La guerre nucléaire souterraine

Partage international no 7mars 1989

Interview de Gary Whiteford par Monte Leach

Comme il a été indiqué dans le numéro d’octobre de Partage international, Maitreya établit une relation directe entre les essais nucléaires souterrains et la survenue de tremblements de terre. Dans l’un des articles relatant les informations transmises par le collaborateur de Maitreya, figurait la déclaration suivante : « Il existe une différence entre l’utilisation de l’énergie dans son cours naturel d’évolution, et sa manipulation. La manipulation de l’énergie mène inévitablement à des désagréments, car elle perturbe l’équilibre naturel… l’explosion souterraine « contrôlée » d’une bombe nucléaire… perturbe un certain équilibre de la terre et aboutit finalement à la survenue de tremblements de terre… »

Monte Leach a interviewé Gary Whiteford, Professeur de géographie à l’Université du Nouveau-Brunswick, à Fredericton, au Canada, qui a étudié avec une grande attention le lien existant entre les essais nucléaires souterrains et les tremblements de terre.

PI : A quelles conclusions êtes-vous parvenu après avoir étudié la relation existant entre les essais nucléaires souterrains et les tremblements de terre ?
GW : Vingt-huit tremblements de terre d’importance majeure, d’une magnitude supérieure ou égale à 6 sur l’échelle de Richter, se sont produits depuis 1953. Dix-neuf d’entre eux ont fait suite à des essais nucléaires souterrains.
Ce phénomène a pu être constaté à trois reprises dans les seuls six derniers mois. Au mois d’août, les États-Unis faisaient exploser une charge nucléaire souterraine. Deux jours plus tard, un important tremblement de terre secouait l’Himalaya. A la fin du mois de novembre, les Français procédaient à une explosion nucléaire souterraine dans le Pacifique Sud. Dès le lendemain, un séisme majeur ébranlait la partie est de l’Amérique du Nord. Le tremblement de terre en Arménie soviétique a eu lieu un mardi. Le dimanche précédent, les Soviétiques procédaient à une explosion dans le haut Arctique. Ces trois récents tremblements de terre furent, chacun dans leur région respective, les plus violents qu’on ait enregistrés depuis plus d’un demi-siècle.

PI : Ces événements sont-ils nécessairement liés ?
GW : On peut avancer l’argument qu’en prenant le nombre moyen de six séismes en une année et le nombre d’essais nucléaires qui était, je crois, de quarante-six l’année dernière, on obtiendra de toute manière une certaine corrélation par le simple fait du hasard. C’est incontestable. Mais, d’un autre côté, la corrélation que j’ai établie est perceptible dans ses effets. Si ces événements sont simplement le fait d’une coïncidence, le type de coïncidence dont nous avons été les témoins pendant les trente dernières années.
J’estime qu’il est grand temps d’examiner sérieusement les effets produits par les essais nucléaires que nous réalisons. Depuis la seconde guerre mondiale, plus de deux millions de personnes ont péri dans des tremblements de terre qui sont peut-être la conséquence d’essais nucléaires souterrains. A ce stade, il me semble qu’on ne peut plus parler d’essais. Selon moi, nous menons en fait une guerre nucléaire souterraine.

PI : Savez-vous pourquoi des séismes surviennent après des essais souterrains ?
GW : La réalisation d’essais nucléaires souterrains donne naissance à une énorme quantité d’énergie. Mais qu’arrive-t-il à cette énergie lorsqu’elle a été engendrée ? Une hypothèse veut que cette énergie soit transmise par les vagues ondulatoires qui se meuvent constamment sous la surface du globe. Quand cette énergie atteint un point faible, c’est-à-dire une faille, elle provoque un tremblement de terre. Vous n’obtenez pas obligatoirement dans tous les cas un séisme aussitôt après la réalisation d’un essai nucléaire souterrain. Mais l’énergie qui a été engendrée demeure. Il est possible que cette énergie s’accumule alors jusqu’à un point d’effet maximal, de telle sorte que lorsqu’un pays effectue un nouvel essai souterrain, l’explosion nucléaire provoque à ce moment-là un tremblement de terre de forte magnitude.

