Partage international no 229 – septembre 2007
par Wangari Maathai
Nairobi,
Dans les pays riches, la crise climatique imminente est un sujet d'inquiétude, dans la mesure où elle affectera à la fois la bonne marche des économies et la vie des gens. En Afrique, cependant, un continent qui n'a guère contribué au changement climatique – ses émissions de gaz à effet de serre sont minimes comparées à celles du monde industrialisé – ce sera une question de vie ou de mort. Par conséquent, elle ne doit donc pas rester silencieuse face à cette situation : ses dirigeants et la société civile doivent s'impliquer dans les prises de décision mondiales en la matière.
En tant que principaux pollueurs, les pays industrialisés ont également la responsabilité d'aider l'Afrique à réduire sa vulnérabilité et à augmenter sa capacité à s'adapter au changement climatique. Les pays industrialisés doivent lever des fonds suffisants et fiables pour les premières victimes de la crise climatique, en Afrique et dans d'autres régions en développement.
Il faut rendre les systèmes de gouvernement plus réceptifs et plus inclusifs. Les gens doivent sentir qu'ils participent et la voix de la minorité doit être écoutée, même si la majorité a le dernier mot. Nous avons besoin de systèmes de gouvernement qui respectent les droits de l'homme et la loi et qui promeuvent délibérément l'équité.
De nombreux conflits et guerres dans le monde ont pour objet l'accès, le contrôle et la distribution de ressources comme l'eau, les combustibles, les pâturages, les minerais et la terre. Il suffit de regarder le Darfour. Au cours des dernières décennies, le désert au sud du Soudan s'est étendu en raison des sécheresses et de l'irrégularité des pluies attribuées en partie au changement de climat. En conséquence, les fermiers et les bergers se sont disputés la terre arable et l'eau devenues rares, et des leaders dépourvus de scrupules ont utilisé ces conflits pour encourager la violence de masse.Des centaines de milliers de personnes ont été tuées et déplacées au cours de campagnes d'intimidation, de viol et de rapt.
Mais l'environnement se dégrade de manière lente et cela peut passer inaperçu pour la majorité des gens. S'ils sont pauvres, égoïstes, ou avides, ils seront davantage concernés par leur survie ou la satisfaction de leurs besoins et de leurs désirs immédiats que par le souci des conséquences de leurs actions. Malheureusement, la génération qui détruit l'environnement ne sera peut-être pas celle qui en paiera le prix. Ce sont les générations futures qui seront confrontées aux conséquences des activités destructrices de la génération actuelle.
En ce qui concerne le changement climatique, nous sommes tous appelés à agir. Nombre de pays dans le monde qui possèdent de vastes forêts et une végétation abondante conservent leur biodiversité et jouissent d'un environnement sain et propre. Cependant, d'autres sont engagés dans l'exploitation du bois et le pillage de la biodiversité dans des forêts loin de leurs propres frontières. Il est crucial que nous considérions le monde comme un tout et que nous nous efforcions de protéger non seulement l'environnement local mais également l'environnement mondial.
Mais moralement parlant, nous devons agir pour le bien de tous. Nous avons la responsabilité de protéger les droits des générations à venir, les droits de toutes les espèces, qui ne peuvent s'exprimer elles-mêmes. Le défi mondial du changement climatique réclame que nous n'en exigions pas moins de nos dirigeants, ou de nous-mêmes.
Afrique
Auteur : Wangari Maathai, est une militante écologiste et politique. En 2004, elle devient la première femme africaine à recevoir le Prix Nobel de la paix pour « sa contribution en faveur du développement durable, de la démocratie et de la paix ».
Thématiques : environnement, politique
Rubrique : Divers ()
