Okinawa : les bases militaires détruisent l’environnement

Partage international no 440avril 2025

par Naoto Ozutsumi

Le 13 juin 2024, World beyond War (Le monde par-delà la guerre) et d’autres organisations ont coordonné un webinaire intitulé Militarisation et destruction de l’environnement à Okinawa et dans le monde. Abby Martin, journaliste et documentariste américaine, a donné un aperçu de la façon dont l’armée détruit la Terre lors de la conférence de presse du webinaire. Ensuite, Hideki Yoshikawa, universitaire et militant japonais, a expliqué comment les gouvernements japonais et américain détruisent l’environnement à Okinawa (Japon).

 

L’impérialisme à l’origine de la destruction de l’environnement

Abby Martin est connue pour ses documentaires contre la guerre et la militarisation, notamment Gaza Fights For Freedom (Gaza se bat pour la liberté), ainsi que le film à venir, The Military : Planet Earth’s Greatest Enemy (L’appareil militaire : le plus grand ennemi de la Terre).

La situation des bases militaires américaines à Okinawa a vraiment éveillé A. Martin au militantisme anti-impérialiste alors qu’elle était en première année d’université. En se documentant sur Okinawa, elle a pris conscience de l’ampleur et de la portée de l’empire américain, de sa capacité à s’accaparer des terres pour ensuite les utiliser comme terrain de jeu. Elle a été choquée par le nombre d’abus sexuels et de violences exercées contre les populations autochtones d’Okinawa, et par l’impunité qui entoure l’armée américaine partout où se trouvent ses bases dans le monde. « C’était si surprenant et dégoûtant que c’est ce qui m’a motivée à faire tout ce que je fais aujourd’hui », explique-t-elle.

Selon la journaliste, Okinawa est un cas emblématique de la ruine et de la dévastation que l’armée a provoquées sur l’environnement partout dans le monde, et du mouvement de résistance héroïque des peuples qui n’ont jamais cessé de se battre.

A. Martin souligne qu’Okinawa ne représente que la pointe de l’iceberg. Il existe 800 bases militaires américaines dans le monde et chacune d’entre elles est un dépotoir qui détruit les habitats, génère des retombées toxiques et laisse une empreinte mortelle qui persistera pour plusieurs générations.

Selon son analyse, l’impérialisme est à l’origine de toutes les crises dans le monde, qu’il s’agisse de la crise migratoire ou du génocide à Gaza. « Le résultat final est un empire militaire massif, dans lequel le Pentagone est le maître incontesté. C’est totalement incompatible avec la sauvegarde de la planète et la prévention des conséquences les plus catastrophiques du changement climatique. »

 

Les effets néfastes de la militarisation

Hideki Yoshikawa est le directeur du Projet pour la justice environnementale d’Okinawa (OEJP). Il tente d’attirer l’attention de la communauté internationale sur la destruction de l’environnement provoquée par les bases militaires américaines à Okinawa. Voici un résumé de son intervention lors du webinaire.

Okinawa est la préfecture la plus méridionale du Japon. Elle se compose de 160 îles, dont 48 sont habitées par environ 1,4 million de personnes. Elle est proche de Taïwan et de la Chine, ce qui lui donne une importance géopolitique.

Vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, Okinawa est devenue un féroce champ de bataille. Environ 200 000 personnes sont mortes et l’environnement a été en grande partie détruit. Après la guerre, l’armée américaine s’est emparée des terres des habitants et les a transformées en bases militaires et en zones d’entraînement. Il existe aujourd’hui trente et une installations exclusivement utilisées par l’armée américaine. Ainsi, 70,6 % des installations militaires américaines au Japon sont concentrées à Okinawa, alors que la préfecture ne représente que 0,6 % de la superficie totale du Japon.

Un exemple de cette militarisation et de ses effets néfastes est celui de la base aérienne de Futenma, située au cœur de la ville de Ginowan, qui est un des sites de l’US Marine Corps. Les avions décollent et atterrissent sur cette base de jour comme de nuit et provoquent un bruit assourdissant. La base contamine également le sol et l’eau avec des produits chimiques nocifs tels que les PFAS, dits « polluants éternels ». Les habitants vivent dans la peur des chutes d’objets provenant des avions et de possible accidents d’avion.

 

Nouvelle base en construction

L’indignation des habitants d’Okinawa suite au viol d’une fillette de 12 ans par trois militaires américains en 1995 a forcé les gouvernements japonais et américain à mettre en place un projet de remplacement de cette dangereuse base aérienne de Futenma et à construire une nouvelle installation dans la baie d’Henoko-Oura, à Nago.

La construction de la nouvelle base nécessite l’utilisation de 152 hectares de terres. L’étude d’impact environnemental a cependant révélé et confirmé la riche biodiversité de la baie d’Henoko-Oura, qui abrite 5 300 espèces, dont 262 espèces menacées, telles que les dugongs et les coraux bleus.