PI : Il existe donc des vagues sous la surface de la terre ?
GW : Oui, des vagues ondulatoires, des vagues de mouvement. La terre est vivante, ce n’est pas un corps statique. Nous avons également toujours connu des séismes, cependant il me semble que nous avons introduit quelque chose de nouveau, à savoir les essais nucléaires souterrains, que nous n’avions jamais rencontrés jusqu’alors dans l’histoire de l’humanité. Nous avons enregistré, dans la dernière partie de ce siècle, une augmentation du nombre des tremblements de terre. Quelques uns d’entre eux sont, me semble-t-il, le fait de l’homme. Nous savons par exemple qu’à Denver, dans les années soixante, lorsqu’on a refoulé du gaz neurotoxique dans des galeries souterraines situées dans l’arsenal nucléaire des Montagnes Rocheuses, Denver a soudainement enregistré des tremblements de terre. On a découvert ainsi qu’en créant des poches souterraines de gaz, on provoquait en fait des séismes dans la région de Denver. Nous savons donc que l’homme peut être à l’origine de tremblements de terre.

PI : Comment expliquer qu’un tremblement de terre se produise dans une région différente de celle où l’essai a été effectué ? La côte est de l’Amérique du Nord a, par exemple, connu un tremblement de terre après un essai réalisé dans le Pacifique Sud.
GW : Je ne peux répondre à cette question. C’est l’un des problèmes qui se pose aux géologues. Mais ce que je prétends, c’est que les gens devraient soulever les questions de fond. Que se produit-il ici ? On note une augmentation considérable de l’activité sismique. Cette augmentation est-elle normale ? Elle ne l’est certainement pas si on la compare à l’activité sismique de la première partie de ce siècle.

PI : Que devraient faire, selon vous, les scientifiques, les gouvernements, etc. ?
GW : Nous savons ce que les gouvernements vont faire. Ils vont poursuivre les essais nucléaires.

PI : Si l’on pouvait mettre en évidence l’existence d’une relation entre les essais nucléaires souterrains et ces tremblements de terre, peut-être pourrait-on alors convaincre les gouvernements d’arrêter ou de réduire leurs essais ?
GW : En ce moment même, les gouvernements essaient de réduire les charges explosives à une kilotonne. Ils peuvent actuellement faire varier la charge de une à 150 kilotonnes. Une bombe d’une charge de 150 kilotonnes est 10 à 12 fois plus puissante que celle qui fut lâchée sur Hiroshima. Les gouvernements essaient maintenant désespérément de réduire la charge maximale à une kilotonne. J’ai toutefois découvert qu’avec une seule kilotonne, on peut produire un séisme majeur. Si l’on arrive à se limiter à une kilotonne, le pas suivant consiste à supprimer totalement les essais. C’est la raison pour laquelle je lance mon appel en faveur de la convocation d’une conférence régionale des Nations Unies à Seattle au mois d’avril, en espérant que quelque chose pourra alors être réalisé. La seule manière de réellement prouver mon idée, ou bien de la réfuter, est d’arrêter complètement les essais nucléaires durant une période de cinq ans, et de voir alors ce qu’il advient du nombre de tremblements de terre de forte magnitude.

PI : Qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser à ce sujet, étant géographe et non géologue ?
GW : Je me suis toujours intéressé à l’état de la surface de la terre, à l’activité, au comportement de la terre. S’il est une cause pour laquelle je travaille, c’est bien d’essayer de prendre la défense de la planète terre. Il me semble que nous devrions considérer la planète comme un organisme vivant, qui respire. Ce n’est pas très gentil vis-à-vis de cette planète que de faire exploser une bombe nucléaire souterraine. Je pense que c’est préjudiciable à l’intelligence et à l’esprit des hommes.

Auteur : Monte Leach, journaliste radio indépendant et éditeur de la revue Share International pour les Etats-Unis, il réside à San Francisco.
Thématiques : Sciences et santé, environnement, politique
Rubrique : Entretien ()