La souveraineté n’est pas un bouclier

La vision morale du monde de Kofi Annan

Partage international no 152avril 2001

« Réunis les cinq vertus et tu es un homme. » C’est en partant de cette maxime de la tribu Fanti du Ghana que le magazine Time a récemment dressé le portrait de Kofi Annan et présenté sa vision morale du monde. Ces cinq vertus sont : enyimnyam (la dignité), awerehyemu (la confiance), akokodur (le courage), ehumbobor (la compassion) et gyedzi (la foi).

La dignité

Lors du sommet du Millénaire de l’ONU, Kofi Annan a exhorté les 159 leaders de la communauté mondiale à intervenir partout où la haine, la maladie et la pauvreté mettent en danger des vies humaines. Il avait pour objectif de leur faire prendre conscience qu’ils ne sont pas seulement responsables de leurs propres citoyens, mais également de la santé de l’humanité toute entière. Sa pensée – la « doctrine Kofi » – peut se condenser en une idée simple : la souveraineté n’est pas un bouclier. Dans un monde où la communication se joue des frontières et où les voyages internationaux deviennent de plus en plus faciles, les Etats ne peuvent plus se comporter à leur guise derrière leurs frontières.
Kofi Annan ne propose rien moins qu’un monde peuplé d’hommes rendus à leur dignité, « où les riches auraient assez de dignité pour se sentir concernés par les millions d’Africains qui mourront du sida dans les vingt prochaines années. »

La confiance

Né dans une famille noble de la tribu Fanti, Kofi Annan, après avoir été formé aux Etats-Unis et en Europe, a intégré l’ONU comme diplomate avant d’être finalement nommé secrétaire général en 1997. Ainsi que l’écrit le journaliste du Time, « son arrivée aux Etats-Unis et son entrée à l’université Macalester de Saint Paul (Minnesota), étaient un signe que le monde se rapetissait… que la communauté mondiale se resserrait. Il s’y sentit immédiatement à l’aise… Tous, sur le campus, savait qui il était. Non pas seulement parce que c’était un Noir élégant arrivé dans un Midwest presque exclusivement blanc. Mais en raison de la complète assurance qui émanait de lui.» Dans les conversations qu’il tenait dans une vieille voiture avec ses amis, durant les longues soirées d’hiver, il défendait inlassablement, autant avec sa raison qu’avec son cœur, et avec une ardeur communicative, l’idée de communauté mondiale.

Le courage

L’ONU a récemment publié un rapport reflétant l’objectif que s’est fixé Kofi Annan : doter l’Organisation d’une structure stable et efficace pour assurer sa mission de maintien de la paix. Une structure disposant de bataillons de soldats puisés dans les différentes armées du monde et qui seraient prêts à intervenir dès qu’apparaissent les premiers signes de tensions et de conflits sur la planète. De plus en plus, ces conflits n’opposent pas tant des Etats entre eux que des Etats contre des fanatiques. « Nous avons affaire à des fous ignorants et irresponsables. Si nous ne sommes pas prêts à opposer la force à la force, nous ne pouvons pas faire grand-chose. Le problème, c’est qu’il y a des pays, comme les Etats-Unis, qui n’acceptent de subir aucune perte. » Cet état d’esprit ne pourra être dépassé, pense-t-il, que si l’on parvient à dégager un leadership fort et que si l’on prend conscience qu’avoir été témoin d’un crime donne l’obligation de tout faire pour l’empêcher de se reproduire.

La compassion

Le Time rapporte comment, lors d’une visite effectuée au Timor Oriental en 1999, un homme s’est rué vers Kofi Annan avant d’éclater en sanglots et de lui raconter tout ce qui se passait. En dépit d’un programme surchargé et du retard qu’il avait déjà accumulé, K. Annan est resté avec lui plus d’une heure. Il n’a cependant pas l’intention de faire de cette compassion un principe de la politique internationale, ce que certains trouveraient catastrophique. Mais il croit fermement que le monde a besoin de voir s’instaurer un climat où la sauvagerie serait l’exception, et non plus la règle. Et il pense aussi que l’on devrait ajouter à la force d’autres armes, comme les sanctions, pour mettre un frein aux massacres, et qu’il faut donner aux nations piégées dans une spirale de violence les moyens qui leur permettront de rejoindre la communauté mondiale.

La foi

« Le travail de Kofi Annan nécessite plus qu’une vision morale, qu’un sens du bien et du mal, écrit le Time, il requiert la foi. » K. Annan dit parfois : « Lorsque je prie, il m’arrive de poser des questions […] : Comment les hommes peuvent-ils être si cruels ? Que peut-on faire ? [….] Mais peut-être qu’une fois mis en face d’une situation, on trouve quelque chose en soi. L’homme ignore ce dont il est capable tant que cela ne lui a pas été demandé. »


Thématiques : Société
Rubrique : Divers ()