.

La société civile forme le deuxième pilier majeur du nouveau « temple » d’une civilisation régénérée.

La crise en Ukraine a créé un choc de prise de conscience. Par exemple, de nombreux civils ukrainiens peinent à croire que les horreurs dont ils sont actuellement témoins puissent encore avoir lieu en ce XXIsiècle. Mais la réponse empreinte de compassion qu’ont apportée les habitants de pays voisins comme la Pologne et même du monde entier, est l’affirmation de notre unité fondamentale et de notre nature aimante. Elle démontre qu’en notre for intérieur nous savons que nous partageons une même vie. C’est également le signe tangible que l’humanité dans son ensemble ne veut plus de guerre.

La guerre en Ukraine a en outre mis en lumière l’interdépendance des nations. Nombreux sont ceux qui ont découvert que l’Europe est fortement tributaire de la Russie pour ses besoins en pétrole et en gaz. Et plus nombreux encore sont ceux qui ont appris que des pays d’Afrique du Nord dépendent de l’Ukraine pour leur approvisionnement en blé ou en huile végétale. Ainsi une meilleure compréhension de notre interdépendance fondamentale se fait jour d’une manière qui fait du sens pour le plus grand nombre.

Chaque nation a quelque chose à apporter à la communauté internationale. Une coopération saine et intelligente semble de ce fait plus adaptée qu’un champ de bataille économique dans lequel les nations rivalisent sous la férule de la loi du « marché libre ».

Partout, la difficulté à joindre les deux bouts requiert une réévaluation des critères d’une société plus juste ; le partage émerge comme une solution pertinente aux yeux d’une fraction croissante de la société civile. Ainsi, lors du premier tour de l’élection présidentielle française, les jeunes ont voté massivement pour le candidat de gauche qui promeut l’équité et la justice sociale, associées à un engagement fort en faveur de l’écologie.

Aux Etats-Unis, malgré les récriminations de certains cadres supérieurs de grandes entreprises, qui allèguent que les syndicats constituent une menace pour les entreprises et pour les salariés eux-mêmes, de courageux employés ont bravé toutes sortes de dangers pour se syndiquer. Comment est-il possible, demandent-ils, que dans d’autres pays développés jouissant de conditions comparables, les salariés bénéficient de la sécurité sociale, de diverses protections sociales comme la protection contre le chômage, de taux horaires de rémunération plus élevés, et que malgré cela ces pays semblent se porter très bien ?

Ces salariés courageux se sont rendu compte qu’ils peuvent avoir du pouvoir. La légitimité de leurs revendications ne laisse pas de place au doute, et ils comprennent qu’ils peuvent vaincre les résistances, les intimidations, les menaces et les pressions, si leur volonté commune est suffisamment ferme.

A l’écoute de Maitreya

La pression monte. La crise spirituelle que traverse l’humanité semble atteindre un point d’inflexion.

En parallèle, les hommes et femmes de bonne volonté semblent renforcer leurs rangs et affermir leur volonté. Il devient de plus en plus évident que cette crise multipolaire ne peut être résolue que si nous concevons un plan ambitieux qui saisira à bras le corps tous les composants de cette crise simultanément. Il faut pour cela un ensemble de plans interactifs qui touchent les sphères politiques, diplomatiques, économiques, écologiques, sociales, agricoles, culturelles, scientifiques et éducatives.

Ce qui implique un effort commun des partis politiques, des groupes de la société civile, des diplomates, des organisations internationales multilatérales et des gens ordinaires de bonne volonté. Et, bien entendu, il faut une bannière commune pour tous les relier en un réseau interconnecté.

Il n’est pas impossible que le pic actuel de la crise amène un alignement plus prononcé de toutes les « Forces de Lumière », telles que définies par les Maîtres de Sagesse, et ce à tous les niveaux, individuel, national et international. Ce serait sans doute un signe que l’humanité est plus disposée à écouter les conseils de Maitreya qu’on pourrait le penser de prime abord.

Auteur : Luc Guillory, collaborateur de Share International demeurant à Dijon (France).
Thématiques : spiritualité, Économie
Rubrique : De nos correspondants ()