La politique de la haine 

Partage international no 447novembre 2025

par Graham Peebles

Les thèmes et les tropes du fascisme – grossiers mais familiers – explosent aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Europe, tandis que les partis d’extrême droite recueillent le soutien de communautés désabusées et marginalisées. Violents et porteurs de division, socialement toxiques et destructeurs pour l’environnement, ils font écho aux mouvements qui ont émergé en Europe entre la Première et la Seconde Guerres mondiales – des forces destructrices qui ont profondément remodelé le paysage politique du continent. Ils constituent une grave menace pour la liberté et la justice, et sont symptomatiques de notre époque fracturée – d’un monde divisé entre ceux qui aspirent au changement et les forces réactionnaires qui s’y opposent violemment.

Au cœur de ces mouvements se trouvent l’autoritarisme, le contrôle centralisé et l’intolérance : c’est la politique de la haine et de la division. La nation et son passé sont glorifiés ; le racisme est encouragé – de manière à la fois ouverte et dissimulée – en nourrissant le dégoût et la peur des immigrants ; les minorités et les personnes LGBTQ+ sont persécutées.

La méthodologie est simple : désinformation chargée d’émotion, érosion des faits et démantèlement systématique d’institutions indépendantes – tribunaux, médias, universités et société civile. Les droits humains sont attaqués, ignorés et bafoués ; le recours à la violence d’État est normalisé – des chemises noires de Mussolini et des chemises brunes d’Hitler au déploiement par Trump de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement, service américain de contrôle de l’immigration et des douanes) et de la Garde nationale.

Au sommet de ces mouvements extrémistes se trouve le culte de la personnalité : le leader est exalté – principalement par lui-même et par ses partisans –, présenté comme le seul et unique sauveur de la nation, un personnage qui se soucie du « peuple », qu’il faut aimer et à qui on doit obéir, mais qui en fin de compte sert les intérêts de l’élite dirigeante et des grandes sociétés.

Le fascisme et l’extrême droite représentent l’obscurité morale et politique ; ils prospèrent dans un contexte de souffrances économiques, de privations sociales et de dégradation des services publics. La colère et la peur collectives s’ensuivent, créant un terrain fertile pour l’exploitation ; « l’Autre » devient le bouc émissaire idéal, la source imaginaire de tous les problèmes.

Comme la observé Hannah Arendt dans les Origines du totalitarisme, les mouvements totalitaires « exploitent la misère et l’instabilité des masses populaires, leur atomisation en individus isolés ; ils font appel aux sentiments de peur, de haine et de vengeance, et promettent un monde simple, unifié et compréhensible ».

 

Tactiques de contrôle

Ce mouvement mondial de division est puissamment incarné aux États-Unis sous la présidence de Donald Trump : l’autoritarisme se normalise, les libertés d’expression, de presse et de réunion sont attaquées, tout comme la liberté dans les établissements d’enseignement et même dans les bibliothèques. Le contrôle de l’information – y compris le « brûlage de livres » – est une tactique fasciste classique (utilisée, par exemple, par les nazis en Allemagne, Franco en Espagne et Mussolini en Italie). Et depuis 2021, environ 4 000 titres traitant de la race, du genre et de la sexualité ont été retirés des écoles et des bibliothèques publiques américaines.

Dans le même temps, le pouvoir judiciaire est soumis à des pressions, les voix dissidentes sont pourchassées devant les tribunaux et les immigrants sont illégalement arrêtés, détenus et, dans de nombreux cas, expulsés par l’ICE. Avec un budget annuel supérieur au total des dépenses militaires de pratiquement tous les autres pays, cette force paramilitaire violente opère en toute impunité.

Partout en Europe et au Royaume-Uni, des tendances similaires se dessinent. Les partis et politiciens d’extrême droite exploitent le nationalisme et alimentent la nostalgie d’un passé imaginaire. La xénophobie et la division sont délibérément attisées, semant la peur parmi les communautés minoritaires, en particulier les demandeurs d’asile et les réfugiés.

Les politiciens de droite au Royaume-Uni ont constamment présenté la migration comme une crise nationale et la cause des maux sociaux. Le gouvernement travailliste, apparemment dépourvu de principes socialistes, a repris une partie de cette rhétorique, bien que sous une forme édulcorée. Le discours anti-immigrés s’est répandu dans le grand public ; le racisme, déguisé en patriotisme, a été légitimé, et le drapeau national – l’Union Jack – a été transformé en arme.

En France, en Italie, en Hongrie, en Pologne et en Allemagne, les partis d’extrême droite, autrefois considérés comme des groupes marginaux aux idées toxiques, sont devenus des forces politiques dominantes. Leur approche est cohérente et prévisible : diaboliser les migrants, bafouer les droits humains, mépriser les minorités et nier la crise environnementale. Ces stratégies de contrôle, de peur et de désinformation forment un modèle transnational, les voix d’extrême droite se coordonnant de plus en plus au-delà des frontières et s’imitant les unes les autres. Un exemple notable est celui d’Elon Musk, dont le soutien public à des personnalités et des partis d’extrême droite en Allemagne, en Hongrie et au Royaume-Uni a amplifié les discours extrémistes et alimenté les troubles politiques.

Le racisme est au cœur de tous les groupes d’extrême droite et fascistes, délibérément utilisé pour alimenter la xénophobie et les divisions sociales. Amplifié par les médias et assimilé par des populations craintives ou frustrées, il devient à la fois acceptable et légitimé, créant ainsi les conditions propices à la discrimination, au harcèlement et à la violence à l’encontre des communautés minoritaires.

 

Progrès contre réaction

L’extrémisme est le signe d’une civilisation en déclin, de l’agonie d’un ordre disloqué et apeuré. Il émerge lorsque les gens sont rongés par la colère et la peur, souvent légitimes, qui naissent de la déchéance sociale et de l’injustice.

Des décennies de néolibéralisme colonial nous ont menés ici : dans un monde où tout est marchandisé, où chaque espace est considéré comme un marché et où priment les intérêts du capital – pas ceux des populations ou de la planète. Dans un ordre aussi creux et réducteur, le bien – la justice sociale, la compassion, la liberté – est bafoué, les divisions encouragées et les conflits attisés. La lutte de notre époque n’est pas un combat simpliste entre la gauche et la droite, mais entre l’évolution et la régression, entre les forces de progrès et celles de la réaction, ou encore entre la lumière et les ténèbres.

Le fascisme et toutes les formes d’extrémisme de droite doivent être dénoncés pour ce qu’ils sont : des manifestations du mal – il suffit de regarder la machine à tuer israélienne. Ils doivent être combattus non seulement politiquement, mais aussi moralement et spirituellement, car cette crise mondiale est avant tout une crise spirituelle, enracinée dans ce que nous sommes, les valeurs que nous défendons et le type de monde dans lequel nous voulons vivre.

L’antidote et la graine d’espoir en cette période de très grande incertitude résident dans l’unité, la justice sociale et la liberté ; dans les manifestations de tolérance face au sectarisme, dans la promotion de la coopération, et dans le développement de la solidarité là où règne la division. Face à ces principes fondés sur la bonté, la haine et la division ne peuvent opposer de résistance.

https://www.counterpunch.org/2025/10/17/the-politics-of-hate

 

Auteur : Graham Peebles, écrivain indépendant britannique et travailleur caritatif, il a créé l’ONG The Create Trust en 2005 et a mené des projets éducatifs en Inde, au Sri Lanka, en Palestine et en Ethiopie.
Thématiques : politique
Rubrique : Divers ()