Partage international no 440 – avril 2025
La première partie de cette interview se terminait par une question de Bonnie Piper sur l’unité et la diversité. Benjamin Creme décrit l’unité dans la diversité comme étant essentielle au plan d’évolution, et compare la diversité (« la nature même de la vie ») à un « bijou aux multiples facettes ou à un riche tapis ou une tapisserie de fils entrelacés […] tous merveilleux en eux-mêmes et formant ensemble une harmonie totale lorsqu’ils s’expriment dans leur singularité originelle ».
Bonnie Piper : Une autre analogie serait peut-être celle d’un merveilleux repas gastronomique aux saveurs différentes ?
Benjamin Creme : Oui, s’il est si bien assemblé, qu’il constitue un repas et pas seulement une multitude de plats différents.
BP. Exactement. En gardant à l’esprit ce que vous venez de dire, j’aimerais que vous nous parliez un peu de ce que vous pensez être l’évolution du rôle des Nations unies.
BC. Selon le Seigneur Maitreya, les Nations unies ne cesseront de gagner en puissance. Elles seront la voix la plus puissante des temps futurs et elles commencent maintenant à prendre une position très importante par rapport aux problèmes mondiaux, allant même jusqu’à s’ingérer, si nécessaire, dans les affaires intérieures des pays.
BP. Beaucoup de gens, entendant ce que vous venez d’expliquer au sujet des Nations unies, émettent des réserves. Il y a la crainte de ceux que l’on appelle « les mondialistes », « les cocos », « les socialos », et celle des gens qui aimeraient que ces prédictions au sujet du pouvoir accru des Nations unies se réalisent mais ont peur d’y perdre quelque chose.
BC. Tout le monde ne réagit pas ainsi. Les Nations unies deviendront la force la plus puissante du monde. Ce sera une agence. Il ne s’agit pas d’un gouvernement, mais d’une agence par laquelle tous les problèmes internationaux seront résolus.
BP. Vous dites donc que, d’une certaine manière, l’Onu nous donnera du pouvoir ?
BC. Cela permettra à chaque pays d’être lui-même. A l’heure actuelle, les petits pays peuvent être dominés par les grands. Cela ne pourra plus être le cas à l’avenir. Les Nations unies doivent devenir le chien de garde d’un nouvel ordre mondial qui prône la liberté et la justice dans le monde entier et qui est supervisé par les Nations unies, tous ces pays souscrivant à la force nécessaire pour étouffer les guerres locales et empêcher l’injustice d’un groupe.
BP. Qu’en est-il de la démilitarisation ?
BC. Ce n’est pas quelque chose qui peut arriver du jour au lendemain, mais cela peut arriver, peut-être plus vite que les gens ne l’imaginent. La volonté doit être là mais, bien sûr, il y a de nombreux facteurs sociaux – des millions de personnes sont impliquées dans la fabrication d’armes. Arrêter d’en fabriquer mettrait toutes ces personnes au chômage. Il faut du temps pour adapter le potentiel militaire aux besoins sociaux, c’est donc un processus très compliqué. Mais la volonté est primordiale. Les gens doivent se sentir en sécurité, ils doivent sentir qu’ils n’ont plus besoin de cet énorme arsenal. Nous devrions nous y atteler, mais nous devrions aussi nous attaquer aux impacts des énergies qui infectent maintenant la marchandisation du monde.
BP. C’est exactement ce qui se passe chez nous. Nous avons une base militaire qui est en train de fermer et nous avons l’impression d’être mis au défi de trouver un moyen pacifique d’utiliser cette énorme installation.
BC. C’est un problème social, mais aucun de ces problèmes n’est insurmontable si l’on y réfléchit bien. S’il s’agissait d’un nouveau missile coûtant énormément d’argent, un nombre énorme d’heures de travail serait consacré à sa création. Si l’on consacrait le même nombre d’heures de travail à la résolution du problème de la paix, on résoudrait très rapidement ces problèmes. Il s’agit de savoir où l’on met son énergie.
BP. Le mot qui m’est venu à l’esprit, Benjamin, c’est que nous avons besoin de ceux qui ont la capacité d’aider d’autres pays à se transformer ; ils doivent vraiment faire preuve de courage pour passer à l’action, ne pensez-vous pas ?
BC. Absolument. Les gens ont peur de s’immiscer dans les affaires des autres pays, mais avec le temps ils le font s’il y a un gain économique à en tirer.
BP. Il est certain que nous devons relever le défi d’être vraiment dans le moment présent, ici et maintenant, parce qu’il y a tellement de changements en cours. Dans l’un de vos articles publié dans Partage international, vous dites qu’« il devient évident pour bon nombre de personnes que tout s’accélère dans le monde1 ». Vous avez certainement parlé de la puissance astronomique des essais nucléaires et j’aimerais que vous parliez brièvement de la façon dont ils génèrent des tremblements de terre.
