Partage international no 428 – avril 2024
par Dennis Kucinich
Les Etats-Unis ont utilisé le 11 septembre 2001 pour promouvoir un objectif secret aux résultats catastrophiques. Non seulement avons-nous perdu des vies et de l’argent, mais nous avons perdu le crédit moral que nous avions autrefois. Israël doit apprendre de nos erreurs.
En période de crise, les dirigeants font des choix qui peuvent soit conduire à une sécurité renforcée, soit à une catastrophe pour leur pays avec souvent la vie d’innocents en jeu.
Immédiatement après les attentats contre le World Trade Center et le Pentagone [en 2001], je suis allé à la Chambre des représentants et j’ai mis en garde contre la tentation des Etats-Unis de s’en prendre à quelqu’un en réponse aux attaques dévastatrices qui ont tué plus de 3 000 personnes.
Le ministre de la Défense, Donald Rumsfeld, comme le raconte le journaliste Bob Woodward dans son livre Plan d’attaque, a avancé l’idée que le 11 Septembre devait être utilisé pour promouvoir un programme plus large, visant à évincer Saddam Hussein et à jeter les bases du projet pour le nouveau siècle américain (PNAC), un projet idéologique pour la domination mondiale américaine, avec l’aide de l’armée.
Une attaque à grande échelle contre l’Irak et le peuple irakien a commencé. D. Rumsfeld, qui a eu une longue carrière dans les coulisses du pouvoir, dont quatre mandats au Congrès américain, a joué un rôle déterminant pour convaincre le président Bush de lancer une attaque dite « de choc et de stupeur » contre l’Irak et contre le peuple irakien, qui a finalement coûté la vie à un million de personnes.
Nos dirigeants ont choisi d’utiliser les armes les plus avancées contre une nation qui n’avait pratiquement aucune capacité de se défendre, pour un coût inférieur à 1 % du budget américain de la Défense. Gardez à l’esprit que pendant tout le temps de la préparation de l’attentat du 11 Septembre, l’Irak n’avait rien à voir avec l’attaque. Il n’avait rien à voir avec le rôle d’Al-Qaïda dans les attentats du 11 Septembre. Il n’avait ni l’intention ni la capacité d’attaquer les Etats-Unis. Ce pays n’avait pas d’« armes de destruction massive ». Personnes n’en a jamais trouvé, mais elles sont devenues le prétexte d’une vaste attaque permise par une campagne de peur, menée par un establishment médiatique aveugle et sans esprit critique.
La guerre en Irak n’avait rien à voir avec le 11 Septembre. Il s’agissait d’impérialisme. Il s’agissait de contrôler les ressources, c’est-à-dire le pétrole. Il s’agissait du profit de l’industrie de l’armement. L’institut Watson de l’Université Brown a estimé que les guerres de changement de régime, après le 11 Septembre, ont coûté plus de 8 000 milliards de dollars, dont une grande partie n’a fait qu’ajouter à la dette nationale des Etats-Unis. Elle a coûté la vie à près de 5 000 soldats américains. Les Irakiens l’ont payé très cher : une nation détruite sur la base de choix faits par les dirigeants qui ont utilisé le 11 Septembre pour faire avancer un programme politique.
Les choix faits par le gouvernement israélien de B. Netanyahou après les attentats du 7 octobre, ont été comparés à un 11 Septembre israélien et sont à l’image des choix faits par le gouvernement américain après le 11 septembre 2001.
Le Hamas a attaqué Israël, assassinant 1 200 Israéliens et prenant des centaines d’otages. Bien entendu, Israël avait le droit de répondre. Mais comme les Etats-Unis après le 11 Septembre, au lieu de calibrer leur réponse et de ne pas chercher à déclencher une guerre de grande envergure, la décision a été prise de punir collectivement tous les Palestiniens de Gaza, soit 2,2 millions de personnes.
