La pauvreté aux Etats-Unis touche la majorité des citoyens

Partage international no 134octobre 1999

Près de 60 % des Américains vivront en-dessous du seuil de pauvreté pendant au moins une année de leur vie, et ce taux s’élève à 91% chez les Afro-américains qui vivent jusqu’à 75 ans, selon une étude effectuée par des chercheurs de la Cornell University de New York et de la Washington University de St Louis dans le Missouri.

« Ce qui nous a surpris, c’est que la pauvreté, aux Etats-Unis, est une expérience très répandue, a déclaré Thomas A. Hirschl, professeur de sociologie rurale à Cornell, mais elle ne fait pas partie de la conscience populaire. »

L’étude, qui portait sur des personnes entre 20 et 75 ans, a mis en évidence que les bouleversements familiaux, comme le décès d’une épouse ou un divorce, étaient les principales causes d’une dérive vers la pauvreté aux Etats-Unis. Actuellement, le gouvernement fédéral fixe le seuil de pauvreté à un revenu annuel de 16 276 dollars pour une famille de quatre personnes, dont deux enfants.

Alors que les femmes sont soumises à un plus grand risque que les hommes et ont tendance à connaître des périodes de pauvreté plus longues, les différences entre hommes et femmes sur une vie entière ne sont pas aussi importantes que cela, selon les chercheurs. L’étude a révélé que, à l’âge de 75 ans, 58,5 % des Américains ont connu la pauvreté. Une autre étude sur l’expérience de la pauvreté des Afro-américains a montré qu’à l’âge de 25 ans, environ 48,1 % des Américains noirs auront connu au moins une année de pauvreté, et à l’âge de 40 ans, ce nombre s’élève à deux tiers. A l’âge de 50 ans, ce nombre s’élève à plus de trois quarts, et à l’âge de 75 ans, selon cette étude, 91% auront vécu sous le seuil de pauvreté. En bref, les chercheurs affirment qu’à l’âge de 28 ans, la population noire aura déjà connu l’expérience de pauvreté atteinte par la population blanche à l’âge de 75 ans. « En d’autres termes, les Noirs ont subi en neuf ans le mê-me risque de pauvreté que les Blancs en 56 ans », déclare le rapport.

Thomas A. Hirschl et Mark R. Rank, de la Washington University, ont publié leur rapport, The Likelihood of Poverty Across the American Lifespan (la Probabilité de pauvreté au cours de la vie des Américains), dans le numéro de mai 1999 du journal Social Work. C’est la première fois que de telles statistiques sont élaborées dans le domaine des sciences sociales et compor-tementales, ont déclaré les chercheurs. D’après eux, l’étude montre que la pauvreté est un problème largement répandu, et ne touche pas seulement les classes inférieures. Bien que les taux de pauvreté officiels au cours de la période de 25 ans considérée soient passés de 11% à 15 %, le pourcentage des Américains sombrant dans la pauvreté à un moment ou un autre de leur vie adulte est en fait beaucoup plus élevé.

« Le fait de savoir qu’un Américain blanc sur deux ait connu ou connaîtra la pauvreté est une révélation surprenante, affirme le rapport. Cependant, c’est peu en comparaison des taux de pauvreté de la population noire. Le fait que pratiquement chaque Américain noir fera l’expérience de la pauvreté à un moment ou un autre de sa vie adulte est très révélateur quant à la signification économique d’être Noir aux Etats-Unis. »

A la lumière du continuel démembrement du système social américain, Thomas Hirschl espère que le rapport va relancer le débat sur l’utilité d’un réseau de sécurité sociale. « Les résultats de ce rapport sont en contradiction avec l’opinion de la population, dont la majorité se croit à l’abri de la pauvreté. »

Alors que le système social a besoin d’une refonte complète, T. Hirschl se demande s’il serait suffisant de laisser l’économie de marché le remplacer. « Sans doute nous faudrait-il davantage, en cas de revers de fortune, qu’une police d’assurance du type de celle qui couvre notre voiture. » Avant tout, le rapport met en relief le fait qu’en dépit d’une économie florissante, les Américains continuent à être en proie à une grande insécurité économique. « Mais ce n’est pas quelque chose dont on parle habituellement. »

Etats-Unis
Sources : American News Service
Thématiques : Société
Rubrique : Les priorités de Maitreya (« Pour aider les hommes dans leur tâche, Maitreya, l’Instructeur mondial, a formulé certaines priorités. Assurer à tous un approvisionnement correct en nourriture ; procurer à tous un logement convenable ; fournir à tous soins médicaux et éducation, désormais reconnus comme un droit universel. » Le Maître de Benjamin Creme, Partage international, janvier 1989. Dans cette rubrique, notre rédaction aborde les questions relatives aux priorités énoncées par Maitreya et présente des expériences orientées dans cette direction.)