BC. Il ne peut y avoir d’explosion nucléaire souterraine qui ne soit suivie d’un tremblement de terre. Cela perturbe tellement les vibrations de la terre intérieure qu’un tremblement de terre est inévitable. Il n’est pas nécessaire que ce soit dans le voisinage immédiat. Il peut avoir lieu à l’autre bout du monde. Mais un tremblement de terre est inévitable. Il y a des tremblements de terre causés par d’autres facteurs, mais les principaux facteurs sont les explosions nucléaires souterraines. Les gens ne se rendent pas compte de leur puissance.
BP. Que vous disent votre Maître ou Maitreya à propos de la situation de l’énergie nucléaire ?
BC. L’énergie nucléaire, telle que nous l’utilisons actuellement dans le procédé par fission, doit être démantelée dès que possible et remplacée par la fusion nucléaire. Jusqu’à présent, la science a jugé le processus de fusion trop difficile. Il faut fabriquer des dispositifs capables de créer la chaleur interne du soleil… Il y a eu récemment une percée : des scientifiques ont créé à peu près un mégawatt d’énergie par le processus de fusion. Ils ont atteint une température d’environ 2 000° C et ont donc fait fusionner de l’hélium.
Il existe cependant une méthode froide très sûre (selon le Maître Djwal Kuhl, qui a transmis au monde les enseignements d’Alice Bailey) qui utilise un simple isotope de l’eau. Grâce à une méthode de fusion à froid, nous pourrions répondre à tous les besoins du monde sous forme de chaleur, d’énergie, etc.
Les scientifiques regardent dans la mauvaise direction. Il y a eu récemment des expériences avec le processus de fusion, plutôt simples et plutôt primitives mais qui vont néanmoins dans la bonne direction, qui ont été rejetées par diverses institutions scientifiques en raison de la puissance, je pense, des autorités de fission nucléaire dans le monde – les vôtres, les britanniques, les françaises, etc. La France utilise plus d’énergie nucléaire par habitant que n’importe quelle autre nation et elle a un intérêt direct à ce que continue la fission, mais c’est dangereux, c’est mortel et cela détruit l’environnement. Nous ne savons pas comment traiter les déchets. Nous sommes en train de constituer un héritage de déchets toxiques et mortels pour nos descendants. Tout le monde le sait et pourtant ils ne cherchent pas le procédé simple qui, comme le dit mon Maître, « les regarde en face ».
BP. Au large des îles Pitcairn, des barils laissent échapper des déchets contaminants.
BC. C’est une situation épouvantable qui existe dans tous les pays développés, produisant les mêmes déchets toxiques et les vendant même les uns aux autres pour qu’ils soient traités. Les îles Pitcairn font comme les autres. Elles sont devenues la grande poubelle des déchets mortels des autres pays. Elles en tirent beaucoup d’argent.
BP. J’ai appris que l’armée est le premier pollueur de la planète ; de même d’énormes sommes d’argent sont consacrées à la guerre contre la drogue dans ce pays. Quelle est la solution ?
BC. Maitreya affirme que les politiciens sont à blâmer pour le désespoir de ceux qui sont dépendants de la drogue. Puisque les gens sont si malheureux dans la vie qu’ils ne peuvent même pas manger correctement, ils mèneront des vies désespérées, ils voleront, ils finiront en prison s’ils sont privés d’un avenir, privés de nourriture. Ils finissent par se droguer pour oublier leur désespoir et « de la drogue à la criminalité, voire au meurtre, il n’y a qu’un pas », dit-il. Il affirme que les toxicomanes « souffrent d’une famine spirituelle, d’auto-aliénation extrême ». La vie n’a pas de sens pour eux et ils veulent y mettre fin. C’est une forme de suicide lent. Il affirme que « si la vie n’a plus de sens, alors il faut lui redonner du « sens ». Pour cela, il faut que la personne ait une autre vision d’elle-même, elle doit faire l’expérience de sa propre valeur. On ne peut rien faire, ajoute-t-il, si on ne fait pas l’expérience de sa propre valeur. » Vous devez avoir le sentiment que ce que vous êtes vaut la peine, est digne d’intérêt. L’estime de soi est essentielle ; ensuite, vous pouvez grandir dans la conscience de Soi et finalement dans la réalisation du Soi. « La réalisation du Soi », conclut-il, est le but de toute vie.
BP. L’auteur Joseph Campbell a écrit : « Suivez votre bonheur et des portes s’ouvriront. » Henry Davis Thoreau considérait que les gens menaient une vie « de désespoir tranquille ». C’est un véritable fléau !
BC. En effet. Les gens ont besoin de voir un avenir. Ils doivent sentir que la vie a un sens. Si la vie n’a pas de sens, à quoi bon ?