Le Likoud, parti de B. Netanyahou, uni dans une alliance difficile avec le parti Force juive, d’Itamar Ben-Gvir a, sous prétexte d’« anéantir le Hamas », profité de l’occasion pour nettoyer ethniquement Gaza, lançant des bombardements à grande échelle, provoquant quantité de blessés et tuant plus de 30 000 Palestiniens. Plus de 70 000 Palestiniens ont été blessés et des familles entières ont été réduites à néant. Des dizaines de journalistes ont été tués, censure ultime.
Les hôpitaux, les universités, les écoles, les mosquées, les églises, les réseaux d’eau et d’égouts, les marchés, les logements, les routes, les cimetières et les musées ont été réduits en ruines dans le but clair de rendre Gaza inhabitable. Le nettoyage ethnique forcera les survivants à quitter Gaza et le rêve de longue date d’établir le Grand Israël se réalisera.
Le potentiel déclenchement d’une guerre plus vaste ?
B. Netanyahou tombe dans le piège qu’il s’est lui-même tendu. Son gouvernement met en avant un programme à peine déguisé à Gaza et en Cisjordanie. Même s’il bénéficie pour l’instant du soutien populaire, il semble aveugle aux conséquences d’un potentiel déclenchement d’une guerre plus vaste au Moyen-Orient et à la manière dont les images venant de Gaza et de Cisjordanie l’isolent du reste du monde, à l’exception de l’Europe. Certains partisans d’Israël, dans le pays comme à l’étranger, reconnaissent que la politique actuelle du gouvernement est suicidaire – à court terme peut-être et certainement à long terme. Comment s’aliéner 400 millions d’Arabes, 1,8 milliard de musulmans et l’ensemble des pays du Sud pourrait-il faire progresser les intérêts sécuritaires d’Israël ? Comment tuer et blesser des dizaines de milliers de Palestiniens, ainsi que détruire toute une société, ne pourraient-ils pas créer des groupes encore plus radicaux que le Hamas ?
La guerre américaine contre l’Irak était une guerre choisie, tout comme la guerre contre Gaza est le choix d’Israël.
Le même type d’arguments qui tente de rationaliser et de justifier la punition collective, et rejette tous les principes des lois de Dieu et des hommes, et qui rejette le droit international et le droit humanitaire, est à l’œuvre dans les desseins des dirigeants des Etats-Unis et d’Israël.
Au cours de mes seize années au Congrès américain, j’ai été témoin du recours à des récits fabriqués de toutes pièces qui ont conduit les Etats-Unis à la guerre et également à soutenir des guerres dans d’autres pays.
J’ai été un des leaders de l’opposition aux guerres dans les Balkans, en Irak, en Afghanistan, au Liban et en Libye. J’ai travaillé pour éviter les guerres contre l’Iran et la Syrie, en défendant constamment les droits des Palestiniens, tout en soutenant le droit d’Israël à survivre et à prospérer.
J’ai défendu la paix. J’ai voyagé à travers le monde pour tenter d’arrêter ou de prévenir les conflits, rencontrant non seulement les dirigeants des nations, mais aussi leurs opposants, pour comprendre leurs préoccupations les plus profondes. Le seul parti que je prends est celui de l’humanité.
Ceux qui dirigent doivent être capable de parler à tout le monde afin de créer des ouvertures vers la paix et la compréhension. Les dirigeants doivent être patients, écouter toutes les parties aux conflits, s’engager dans la diplomatie et trouver les chemins vers la paix. Au lieu de cela, en ce moment critique, alors que la paix du monde entier est en danger et que la vie de millions de personnes est en jeu à Gaza, les dirigeants américains se préparent à jeter de l’huile sur le feu et à financer l’incendie au lieu d’adresser un avertissement fort à notre allié.
Il est temps que les dirigeants se montrent, qu’ils tirent le frein d’urgence et déclarent un cessez-le-feu durable, négocient le retour des otages et mettent enfin un terme au génocide.
