Partage international no 443 – juillet 2025
L’extractivisme désigne certaines des pratiques qui sont en vigueur depuis que les premiers empires ont commencé à coloniser le monde connu. On peut le définir comme l’exploitation intensive des ressources sans se soucier véritablement de la durabilité ou de l’équité sociale. A l’époque moderne, il a été amplifié par les exigences insatiables du capitalisme, facilité par la mondialisation et renforcé par l’influence croissante des élites nationales et internationales qui maintiennent leurs privilèges grâce à la mainmise de leurs entreprises sur les gouvernements.
Selon l’Institut des hautes études internationales et du développement de Paris, l’un des principaux inconvénients de l’extractivisme est d’avoir de graves impacts socio-environnementaux : déforestation importante et perte d’écosystèmes entraînant la contamination des sols et de l’eau, le déclin de la biodiversité et la désertification. Ces changements perturbent des fonctions environnementales essentielles telles que la pollinisation et la fertilité des sols, qui sont indispensables à la durabilité des systèmes alimentaires. Un exemple est le remplacement des forêts vierges en Indonésie et ailleurs par d’immenses plantations de palmiers afin de satisfaire la demande croissante en huile de palme. Un autre exemple est la déforestation au Brésil pour créer des pâturages afin de répondre à la demande croissante en viande bovine.
Les impacts sociaux sont la dépossession des terres, de l’eau et des forêts vitales pour les communautés locales, ce qui entraîne une augmentation de la pauvreté et des inégalités. De plus, comme les groupes criminels contrôlent souvent les zones d’activités extractives, on observe fréquemment des violences à l’encontre des défenseurs des droits humains, comme cela a été rapporté dans nos derniers numéros.
Presque tout peut être exploité : des ressources naturelles à la main-d’œuvre, en passant par les données et même la culture. Un rapport récent décrit la file d’attente des géants de la technologie qui souhaitent construire d’immenses centres de données consommant d’énormes quantités d’énergie et d’eau dans des villes sud-américaines déjà confrontées à un déficit hydrique. Par exemple, dans la ville de Caucaia, au Brésil, où se trouve l’un des plus récents sites de centres de données, entre 2003 et 2024, l’état d’urgence en raison de la sécheresse y a été déclaré sur 16 des 21 années. En 2019, près de 10 000 personnes ont été touchées par des pénuries d’eau, les réservoirs se vidaient, et l’eau était devenue impropre à la consommation. Cela a entraîné des pertes de récoltes et des difficultés d’accès à l’alimentation de base pour la population.
Selon l’Atlas numérique des catastrophes, cinq des 22 centres de données prévus au Brésil sont situés dans des villes qui connaissent des sécheresses et des pénuries d’eau récurrentes depuis 2003. La situation au Chili est similaire. Ce pays compte déjà 22 centres de données, et le gouvernement a récemment annoncé 30 nouveaux projets. Ce pays devrait passer d’un niveau moyen à un niveau élevé de déficit hydrique d’ici 2040, avec une probabilité de diminution de la disponibilité en eau.
Le tourisme de masse est devenu une autre forme d’extractivisme. Stephen Burgen, journaliste indépendant basé en Espagne et correspondant du Guardian, décrit l’effet que 30 millions de visiteurs par an, attirés par un marketing incessant, ont sur Barcelone. Il affirme que la ville est en train de se vider de sa substance, car les habitants et les entreprises locales ne peuvent plus payer des loyers devenus exorbitants. « Pour ceux qui en subissent les conséquences, le tourisme de masse semble de plus en plus destructeur, au point d’être une forme de colonialisme culturel. »
A l’avenir, si nous voulons que les villes et les nations jouissent de l’autodétermination, nous devrons nous en prendre aux forces économiques et politiques afin qu’elles mettent fin à cette situation.
Sources : The Guardian ; Institut d’études avancées de Paris
Thématiques : environnement
Rubrique : Divers ()
