Encourager la majorité silencieuse à passer à l’action pour le climat

Partage international no 442juin 2025

Nous savons que si de nombreuses personnes mènent une action ensemble, elles peuvent provoquer des changements rapides. Mais que se passerait-il si la grande majorité de la population mondiale, qui soutient la lutte pour le climat, se croyait minoritaire ? Selon une enquête effectuée auprès de 130 000 personnes dans 125 pays, nous sommes précisément dans ce cas. Publiée dans la revue Nature Climate Change, cette enquête montre que 89 % des personnes interrogées pensent que leur gouvernement devrait faire davantage pour lutter contre le réchauffement climatique. Cependant, quand il leur est demandé si elles accepteraient d’investir mensuellement 1 % du revenu de leur foyer dans cette lutte, et quelle proportion de leurs compatriotes ferait de même, on constate un écart de perception important.

Dans la plupart des pays, les gens pensent que seulement une minorité de leurs compatriotes accepterait de contribuer, alors que la réalité est à l’opposé, puisque plus de 50 % des citoyens se déclarent favorables à cette contribution. L’écart entre la perception et la réalité s’élève à 40 % dans certains pays, illustrant le fait que de nombreuses personnes perçoivent la préoccupation pour le climat comme étant minoritaire.

 

Photo : Centre for Ageing Better, via Pexels
« Le monde est uni dans son appréciation du changement climatique et sur la nécessité d’agir. »
Teodora Boneva, professeure à l’université de Bonn (Allemagne)

 

Selon Cynthia Frantz, professeure à l’Oberlin College (Ohio, Etats-Unis) : « Actuellement, la préoccupation du public pour le changement climatique se situe essentiellement dans l’intimité de sa propre pensée. Nous sommes enfermés dans un engrenage de silence auto-réalisateur. » Niall McLaughlin, du groupe de recherche Climate Barometer au Royaume-Uni ajoute : « Si les écarts de perception étaient résolus, nous nous approcherions du point de bascule. »

L’existence d’une majorité silencieuse mondiale sur le climat est étayée par plusieurs analyses distinctes. Ce silence a essentiellement pour cause les campagnes de désinformation de long terme menées par l’industrie des énergies fossiles. Il existe heureusement de nombreuses preuves montrant que la déconstruction de croyances erronées peut modifier le point de vue du public sur n’importe quel sujet, y compris sur les problématiques environnementales. Les positions majoritaires exercent un pouvoir d’attraction instinctif sur les individus. Ils sont susceptibles de passer à l’action s’ils pensent que leurs idées sont majoritaires et que les autres agissent également.

La recherche a montré que les politiciens ont également des perceptions largement erronées. Au Congrès américain, presque 80 % du personnel a sous-estimé le soutien populaire en faveur de la limitation des émissions de carbone, parfois de plus de 50 %. Au Royaume-Uni, les députés ont largement sous-estimé le soutien du public pour les fermes éoliennes terrestres. Dans le domaine spécifique de la politique, les écarts de perception peuvent avoir de réelles conséquences lorsque les actions politiques ne reflètent pas véritablement le sentiment de la population. Eduquer les politiciens sur leurs idées fausses en matière de climat serait favorable à l’action climatique.

Teodora Boneva de l’université de Bonn (Allemagne), membre de l’équipe à l’origine de cette enquête, conclut : « Le monde est uni dans son appréciation du changement climatique et sur la nécessité d’agir. Nos résultats suggèrent qu’un effort concerté pour corriger ces perceptions erronées produirait d’importantes retombées positives. »


Sources : The Gardian
Thématiques : environnement
Rubrique : S.O.P. — Sauvons notre planète (« Les changements climatiques montrent sans l’ombre d’un doute que la planète est malade... Le temps nous est compté pour mettre fin aux ravages que subit quotidiennement la planète Terre. Chaque homme, chaque femme, chaque enfant a son rôle à jouer dans sa restauration. Oui, le temps presse. Save Our Planet (S.O.P.), sauvons notre planète ! » Le Maître de B. Creme, S.O.P. Sauvons notre planète, 8 septembre 2012.)