Partage international no 400 – décembre 2021
par Peyvand Khorsandi et Paul Anthem
Le 8 novembre 2021, le Programme alimentaire mondial (Pam) a prévenu que 45 millions de personnes risquent de souffrir de la faim dans 43 pays et que le moindre à-coup les précipitera dans l’abîme. Ils étaient 42 millions plus tôt dans l’année et 27 millions en 2019, et ce nombre ne cesse de croître. Sans aide alimentaire d’urgence, ils connaîtront la famine. Un financement d’urgence est nécessaire pour les éloigner du précipice.
Les gouvernements éprouvent des difficultés à faire face aux besoins grandissants. C’est pourquoi le Pam demande à des personnes riches d’apporter d’urgence une aide ponctuelle. Dans son cri de ralliement d’urgence, David Beasley, directeur exécutif du Pam, a déclaré : « 45 millions de personnes risquent littéralement de mourir si nous ne les aidons pas. C’est aussi simple que cela. Alors que la crise de la covid ne fait qu’exacerber les fragilités de par le monde, les conflits causés par l’homme font régner l’instabilité et alimentent ainsi une nouvelle vague destructrice de famine qui menace de balayer le monde. La misère et les souffrances endurées sont inimaginables. »
L’Afghanistan est en train de devenir le pays qui connaît la crise humanitaire la plus aiguë au monde. Ses besoins en aides surpassent ceux d’autres pays touchés comme l’Ethiopie, le Soudan du Sud, la Syrie et même le Yémen. En tout, 22,8 millions de personnes sont sous la menace d’une insécurité alimentaire aiguë en Afghanistan selon la dernière évaluation de l’Integrated Food Security Phase Classification ou IPC (Classification intégrée de la phase de sécurité alimentaire) – une norme internationale d’analyse et de classification de la sévérité de l’insécurité alimentaire – dont 8,7 millions sont classifiées comme étant IPC phase 4, ce qui signifie qu’elles ont atteint les niveaux d’urgence de l’insécurité alimentaire. Depuis dix ans que les Nations unies mènent des analyses IPC, le Pam n’a jamais vu dans ce pays une situation où autant de personnes étaient concernées par les niveaux d’urgence de l’insécurité alimentaire.
De par le monde, comparé à la situation antérieure à la pandémie, 15 millions de personnes supplémentaires risquent de connaître la famine. Le moindre à-coup – conditions météorologiques extrêmes dues au changement climatique, conflits ou la combinaison de ces deux facteurs mortels – pourrait mettre en péril de manière irréversible des dizaines de millions de personnes. Le Pam qui avait lancé une alerte à ce sujet il y a plus d’un an, est en train de lancer la plus grande opération de son histoire, ciblant cette année 139 millions de personnes. Mais il existe d’énormes obstacles. En 2020, des conditions météorologiques extrêmes ont déplacé 30 millions de personnes et les conflits en ont déplacé 10 millions – chiffres qui, conjointement aux coûts des opérations d’aide, ne feront qu’augmenter.
Arif Husain, économiste en chef du Pam, explique que l’envolée des coûts affecte le travail de l’organisation et que pour y remédier, il faut un soutien financier d’urgence : « Le prix des denrées alimentaires a augmenté de 21 % par rapport à l’année dernière – il faut 300 millions de dollars de plus pour acheter la même quantité de nourriture que l’année dernière. Le prix des transports a crevé le plafond en raison de la hausse du prix des carburants – un container qui coûtait 1 000 dollars il y a un an coûte maintenant 4 000 dollars et même plus.
Les nouveaux chiffres qui sortiront cette semaine indiqueront sûrement que la situation des personnes dans le besoin a encore empirée. Ne vous attendez pas à ce que ces chiffres décroissent à moins que nous ne résolvions les conflits, la crise climatique et les retombées économiques négatives dues à la Covid. Il est horrible que des enfants souffrent et nous travaillons chaque jour sans exception pour donner de l’espoir ainsi qu’un avenir à des millions d’entre eux. »
La mission du Pam consiste uniquement à mettre un terme aux famines et à éloigner les gens d’une situation de famine, avec une présence très forte sur le terrain, des opérations dans plus de 80 pays ainsi qu’une expertise de pointe acquise au cours de décennies de luttes contre la faim.
L’outil le plus efficace que le Pam puisse déployer contre la famine et sauver des vies est l’assistance alimentaire d’urgence. Cette activité demeurera critique pour atténuer ou enrayer à court terme les effets directs de l’insécurité alimentaire et de la famine. Empêcher la menace de la faim et totalement éliminer la famine exige des interventions à plus long terme plus complexes, avec des processus pour renforcer l’éducation, la nutrition, améliorer les moyens de subsistance ainsi que les systèmes de protection sociale.
Afghanistan
Auteur : Peyvand Khorsandi et Paul Anthem, Peyvand Khorsandi : rédacteur principal du Programme alimentaire mondial des Nations unies, basé à Londres (Royaume-Uni). Paul Anthem : responsable principal de la communication pour le Programme alimentaire mon- dial, basé à Londres (Royaume-Uni).
Sources : wfp.org
Thématiques : Société
Rubrique : Divers ()
