Comment vendre une centrale nucléaire au public

LE PERIL INVISIBLE

Partage international no 275juillet 2011

Pendant des années après le désastre de Tchernobyl, il était tabou pour les hommes politiques néerlandais d’évoquer la construction de nouvelles centrales nucléaires. Mais avec l’arrivée au pouvoir en octobre 2010 d’un gouvernement très conservateur, le vent a tourné en faveur du lobby pro-nucléaire.

Il existe une centrale nucléaire à Borsele (Pays-Bas), et le cabinet actuel projette d’en construire une autre à proximité, malgré Fukushima.

Quels arguments avance le lobby pro-nucléaire pour préparer la population à l’idée d’une nouvelle centrale ? Un argument mis régulièrement en avant est que l’énergie nucléaire est propre, en termes d’émissions de CO2, et que pour cette raison, elle est indispensable dans la phase de transition vers une société « verte ». Cet argument amène un ancien partisan de ce lobby à déclarer : « Il n’est pas difficile de jeter de la poudre aux yeux au public et à la presse, qui de toute façon n’y connaissent rien. »

D’autres arguments utilisés pour persuader le public sont de nature alarmiste : par exemple que l’énergie nucléaire est une nécessité économique car elle permet de garder les prix de l’énergie à des niveaux relativement bas, à défaut de quoi les industries devraient se délocaliser et l’économie chuterait. C’est un argument spécieux. L’usine nucléaire de Borsele produit 2 % de la consommation d’énergie des Pays-Bas. Après la construction d’une deuxième centrale, ce pourcentage pourrait atteindre 10 %, mais selon le Sociaal-Economische Raad (organe officiel du gouvernement) l’énergie produite n’en sera pas meilleur marché.

Autre argument de nature alarmiste : « On n’aura plus de lumière ! » Selon le Pr Wim Turkenburg d’Utrecht, expert internationalement reconnu, cet argument est sans fondement. Il a déjà été utilisé il y a 30 ou 40 ans, et sa véracité ne s’est jamais avérée. L’énergie nucléaire n’est nullement nécessaire pour produire de la lumière, puisque les Pays-Bas construisent actuellement de nouvelles centrales électriques au gaz et au charbon. Selon le ministère à l’Economie, le pays disposera d’ici peu d’années d’une surcapacité lui permettant d’exporter de l’énergie.

Un quatrième argument en faveur de l’énergie nucléaire est qu’elle fournira du travail à la main-d’œuvre locale. Jan Rotmans, professeur de gestion de transition à l’Université Erasme de Rotterdam, estime que cet argument ne tient pas.

Les Néerlandais ne possèdent pas le savoir-faire nécessaire à la construction d’une centrale. La construction sera donc confiée à des compagnies étrangères, probablement française.

Une fois en marche, la centrale nucléaire donnera du travail à environ 150 personnes. Et le coût d’une nouvelle centrale s’élèverait de 4 à 5 milliards d’euros, investissement énorme pour créer seulement 150 emplois ! « Vous feriez mieux de créer une biscuiterie », plaisante-t-il.

J. Rotmans réfute aussi l’argument avancé par le lobby pro-nucléaire, prétendant qu’un accident ne serait susceptible de se produire qu’une fois en un million d’années. Combien d’accidents nucléaires majeurs ou mineurs avons-nous déjà vus ? 125 centrales ont déjà été déclassées à la suite d’accidents, dont huit à la suite de fusion de réacteurs.

Selon J. Rotmans, on entend dire après chaque accident que la prochaine génération serait totalement sécurisée. En réalité, ce qui arrive après chaque accident, c’est que cette sécurité parfaite est reportée à la génération suivante.

Pays-Bas
Sources : Zembla, VARA, Pays-Bas
Thématiques : environnement, politique
Rubrique : Dossier ()