S’ils méditent, d’après Maitreya « ils prennent conscience de qui ils sont ». Il poursuit : « Qui es-tu ? Tu es le Soi, un être immortel. » Il enseigne que tous nos problèmes sont le résultat d’une mauvaise identification. Nous nous identifions à tout ce qui n’est pas le Soi. Nous imaginons que nous sommes ce corps. Nous ne sommes rien de tout cela. Mais si nous nous identifions au corps, nous récoltons tous les effets de tous ses maux, et ainsi de suite. Si nous nous identifions à ce qu’il appelle l’esprit, l’énergie de la base émotionnelle de notre moi, la nature astrale, là encore nous commettons une erreur et nous sommes assujettis à toutes les séductions et aux réalités du plan astral. Si nous nous identifions aux constructions du mental, nous sommes à nouveau pris au piège. Le mental, le corps émotionnel et le corps physique sont simplement des véhicules que le Soi utilise et le Soi doit avoir la liberté d’y entrer et d’en sortir à volonté. Mais le mental, le corps émotionnel et le corps physique peuvent piéger le Soi, et si le Soi est piégé, il y a dissolution de la personnalité et/ou du corps physique. La dépendance aux drogues en est le résultat.
BP. Il semble qu’une grande partie de ce que vous dites est que nous ne devons pas être la partie, mais le tout, comme Jésus l’a prêché : « Soyez donc parfaits comme votre Père qui est aux cieux est parfait. »
BC. En effet. Il s’agit de savoir qui l’on est. Maitreya nous encourage à se demander qui l’on est ; vous verrez que vous vous identifiez à l’un ou l’autre de ces véhicules plutôt qu’à votre Soi. Il enseigne que pour entrer en contact avec le Soi, il faut pratiquer trois choses : l’honnêteté du mental, la sincérité d’esprit et le détachement. De cette manière, vous prenez progressivement conscience de qui vous êtes en réalité : Dieu. Les gens l’appellent la déité, le Père, le Seigneur, l’Absolu ; ce sont des termes différents pour une seule et même chose. Nous sommes cela.
BP. Je voudrais terminer par une courte citation tirée de l’un des articles de votre Maître. Il s’intitule « la pression monte1»: « Nous assistons à la formation de nouveaux schémas de pensée et de sensibilité, à l’éveil de nouveaux types de conscience, et tout ceci engendrera les nouvelles formes et les structures propres à exprimer les espoirs et les aspirations des hommes. »
[Extrait d’une interview pour une station en ligne de Santa Cruz (Californie), novembre 1992.]
La pression monte – extrait d’un article du Maître (novembre 1991)
Il devient évident pour bon nombre de personnes que tout s’accélère dans le monde. Les événements se bousculent à une allure telle que rares sont ceux qui peuvent établir un lien entre eux ou les comprendre. Ce qui fait défaut à l’individu moyen, c’est la capacité d’accéder à une vue d’ensemble, de saisir la portée de certains événements clés et de les situer dans un contexte global. Qui plus est, beaucoup ne perçoivent pas le caractère inévitable de tels événements et se retrouvent choqués, égarés et abasourdis lorsqu’ils les voient survenir sans raison apparente. Ils assistent impuissants aux changements qui s’opèrent sur la scène mondiale, et qui suscitent en eux crainte et accablement. […]
Maitreya a affirmé : « Ma venue implique des changements, mais également de la douleur devant la perte des structures anciennes. Cependant, mes amis, il faut briser les vieilles outres : le vin nouveau mérite mieux. » Nous sommes témoins de la destruction de tout ce qui entrave la progression de l’homme, tout ce qui limite sa compréhension et empêche sa divinité innée de s’exprimer. Nous assistons à la formation de nouveaux schémas de pensée et de sensibilité, à l’éveil de nouveaux types de conscience et tout ceci engendrera les nouvelles formes et les structures propres à exprimer les espoirs et les aspirations des hommes. Cette transformation est maintenant en cours. La pression monte, d’où le rythme trépidant des changements actuels. […]
Les prochaines années seront d’une importance cruciale pour le développement de ce monde. Beaucoup dépend d’une juste réponse de l’humanité à l’inspiration et aux conseils du Christ. Si l’homme le veut, la transformation des structures existantes peut se faire rapidement et avec un minimum de tensions. Une acceptation sans réserve de la nécessité du changement permettrait qu’il en soit ainsi. Cependant, tous les hommes ne voient pas les choses sous le même angle, et les changements qui s’imposent sembleront à certains des mesures rétrogrades auxquelles ils doivent s’opposer avec fermeté. Qui, alors, décidera ?
C’est l’homme, lui-même, qui doit déterminer la rapidité et la portée des changements. Ainsi son libre arbitre sera-t-il respecté. Peu à peu, les hommes comprendront qu’une transformation radicale est inévitable et que plus vite ils l’entreprendront, plus vite ils en recueilleront les fruits.
1 – Partage international, novembre 1991.
Thématiques : émergence
Rubrique : Questions-réponses de Benjamin Creme ()
