Partage international no 447 – novembre 2025
par Phyllis Creme
En fin de compte ce livre est un ouvrage optimiste, et aussi un appel à l’action. Il montre d’abord l’ampleur de la montée de l’extrême droite ces derniers temps, partout dans le monde et notamment en Grande-Bretagne, où est basé Nick Lowles, le fondateur du mouvement Hope not Hate (l’Espoir et pas la haine) qui est la principale organisation antifasciste et antiraciste du pays. Nick Lowles déclare : « Bien que je lutte contre le fascisme depuis plus de trente-cinq ans, je n’ai jamais connu une période comme celle-ci. »
À la surprise générale, le parti britannique Reform, dirigé par Nigel Farage, qui, entre autres positions extrêmes, prône l’expulsion des immigrants légaux de longue date, devance désormais, selon les sondages, non seulement le parti conservateur, établi depuis très longtemps, mais aussi le parti travailliste arrivé au pouvoir tout récemment (en 2024). Le virage à droite est mondial, comme le souligne Gordon Brown dans un article publié dans The Guardian du 11 octobre 2025.
Le gouvernement travailliste semble répondre en montrant qu’il durcit lui aussi sa position sur l’immigration, avec un discours de plus en plus ferme et des règles plus strictes sur le « droit de séjour ». Et récemment, lorsque Tommy Robinson, leader autoproclamé de la nouvelle droite (de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon), a mené une marche de 140 000 personnes au Royaume-Uni pour manifester contre l’immigration, celle-ci s’est accompagnée d’une manifestation anti-islam très virulente.
Le livre commence avec les émeutes de 2024 à Southport, dans le nord de l’Angleterre, après que deux fillettes ont été poignardées à mort lors d’un bal pour enfants. Les réseaux sociaux ont rapidement relayé l’information selon laquelle un « migrant sans papiers » aurait commis cet attentat. Une mosquée a été attaquée, la police n’a pas réussi à maintenir l’ordre et les émeutes se sont propagées aux villes voisines, devenant de plus en plus violentes et ouvertement anti-immigrés, antimusulmans et racistes à mesure qu’elles prenaient de l’ampleur. Le meurtre de deux fidèles dans une synagogue de Manchester, au Royaume-Uni, a également mis en relief l’importance de l’antisémitisme dans le pays ces derniers temps. Il s’agissait dans les deux cas de crimes haineux, dont le nombre est malheureusement en augmentation ; les deux attaques visaient des personnes en raison de leur religion et/ou de leur origine ethnique.
La montée de l’extrême droite est en partie due au ressentiment des gens face à leur pauvreté matérielle et culturelle. Ils rejettent la faute sur les immigrants, estimant que les nouveaux arrivants sont favorisés par rapport à eux en matière de logement et autres prestations sociales. Ils veulent « retrouver leur pays ». Comme le dit Lowles, « il n’est pas surprenant qu’en se penchant sur l’état d’esprit sous-jacent aux préjugés antimusulmans et anti-immigrés on mette en lumière les doléances des gens concernant leur propre vie, et pas seulement ce qu’ils pensent des autres… le ressentiment envers les autres grandit avec l’insatisfaction que l’on éprouve au sujet de sa propre vie. Les régions qui soutiennent l’arrêt permanent ou temporaire de l’immigration connaissent des niveaux de précarité très élevés. » Les habitants des zones défavorisées sont mécontents et ont donc tendance à se tourner vers l’extrême droite.
L’espoir de Hope not Hate est celui d’un avenir positif où des groupes humains différents pourront vivre ensemble dans la tolérance. Un article du maire musulman de Londres, Sadiq Khan, publié par The Guardian le 14 octobre 2025, fait écho à cet espoir : « Nous ne laisserons jamais les extrémistes diviser Londres. » Il souligne la diversité religieuse et raciale de la capitale britannique, où des gens d’origines et de religions très variées cohabitent harmonieusement ; mais récemment, peut-être sous l’effet de la guerre à Gaza, les tensions entre musulmans et juifs ont été particulièrement vives. Gordon Brown (The Guardian, 11 octobre 2025) aborde le sujet de cette fracture croissante en examinant le nationalisme à l’échelle mondiale, où les nations rivalisent à des fins de domination plutôt que de coopérer.
Dans le chapitre « Héros locaux », Lowles expose sa réponse au racisme et à la haine, qui s’applique à tous les niveaux, de l’individu à l’international : trouver des moyens pour unir les communautés et les rendre créatives. Il est révélateur que les émeutes de Southport aient également fait ressortir le meilleur de la population, comme si elle prenait conscience du danger. Les gens ont manifesté et collecté des sommes d’argent inattendues pour restaurer des bâtiments, notamment une bibliothèque qui avait été incendiée. À Londres, Sadiq Khan montre comment le Mitzvah Day, la journée juive consacrée aux bonnes actions, rassemble des personnes de toutes confessions. Gordon Brown montre comment il est possible de contrer les projets de l’extrême droite visant à réduire les dépenses publiques en soulignant simplement que « vous ne pourrez pas vous permettre d’être malade, handicapé, pauvre ou vulnérable. »
Un sondage réalisé par Hope not Hate montre que, dans l’ensemble, le public britannique préfère la société multiculturelle britannique à d’autres options et que le gouvernement devrait tout mettre en œuvre pour la faire fonctionner. Lowles cite des extraits d’entretiens menés par Hope not Hate : « Je suis fier d’être britannique. Il suffit de regarder la salle de sport là-bas. Il y a des Anglais, des Jamaïcains, moi qui viens du Pakistan, des Indiens… Nous nous traitons mutuellement avec respect. » En général, les jeunes sont plus tolérants que leurs aînés : après tout, un quart des moins de vingt-cinq ans en Grande-Bretagne sont issus de minorités ethniques.
Mais, comme le dit Lowles, changer les mentalités n’est pas facile : « Pour gagner le droit d’être entendu, il faut faire preuve d’humilité, d’empathie et de beaucoup de travail acharné … »
« Soit, tous ensemble, nous faisons en sorte que la cohésion fonctionne, soit ce sera l’affrontement. »
Le besoin d’espoir
Gee Walker, dont le fils a été tué à coups de piolet dans un meurtre raciste, a déclaré : « Sans espoir, je n’ai rien. Si certaines personnes croient en la haine plutôt qu’en l’espoir, c’est qu’elles ont un problème. »
« La politique britannique en matière d’immigration et d’asile doit être guidée par ce qui est juste, plutôt que par l’extrême droite… elle doit faire davantage confiance au public », affirme M. Lowles.
L’espoir est source d’inspiration. La dernière partie du livre se concentre sur ce qu’il faut faire : encourager la tolérance en créant des communautés et des emplois pour tous. « A maintes reprises, des gens ordinaires accomplissent des choses extraordinaires pour améliorer leur communauté… L’espoir doit être notre guide vers un avenir meilleur. »
Auteur : Phyllis Creme, collaboratrice de Share International qui vit à Londres (Royaume-Uni). Elle était l’épouse de Benjamin Creme.
Thématiques : Société, politique
Rubrique : Compte rendu de lecture ()
