Londres,
Faire le mal mène à la souffrance et faire le bien apporte le bonheur. C’est ce qu’affirmait le Seigneur Krishna qui avait un point de vue très pragmatique sur la vie. Comment se fait-il que nous aboutissions à la souffrance ou, au contraire, au bonheur, selon que nous pratiquons le mal ou le bien ? C’est parce que, lorsque nous accomplissons de mauvaises actions, notre nature devient corrompue. Si nous ne cessons de penser et d’agir de manière négative, notre nature elle-même devient négative. Et lorsque c’est le cas, notre vision des choses est déformée. Nous accomplissons alors de mauvaises actions tout en les croyant justes : nous prenons le mensonge pour la vérité et la vérité pour le mensonge. Ainsi, notre conviction intérieure, au lieu de nous guider vers le juste sentier qui mène au bonheur, nous guide vers la mauvaise voie sur laquelle on ne rencontre que souffrances, même si nous pensions y trouver le bonheur. Krishna affirme que la connaissance est voilée par l’ignorance et que c’est elle qui induit les mortels en erreur.
Ignorance signifie obscurité. L’ignorance est comme la lumière éclatante d’une lampe-tempête que nous ne pouvons voir, en dépit de la flamme qui brûle dans la lampe, parce que l’abat-jour est couvert de suie. Cela ne veut pas dire que la lumière n’existe pas, même s’il fait sombre et si nous ne voyons rien, mais cette lumière est obscurcie par l’ignorance. Dire que la connaissance est voilée par l’ignorance signifie que la connaissance est là mais qu’elle est recouverte par l’ignorance, si bien que nous sommes induits en erreur : nous prenons le mal pour le bien et le bien pour le mal, l’irréel pour le réel et le réel pour l’irréel.
Lorsque nous sommes attachés au monde, tout notre esprit est imprégné de cet attachement. Quand nous sommes absorbés dans le monde de maya (l’illusion), nous avons tendance à rechercher uniquement des biens temporaires et à penser qu’il n’existe rien d’autre. En courant sans cesse après l’éphémère, nous nous perdons dans le monde, notre esprit devient instable, notre nature devient agitée et nous réalisons finalement que nous n’allons nulle part, que toute notre vie est détruite.
Nettoyer le miroir
Krishna affirme que, « comme le soleil », la connaissance nous révèle l’absolu, en nous dévoilant la vérité sur les choses qui nous entourent. L’absolu, c’est Dieu qui se révèle en nous-mêmes lorsque l’ignorance est détruite par la connaissance du Soi. Nous parvenons à la connaissance du Soi par la pratique de tapasya (l’austérité) qui détruit le péché. Nos écritures et notre philosophie affirment que le péché, c’est l’ignorance ; lorsque celle-ci est supprimée grâce à la pratique de tapasya, notre nature et notre esprit sont purifiés. Lorsque nous luttons contre certaines habitudes négatives que nous avons développées au cours de nos vies et que nous avons tendance à suivre aveuglément, sans réfléchir, nous pratiquons tapasya. Il s’agit de lutter contre nos instincts innés négatifs, en prenant conscience qu’ils nous entraînent sur la mauvaise pente. C’est comme nettoyer l’abat-jour de la lanterne en enlevant la suie. Lorsque l’abat-jour est propre, nous parvenons à la connaissance du Soi. De même, si nous nous tenons devant un miroir couvert de poussière, nous ne pouvons voir notre image, mais lorsque nous nettoyons le miroir, celle-ci s’y reflète. Cela ne veut pas dire que notre image n’était pas là auparavant. Elle a toujours été là, lorsque nous nous tenions devant le miroir. C’est seulement lorsque l’ignorance est détruite que l’absolu se révèle à nous comme le soleil. Et existe-t-il quelque chose de plus brillant que le soleil ? Nous ne voyons jamais plus clair qu’à sa lumière. La connaissance du Soi révèle Dieu en nous-mêmes tout comme le soleil révèle la vérité des choses, en rendant tout plus clair autour de nous.
Penser à Dieu
Krishna a affirmé que nous atteignons la connaissance du Soi grâce à shradda. Shradda est la conviction intérieure (il ne s’agit ni de foi, ni de croyance) que le Soi, Dieu, existe. C’est comme, par exemple, entrer dans une cave par une journée d’hiver et, au moment où nous entrons, ressentir de la chaleur. Bien que nous n’ayons pas vu d’où vient cette chaleur, nous avons l’impression qu’il existe un feu quelque part. En suivant cette impression, et en nous dirigeant vers l’endroit d’où vient la chaleur, nous découvrirons finalement le feu. Ce sentiment, cette conviction intérieure, qu’il existe quelque chose, bien que nous ne puissions l’expliquer parce que nous n’avons rien vu, c’est shradda. Si nous ne cessons de suivre cette conviction intérieure, elle devient de plus en plus forte au fur et à mesure que nous approchons du but. Arrivés à un certain stade, nous sommes sûrs qu’il existe quelque chose et nous nous en rapprochons de plus en plus.
