Génocide à Gaza, silence en Occident

Partage international no 443juillet 2025

par Graham Peebles

Londres, le 29 mai 2025

La complicité des médias et la lâcheté politique ont permis un massacre de masse. Tel est l’état affligeant et hypocrite du monde, en particulier en Occident.

Dire la vérité sur la Palestine, qualifier la campagne odieuse d’Israël contre les Palestiniens de génocide et se ranger du côté des opprimés et des affamés, c’est risquer d’être taxé d’antisémite ou d’extrémiste. Les conséquences d’une telle étiquette perverse sont nombreuses : isolement social, perte de moyens de subsistance, expulsion, voire pire, exclusion totale de la vie publique.

A l’inverse, ne dites rien de critique à l’égard d’Israël, ou presque rien. Ne mentionnez pas le crime le plus violent contre l’humanité depuis la Seconde Guerre mondiale, et on vous laissera tranquille. Lors d’une conférence de presse conjointe le 19 mai 2025, on a interrogé le Premier ministre britannique Keir Starmer et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen sur la question de savoir si Israël commettait un génocide. Tous deux, à leur grande honte, ont largement ignoré la question – Mme von der Leyen, en particulier, n’a même pas fait preuve de la plus élémentaire intégrité morale.

Cette attitude évasive, combinée à la couverture médiatique terriblement biaisée de pratiquement tous les grands médias, notamment la BBC, qui jouit d’une influence mondiale, a permis à Israël de mener à bien le génocide systématique des Palestiniens à Gaza. La BBC est donc complice de génocide, tout comme l’ont été tous les gouvernements occidentaux qui ont armé, protégé et soutenu politiquement Israël.

Le gouvernement israélien actuel, dirigé par B. Netanyahou, un homme malfaisant s’il en est, poursuit ouvertement la destruction totale de la vie palestinienne. Conformément aux objectifs de longue date du mouvement des colons, il cherche à annexer Gaza et la Cisjordanie pour créer un Grand Israël.

Alors que des dizaines de milliers de Palestiniens ont été tués à Gaza – pour la plupart des femmes et des enfants –, les dirigeants occidentaux ne se sont pas contentés de détourner le regard. Ils ont permis ce massacre. Les Etats-Unis, en tête de file, ont versé des milliards de dollars d’aide militaire à Israël (et continuent de le faire), malgré les preuves que ces armes sont utilisées contre des civils. Au Royaume-Uni, des politiciens faibles ont répété le mantra sirupeux du « droit d’Israël à se défendre ». L’Allemagne, paralysée par sa propre culpabilité historique, a réagi en réduisant au silence les détracteurs d’Israël, en interdisant les manifestations pro-palestiniennes, en censurant les artistes et en assimilant la solidarité avec les Palestiniens à de l’antisémitisme.

La plupart des médias occidentaux ont fait écho aux politiciens : les grands médias comme la BBC et CNN relaient régulièrement les déclarations militaires israéliennes, tout en traitant les souffrances des Palestiniens comme tragiques mais en quelque sorte inévitables. Le mot « génocide » est évité, même lorsque des familles entières sont exterminées, des quartiers rasés et des convois humanitaires bombardés. Une fausse équivalence prévaut, réduisant le colonialisme/apartheid et la résistance légitime à un « cycle de violence », effaçant le rôle d’Israël en tant qu’occupant et agresseur.

On a interdit aux journalistes internationaux d’entrer à Gaza. Les seules images et témoignages qui ont atteint le monde proviennent de reporters palestiniens déjà sur place, travaillant sous le feu des bombardements et dans des conditions inimaginables.

Plus de 100 journalistes ont été tués depuis octobre 2023, ce qui fait de cette période la plus meurtrière pour la presse dans l’histoire moderne. Beaucoup ont été pris pour cible alors qu’ils étaient clairement identifiés comme des professionnels des médias.

Leurs morts, comme celles des civils palestiniens, ont été accueillies par le silence ou l’indifférence des gouvernements et des médias occidentaux qui, dans tout autre conflit, auraient à juste titre qualifié ces meurtres de crimes de guerre. Mais, sans doute en raison de son grand frère, les Etats-Unis, Israël est autorisé à tout faire : meurtres, famine comme méthode de guerre, nettoyage ethnique, etc.

Outre les journalistes, les convois humanitaires et les installations de l’Onu ont été régulièrement pris pour cible par Israël. Des dizaines de travailleurs humanitaires d’organisations respectées – notamment Médecins Sans Frontières, World Central Kitchen et l’Onu – ont été tués par des frappes aériennes israéliennes, alors qu’ils avaient communiqué leurs coordonnées à l’armée israélienne à l’avance.

Photo : Tim Welch
La pancarte indique : « Gaza, compas moral du monde. »

Des paroles tardives, des actions inexistantes

Beaucoup trop tardives et beaucoup trop timides, des signes timides indiquent désormais que le barrage du soutien aveugle commence à se fissurer. Le premier ministre espagnol Pedro Sánchez a qualifié Israël d’« Etat génocidaire ». Les gouvernements britannique, français et canadien ont commencé à publier des déclarations exigeant l’arrêt des massacres et l’autorisation par Israël de l’acheminement de l’aide humanitaire à Gaza.

Ces mesures, certes bienvenues, sont largement insuffisantes. Ces gouvernements ont assisté en direct au génocide. Ils l’ont armé et continuent de le défendre. Et ce n’est que maintenant, après des mois de manifestations publiques massives (500 000 personnes ont défilé à Londres le 17 mai 2025), qu’ils émettent des objections timides. Où sont leur humanité, leurs principes, leur courage moral ?

Les hommes et les femmes actuellement au pouvoir au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et dans toute l’Europe ne sont pas des dirigeants. Ce sont des vendeurs faibles, manipulateurs et malhonnêtes. L’histoire les jugera sévèrement, et à juste titre. Leur lâcheté a coûté la vie à des dizaines de milliers de personnes. On se souviendra d’eux comme des collaborateurs du génocide, qui se sont rangés du côté des meurtriers plutôt que des victimes.

Une action immédiate et décisive s’impose. Israël doit être complètement isolé de la communauté internationale. Toutes les ventes d’armes doivent cesser, cela va de soi. On doit imposer des sanctions non seulement aux colons individuels, mais aussi à l’Etat d’Israël lui-même, rompre toutes les relations diplomatiques, fermer les ambassades. La Palestine doit être reconnue comme un Etat par toutes les nations et par l’Onu. Et les principaux responsables, B. Netanyahou et sa bande de monstres, doivent être arrêtés, jugés et condamnés pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Tout autre mesure serait une injustice, une trahison de l’humanité, un acte lâche de manipulation qui sanctionnerait le massacre continu, la persécution systématique et la domination brutale – voire l’extermination imminente – de tout un peuple.

Lieu : Gaza, Israël, Palestine
Date des faits : 29 mai 2025 Auteur : Graham Peebles, écrivain indépendant britannique et travailleur caritatif, il a créé l’ONG The Create Trust en 2005 et a mené des projets éducatifs en Inde, au Sri Lanka, en Palestine et en Ethiopie.
Sources : grahampeebles.org
Thématiques : politique
Rubrique : Point de vue ()