Ignorant cet aspect ainsi que les habitants d’Okinawa opposés à la construction de la base, comme l’a montré l’élection du gouverneur de la préfecture, le gouvernement japonais était déterminé à poursuivre ce projet et la construction a commencé sur le terrain en 2014.

En 2018, cependant, sont apparus des problèmes de stabilité des fonds marins. Ceux du site d’Henoko sont extrêmement mous, et la construction de la base nécessite des travaux massifs de renforcement du sol. Le bureau de la Défense à Okinawa prévoit de créer 71 000 pieux dans le fond marin pour solidifier le sol ; 16 000 d’entre eux auront un diamètre de 1,6 à 2 mètres, dont certains devraient s’enfoncer à 90 mètres.

Alors que le gouvernement japonais persiste à poursuivre les travaux de construction, des inquiétudes sont apparues du côté américain. Le Service de recherche du Congrès américain et un groupe de réflexion américain, le Centre d’études internationales et stratégiques, ont publié des rapports qui remettent en question le projet de construction de la base, en particulier à cause des problèmes de fond marin peu portant. De plus, de hauts responsables militaires américains à Okinawa ont publiquement exprimé leurs doutes concernant le projet.

En 2023, le gouverneur Tamaki a refusé d’approuver les travaux de renforcement, mais le gouvernement japonais a utilisé ses pouvoirs d’« exécution par procuration ». Les travaux de construction se poursuivent donc.

Avec l’aide de toutes les autres organisations japonaises et de leurs sympathisants aux Etats-Unis, M. Yoshikawa et l’OEJP espèrent pouvoir faire pression sur le ministère de la Défense américain et les membres du Congrès américain, dans l’espoir d’arrêter la construction. Il a déclaré : « Je pense que ce projet peut être arrêté. Il peut l’être parce que les habitants d’Okinawa et nos sympathisants sont déterminés à s’y opposer. »

 

Fermeture des bases militaires américaines à l’étranger

Idéalement, il serait souhaitable que non seulement la construction de cette nouvelle base américaine à Okinawa soit arrêtée, mais aussi que toutes les bases américaines à l’étranger soient fermées, comme le propose Jeffrey D. Sachs dans son article « Parvenir à la paix dans une ère multipolaire » (Partage international, octobre 2024).

Afin de gagner une vision plus profonde et plus large, revenons maintenant à quelques informations ésotériques. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Hitler et son groupe de l’Allemagne nazie, un groupe militariste au Japon et un groupe autour de Mussolini en Italie étaient les points focaux des Forces de la Matérialité1. Ces puissances de l’Axe ont été vaincues par les Alliés avec le soutien des Forces de Lumière.

Mais maintenant, les mêmes forces ont puissamment refait surface grâce aux actions militaristes d’Israël et des Etats-Unis. Le second a fourni au premier une assistance militaire pendant des années, permettant le génocide à Gaza et les attaques qui ont suivi contre les pays voisins. Certains groupes avides et agressifs, tant en Israël qu’aux Etats-Unis, semblent être maintenant les points focaux de ces forces, comme le soulignait Benjamin Creme en 2004 : « Dans la situation actuelle, il y a trois points de ce genre de mal profond. L’un se trouve dans ce pays, les Etats-Unis, centré sur le Pentagone ; un autre est en Israël ; et un autre en Europe de l’Est». Il a également indiqué : « Israël est le point central d’un triangle du mal qui opère par l’intermédiaire d’Israël, du Pentagone aux Etats-Unis et de certains États d’Europe de l’Est3. »

Ayant été contrôlé par un gouvernement militariste, le peuple japonais a globalement succombé au militarisme pendant la guerre, mais pas son âme. La démocratie est maintenant vivace et les gens peuvent faire entendre leur voix. Lors de sa visite au Japon, Benjamin Creme a un jour affirmé lors d’une conférence que le Japon ne devrait pas suivre l’Amérique avec obéissance. Le Japon, fort de sa longue tradition spirituelle, devrait dire « non » aux Etats-Unis au sujet des bases militaires. Au lieu de rechercher la sécurité nationale par le biais des armes, les deux pays devraient coopérer pour créer un monde véritablement pacifique, sans arme ni base militaire, où le partage et la confiance seraient la norme.

1 – Voir La mission de Maitreya, tome III, par Benjamin Creme
2 – Voir L’instructeur mondial pour toute l’humanité, par Benjamin Creme.
3 – Voir L’éveil de l’humanité, par Benjamin Creme.

Lieu : Okinawa, Japon
Date des faits : 13 juin 2024 Auteur : Naoto Ozutsumi, collaborateur de Share International. Il habite à Akita (Japon).
Thématiques : environnement
Rubrique : De nos correspondants ()