Grâce à cette conviction intérieure, nous ressentons un lien avec Dieu et nous commençons alors à pratiquer tapasya, ce qui signifie que nous ne suivons pas la voie du monde parce que, sinon, le monde nous attirerait dans ses filets. Nous savons que Dieu est présent, c’est le point de départ ; nous n’oublions jamais cette présence. Tout est là. Et peu à peu, nous nous mettons à penser continuellement à lui. Penser sans cesse à Dieu est une forme de méditation ; les sens que nous utilisons habituellement dans le monde matériel, passager, éphémère, commencent à trouver une satisfaction, une joie intérieure à penser à lui. Lorsque cela se produit, les sens sont sublimés, purifiés, contrôlés. Lorsque les sens sont maîtrisés, la nature est purifiée et on accède à la connaissance du Soi, bientôt suivie de la paix suprême, du bonheur suprême, de la félicité absolue. Ainsi, par la pratique de tapasya, nous purifions notre nature, notre esprit, et, grâce à la connaissance du Soi qui en résulte, nous atteignons la libération.
Comme l’a expliqué Krishna dans la Bhagavad Gita*, lorsque notre nature est négative, cela nous conduit à une négativité permanente dans laquelle nous nous enfonçons de plus en plus, et, tout en croyant être sur la bonne voie, nous allons dans la mauvaise direction. Finalement, nous sommes si mal engagés que des difficultés surgissent, car notre nature même est devenue négative et nous finissons par nous détruire. Lorsqu’on ne prend plaisir qu’aux biens matériels et qu’on oublie Dieu, l’attachement survient, créant l’esclavage. Nous nous enfonçons alors de plus en plus dans ce monde matériel, oubliant tout à fait le Seigneur. Et lorsque nous oublions le Seigneur, les problèmes commencent. C’est pourquoi Krishna nous conseille de considérer toute chose comme une offrande à Dieu : nos actions, la nourriture que nous absorbons, les sacrifices que nous faisons, les cadeaux que nous offrons, nos dons à des associations caritatives, tout ce que nous accomplissons dans la vie. De cette manière, notre esprit s’attache à Dieu et nous commençons à penser : « Le Seigneur nous a donné ceci, il a fait cela pour nous, il prendra soin de nous. » Ce genre d’attitude nous aidera à ne jamais l’oublier, ce qui créera une relation avec lui. Si, au contraire, nous l’oublions, nous créerons une relation avec le monde matériel et celui-ci ne nous apportera jamais ni bonheur ni satisfaction.
Nous sommes nos meilleurs amis
Lorsque nous luttons contre nos mauvais penchants, nous ne sommes pas prisonniers du monde matériel. En pensant au Seigneur, en lui offrant notre nourriture, en lui offrant ce que nous avons, nous connaîtrons le bonheur et la paix, car, grâce à cette relation, nous trouverons la satisfaction intérieure, la force et le courage de faire davantage de choses ; et nous nous sentirons protégés.
Vivre dans l’ignorance, comme l’affirme Krishna, signifie être attaché au monde, y être perdu ; posséder la connaissance, au contraire, signifie être dans le monde et y travailler (il ne s’agit nullement de s’en évader), mais ne pas oublier Dieu. Nous sommes nous-mêmes nos propres ennemis, ou, au contraire, nos meilleurs amis. Lorsque nous essayons de trouver Dieu, notre nature agit en amie, mais lorsque nous suivons la voie de l’ignorance, elle agit en ennemie.
Répéter le nom de Dieu, (japa) ou notre mantra, en marchant ou en travaillant nous aidera à ne jamais oublier le Seigneur. Nous serons rechargés par sa divine présence. Ainsi nous pourrons travailler dans le monde sans en faire partie. Grâce à cela, la connaissance viendra et plus elle s’approfondira, plus nous nous sentirons en sécurité dans ce monde. En nous souvenant sans cesse du Seigneur, nous suivrons la direction juste, le chemin de la vérité. Om Tat Sat Hari Om.
*La Bhagavad Gita, ou « Chant de Dieu », un des textes sacrés hindous, rapporte les dialogues échangés entre Krishna, une incarnation de Vishnu, et Arjuna, son disciple.
Auteur : Swami Nirliptananda, attaché à l’un des temples hindous de la communauté asiatique de Londres, est l’un des swamis les plus proches de Maitreya et de ses enseignements.
Thématiques : sagesse éternelle, spiritualité
Rubrique : Divers ()
