Black Lives Matter transforme les Etats-Unis

Partage international no 383juillet 2020

Dans les jours et les semaines qui ont suivi la mort de George Floyd, un Noir tué par un policier blanc, à Minneapolis, en mai 2020, des centaines de milliers de personnes de toutes les couleurs ont manifesté de manière majoritairement pacifique, dans plus de 2 000 villes des 50 Etats du pays, en scandant : « Black Lives Matter » (la vie des Noirs compte), et en réclamant la « justice raciale » pour les Noirs américains.

Bien que le meurtre de G. Floyd, filmé par un témoin du drame, s’inscrive dans une longue série de faits comparables remontant à plusieurs décennies et même au-delà, la réaction publique est sans précédent, tant par son ampleur que par son multiculturalisme, ainsi que par les changements provoqués partout, des pratiques policières aux attitudes du public. Cela marque, selon beaucoup, un tournant dans les relations interraciales aux Etats-Unis.

« Nous n’avons pas vu un mouvement comme celui-ci depuis au moins un demi-siècle, a déclaré le professeur Khalil Gibran Muhammad, de Harvard, auteur de The Condemnation of Blackness (la Condamnation de la négritude), sur Democracy Now ! Avec des manifestants descendant dans la rue pour exiger, une fois pour toutes, que la police soit réformée et rende des comptes, mais aussi une nouvelle approche des relations entre les autorités de l’Etat et les communautés. »

photo : Les images All-Nite de NY, NY, États-Unis , CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons
A Minneapolis en mai 2020, des centaines de personnes de toutes les couleurs ont manifesté.

Réforme et redéploiement

En réponse à ces meurtres, des villes et des Etats partout aux Etats-Unis ont commencé à mettre en place des réformes de la police.

Le conseil municipal de Minneapolis a adopté à l’unanimité une résolution visant à mettre en place un système de sécurité publique dirigé par la collectivité pour remplacer l’actuel service de police. Selon la résolution, le conseil municipal va entamer un processus d’un an pour collaborer « avec tous les habitants de Minneapolis qui le souhaitent » afin d’inventer un nouveau modèle de sécurité publique.

L’Etat de New York a interdit l’utilisation par la police de techniques d’étranglement (dont George Floyd a été victime) et a abrogé une loi qui permettait de ne pas porter à la connaissance du public les fautes commises par les policiers.

Dallas (Texas) a adopté la règle d’« obligation d’intervenir » qui oblige les policiers à empêcher les autres agents de faire un usage inapproprié de la force.

Au niveau fédéral, une loi a été présentée au Congrès pour sanctionner les fautes professionnelles de la police, l’usage excessif de la force et les préjugés raciaux chez les policiers.

Certaines villes des Etats-Unis réduisent et réaffectent des budgets alloués à la police, tandis que grandit l’appel pour transformer le maintien de l’ordre dans le pays : Hartford, dans le Connecticut, va réduire d’un million de dollars le budget de son service de police et redistribuer l’argent aux services municipaux de la santé et à d’autres services publics.

Le maire de Boston a annoncé vouloir transférer 20 % du budget des heures supplémentaires de la police de la ville aux services sociaux.

A Los Angeles, le maire Eric Garcetti a annoncé réallouer 250 millions de dollars en faveur de la santé publique, la jeunesse, les dommages et intérêts pour ceux qui ont subi des discriminations et des « centres de paix » pour soigner les traumatisés. Au moins 100 millions de dollars devraient provenir du budget de la police.

Ces changements ont lieu alors que les attitudes relatives à la discrimination évoluent aux Etats-Unis. Dans un sondage de l’université de Monmouth publié pendant les manifestations, 76 % des Américains dont 71 % de Blancs ont qualifié le racisme et la discrimination de « problème sérieux » aux Etats-Unis. Cela représente une augmentation de 26 points depuis 2015.

Dans un article du New Yorker intitulé Comment changer les Etats-Unis, Keeanga-Yamahtta Taylor, professeure assistante d’études afro-américaines à l’université de Princeton, note : « On devrait connaître les revendications des jeunes Noirs : mettre fin au racisme, aux abus policiers et à la violence ; et le droit de ne pas être soumis à la contrainte économique de la pauvreté et de l’inégalité. »

Pour assurer l’avenir que les manifestants réclament, il faut vaincre « la logique qui finance la police et les prisons aux dépens des écoles et des hôpitaux publics, selon K. Taylor. La police ne devrait pas être dotée d’armes lourdes coûteuses destinées à mutiler et à tuer des civils pendant que les infirmières se protègent avec des sacs poubelles et réutilisent des masques dans un effort futile pour tenir le coronavirus à distance.

Nous avons les ressources nécessaires pour transformer les Etats-Unis, mais cela devra se faire aux dépens des ploutocrates et des pilleurs, ajoute-t-elle. C’est là un casse-tête vieux de 300 ans : la vie, la liberté et la poursuite du bonheur, valeurs proclamées de l’Amérique, sont continuellement ébranlées par la réalité de la dette, le désespoir et l’humiliation due au racisme et à l’inégalité. »

Dans une chronique du New York Times intitulée Amérique, c’est ta chance, l’avocate et juriste Michelle Alexander, spécialiste des droits civiques, remarque : « Notre seul espoir de libération collective réside dans une politique de solidarité profonde enracinée dans l’amour. Ces derniers jours, nous avons vu à quoi ressemble la situation lorsque des personnes de toutes races, ethnies, sexes et origines se soulèvent ensemble, solidaires pour la justice, protestant, marchant et chantant ensemble, même lorsque des équipes des unités tactiques et des véhicules blindés interviennent. Nous avons vu nos visages dans un autre miroir étasunien, qui reflète le meilleur de ce que nous sommes et de ce que nous pouvons devenir, conclut-elle. Ces images n’ont peut-être pas dominé la couverture médiatique, mais j’ai entrevu dans un miroir brumeux des scènes d’une belle et courageuse nation luttant pour naître. »

Etats-Unis
Sources : commondreams.org, nytimes.com ; reuters.com ; motherjones.com ; democracynow.org  ; wikipedia.org
Thématiques : Société
Rubrique : La voix des peuples (Cette rubrique est consacrée à une force en plein développement dans le monde. La voix du peuple ne cessera de s’amplifier jusqu’à ce que, guidés par la sagesse de Maitreya, les peuples conduisent leurs gouvernements à créer une société juste dans laquelle seront respectés les droits et les besoins de tous.)