Partage international no 129 – mai 1999
par Carmen Font
Barcelone, Espagne
Le projet espagnol Òptics x mÓn (Opticiens du monde) tient l’œil ouvert sur certains besoins non résolus. Il a été lancé en 1995, sous l’impulsion d’une jeune opticienne qui, après s’être rendue en Bosnie où elle a pu observer les conditions de vie épouvantables des réfugiés, à Tuzla, a décidé d’envoyer le maximum de paires de lunettes aux ophtalmologistes locaux.
Il existait un réel besoin de lunettes, du fait que la Yougoslavie a un niveau d’instruction et de culture élevé, et que des millions de villageois réfugiés avaient pratiquement tout perdu. Les médecins locaux vérifiaient la vue, mais ne pouvaient fournir de lunettes, laissant ainsi s’installer de graves troubles oculaires chez de nombreux enfants, orphelins, personnes âgées, réfugiés et personnes déplacées.
Mais tous n’ont pas eu à attendre trop longtemps. Les bénévoles d’Òptics x mÓn ont organisé des campagnes de collecte de vieilles paires de lunettes, dans de nombreuses régions espagnoles. « Il s’agit là d’une idée très simple, explique Meritxell Ebbes, les gens laissent leurs lunettes ou leurs montures vieilles ou cassées, chez leur opticien. Ensuite nous les collectons, les réparons et les envoyons partout où le besoin s’en fait sentir. Nous recueillons ainsi environ 5 000 paires de lunettes par an. »
Òptics x mÓn a déjà réalisé trois missions de secours d’un mois, à Tuzla, Zenica et Sarajevo, où des bénévoles ont vérifié la vue de 3 500 personnes et leur ont fourni des lunettes. « Mais ces missions de secours ne règlent pas entièrement le problème, car une totale efficacité nécessite un certain suivi, insiste M. Ebbes. Les équipements existants sont devenus obsolètes, les ophtalmologistes locaux ne se sont occupés que des problèmes oculaires graves et s’ils ont prescrit des lunettes, les patients ne peuvent les obtenir. » Deux jeunes bosniaques se sont rendus à Barcelone pour y faire des études, et après un an, l’un d’entre eux s’est établi à Tuzla, où il fonctionne à présent de façon autonome.
Les bénévoles insistent sur le fait que l’objectif est de permettre à certaines personnes d’ouvrir, dans ces pays, leur propre cabinet optique : « En février, une équipe de six bénévoles s’est rendue au Salvador. C’est un pays où de grands progrès ont été accomplis sur le plan éducatif et culturel, rendant nécessaire la correction des troubles oculaires, ce dont les médecins locaux n’ont pas encore pris conscience jusqu’à présent. »
Alors que cette équipe est sur place pour un an, d’autres bénévoles, au quartier général espagnol, continuent à collecter des paires de lunettes et surveillent attentivement d’autres zones de conflits dans le monde. « Il y a un réel besoin en lunettes dans de nombreuses parties du monde, déclare Meritxell Ebbes, mais nous avons été tellement absorbés par ces projets que nous n’avons pas eu le temps de mettre sur pied un réseau d’opticiens plus étendu, sur le plan national aussi bien qu’international, pour faire face à ce problème. »
Pour plus d’informations : Òptics x mÓn, Terrassa, Barcelone, Espagne. Tél. 34 93 7398358. Fax : 34 93 7398301
Espagne
Auteur : Carmen Font, professeur d’université et correspondante Share International. Elle réside en Espagne.
Thématiques : Sciences et santé
Rubrique : Divers ()
