Neuvième Prix d'Afrique pour le Leadership
Partage international no 87 – novembre 1995
Le président Sam Nujoma de Namibie et Madame Joyce Mungherera d’Ouganda ont remporté le neuvième Prix d’Afrique pour le Leadership, sponsorisé par le Projet contre la Faim.
Chaque année, le Projet contre la Faim, une association internationale à but non lucratif, décerne le Prix Africain à un homme ou à une femme d’Afrique qui a fait preuve d’un leadership exceptionnel pour le bien-être de l’Afrique. Les deux lauréats de 1995 se partageront un prix de 100 000 dollars.
Les efforts du président Nujoma, pendant une période de 30 ans, ont permis à la Namibie d’obtenir son indépendance en 1990. Maintenant, en tant que président démocratiquement élu du pays, S. Nujoma accorde la plus haute importance au développement agricole et rural, ainsi qu’au bien-être des citoyens de cette nation. Il a parcouru le pays, encourageant les fermiers à planter, à utiliser des semences améliorées, à appliquer des engrais, et mettre davantage de terres en culture. En deux ans, la Namibie a accru sa production de maïs de 50 % et celle de millet de 75 %.
La Namibie consacre actuellement 30 % de son budget à la santé et à l’éducation, l’un des niveaux les plus élevés d’Afrique. Le pays a également élevé de manière spectaculaire la fréquentation scolaire et les soins apportés aux enfants, particulièrement parmi la population noire. Sur le difficile sujet de la réforme agraire, visant à réduire les inégalités entre les fermiers noirs et blancs, le président Nujoma a poursuivi une politique de consensus. Cette année, il a réussi à faire passer une loi de réforme agraire qui se fonde sur ce consensus et cherche à redresser les inégalités tout en maintenant l’harmonie parmi le peuple de la Namibie.
Comme le président Nujoma, Joyce Mungherera a exercé, en dépit d’énormes difficultés, un leadership national pendant 30 ans. Madame Mungherera est directrice de l’Association chrétienne des jeunes femmes (Young Women’s Christian Association : Y.W.C.A.) pour l’Ouganda, et a récemment été élue vice-présidente mondiale de cette organisation.
Sous le leadership dynamique de Mme Mungherera, la Y.W.C.A. est devenue en Ouganda une force respectée et puissante pour l’alphabétisation, le planning familial, et pour l’augmentation des revenus des femmes rurales. Elle rassemble une équipe de 1000 personnes pour 1,5 million d’adhérents, ce qui en fait l’une des organisations non-gouvernementales les plus importantes d’Afrique et la plus grande filiale de la Y.W.C.A. dans le monde.
J. Mungherera joua un rôle essentiel pour la survie de la Y.W.C.A. dans les années 1970, quand la dictature d’Idi Amin Dada démantela les organisations non-gouvernementales de l’Ouganda. Après avoir été directement menacée d’exécution par Amin si elle ne renonçait pas, elle se cacha et continua sans relâche son travail clandestin. Aujourd’hui, Joyce Mungherera et la Y.W.C.A. sont des porte-parole respectés des gens du peuple. Le gouvernement ougandais a autorisé la Y.W.C.A. à administrer le premier dispositif de crédit revolving pour les femmes rurales. L’expérience a remporté un tel succès que J. Mungherera travaille maintenant à établir une banque rurale féminine en Ouganda.
Surnommée « le général Joyce », J. Mungherera a joué un rôle moteur dans la construction de l’un des réseaux les plus puissants du monde pour l’alphabétisation des femmes. Depuis la mobilisation des femmes des villages, jusqu’à la représentation des paysans ougandais à des forums internationaux, comme la conférence de la population du Caire, Joyce Mungherera montre l’exemple d’un leader fort et incorruptible, en train de créer un nouvel avenir pour les femmes de son pays.
