Aux Etats-Unis, les milliardaires paient un impôt dérisoire

Partage international no 430juin 2024

par Jake Johnson

Selon une analyse publiée le 3 mai par l’économiste de renom Gabriel Zucman, en 2018 aux Etats-Unis, le taux d’imposition des milliardaires était pour la première fois dans l’histoire du pays plus bas que celui des Américains des classes ouvrières. Cela a déclenché une nouvelle vague de protestations pour que les ultra-riches soient plus lourdement imposés.

Publié dans The New York Times sous le titre de Il est temps de taxer les milliardaires, l’analyse de G. Zucman explique que les milliardaires paient si peu d’impôts par rapport à leurs immenses fortunes parce qu’ils « vivent des intérêts de leur fortune », principalement grâce à des actions en bourse plutôt que de salaires.

Aux Etats-Unis, les gains boursiers ne sont imposés que quand les actions concernées sont vendues, ce qui permet à des milliardaires comme le fondateur d’Amazon Jeff Bezos et le PDG de Tesla Elon Musk – qui rivalisent souvent pour le titre d’homme le plus riche de la planète – de payer très peu d’impôt sur le revenu.

« En tous cas, cela ne les empêche pas de faire des acquisitions sensationnelles en empruntant sur leurs actifs, a indiqué G. Zucman. Par exemple, E. Musk a utilisé ses actions Tesla pour garantir ses emprunts à hauteur d’environ 13 milliards de dollars détaxés. Cela lui a permis de faire l’acquisition de Twitter. »

Afin de commencer à inverser l’évolution des inégalités qui va croissant depuis des décennies, ce qui affaiblit les institutions démocratiques et déstabilise des programmes cruciaux tels que la sécurité sociale, G. Zucman propose d’instaurer une imposition plancher visant les milliardaires aux Etats-Unis ainsi que partout dans le monde.

« L’idée selon laquelle les milliardaires devraient payer un impôt minimum sur le revenu n’est pas une idée radicale, a écrit G. Zucman. Ce qui est radical c’est de continuer à permettre que le taux d’imposition sur le revenu des personnes les plus riches au monde soit inférieur à celui de presque toutes les autres. Dans les démocraties libérales, une vague de conscience politique est en train de monter. Elle se focalise sur l’élimination des inégalités qui corrodent nos sociétés. Un impôt minimum pour les super riches organisé de façon coordonnée ne réglera pas le problème du capitalisme. Mais c’est un premier pas nécessaire. »

Répondant à ceux qui avancent qu’un impôt minimum ne serait pas facile à mettre en œuvre car « évaluer la richesse n’est pas simple », G. Zucman considère que « cette inquiétude est exagérée. D’après mes recherches, environ 60 % de la richesse des milliardaires aux Etats-Unis est sous forme d’actions investies dans des sociétés cotées en bourse, a indiqué l’économiste. Le reste se compose principalement de participations dans des sociétés privées auxquelles on peut attribuer une valeur monétaire en regardant comment le marché valorise des sociétés similaires. »

Depuis 2018, la dernière année examinée par l’analyse de G. Zucman, la fortune des milliardaires a globalement continué à exploser alors que les salaires des travailleurs ont dans l’ensemble stagné. Au mois dernier, il y avait dans le monde un nombre record de 2 781 milliardaires possédant une fortune cumulée de 4 200 milliards de dollars. Aux Etats-Unis, il y a plus de milliardaires que dans aucun autre pays avec un nombre de 813 individus cumulant 5 700 milliards de dollars.

« Les ultras riches paient moins d’impôts que ceux payés par la moitié inférieure des contribuables. C’est absurde ! a écrit Rakeen Mabud, économiste en chef au Groundwork Collaborative, en réponse à l’analyse de G. Zucman. Nous devons augmenter l’imposition des grandes sociétés et des riches. L’accumulation des richesses, ça suffit ! Il est grand temps que nous récupérions ce qui nous appartient. »

Le sénateur Sheldon Whitehouse, président de la Commission sénatoriale au Budget, a qualifié les chiffres rassemblés par G. Zucman de scandaleux et il a déclaré que « non seulement pouvons-nous remédier à cela mais nous pouvons aussi faire en sorte que les programmes de sécurité sociale soient préservés. »

Etats-Unis Auteur : Jake Johnson, journaliste à Common Dreams.
Sources : commondreams.org
Thématiques : politique
Rubrique : Point de vue ()