Résoudre le mystère de l’énergie vitale (1re partie)

Partage international no 440avril 2025

Interview de Eric Leskowitz par Jason Francis

Psychiatre à la retraite, le Dr Eric Leskowitz a passé plus de 30 ans à étudier la guérison énergétique, la méditation et l’hypnose. Il a fondé et dirigé le Projet pour une médecine intégrative à l’hôpital Spaulding de Boston dans le Massachusetts (Etats-Unis) où il a exercé pendant 25 ans dans le service de traitement de la douleur. Il consultait également au sein des services de psychiatrie des universités de Harvard et de Tufts.

Cherchant à comprendre l’origine de la maladie et de la guérison, Eric Leskowitz a été amené à étudier le soin énergétique avec la pasteure Rosalyn Bruyere dans les années 1980, ainsi que l’hypnose à la Société américaine d’hypnose clinique. Sa pratique médicale intégrait le soin énergétique, la méditation et l’hypnose dans l’approche pluridisciplinaire du programme contre la douleur de l’hôpital Spaulding. Il est l’auteur de cinq livres dont le plus récent est : Le mystère de l’énergie vitale : thérapies Biofield, membres fantômes, Energies de groupe et la Conscience de Gaia1.

Jason Francis a interviewé Eric Leskowitz pour Partage international.

 

A la recherche des causes

Partage international : Qu’est-ce qui vous a poussé, en tant que médecin et psychiatre de formation classique, à regarder au-delà de la vision matérialiste de la vie ?
Eric Leskowitz : Mon éducation a été très conventionnelle et tournée vers la science. Mon père était chercheur en immunologie. J’adorais regarder dans un microscope et j’étais très bon élève en sciences, aussi j’ai étudié la biologie et la médecine à l’université.
Cependant, j’avais décidé de faire une pause dans mes études parce que je ne me sentais pas prêt. J’ai voyagé pendant deux ans en Europe, au Moyen-Orient et en Asie du Sud, et j’ai pu constater combien tous les pays avaient des pratiques différentes.
Je suis rentré pour continuer mes études de médecine mais j’avais déjà pris un peu de distance avec le cursus, avec ce « lavage de cerveau ». J’ai alors remarqué qu’à l’école de médecine, certaines maladies étaient étiquetées du terme « idiopathique » dont je n’avais jamais entendu parler auparavant, et qui est une manière sophistiquée venant du grec de dire « on ne sait pas ce qui se passe ». Ce qui transparaissait en filigrane, c’est qu’il n’existait pas d’explications plausibles quant aux causes d’un grand nombre de maladies. C’était comme si l’on vous distribuait des cartes et qu’on ne pouvait rien en faire.
Avant de commencer l’école de médecine j’avais appris à méditer avec la méditation transcendantale. Ce fut une révélation de constater comment l’esprit peut influer sur le ressenti du corps et sur l’attention. La méditation a véritablement stimulé mon intérêt pour cette connexion corps-esprit, mais il y avait alors très peu de connaissances à ce sujet. Lors de conférences, je posais des questions sur l’effet de la méditation sur les maladies, mais personne ne pouvait y répondre parce qu’il n’existait quasiment pas de recherches dans ce domaine. C’était une question très naïve à poser à l’époque, mais 45 ans plus tard, quantité de recherches ont été menées. Mon parcours s’est construit sur la médecine corps-esprit.
Puis un ami et collègue thérapeute m’a invité à une conférence d’une guérisseuse, évènement qui s’est avéré d’une importance majeure. En temps normal je n’aurais pas accepté cette invitation, ce type de soin me paraissant beaucoup trop farfelu et religieux, mais j’y suis allé parce que j’avais confiance en lui. La conférencière, Rosalyn Bruyere, venait de Los Angeles. Elle était exceptionnelle et a capté mon attention parce qu’elle travaillait avec les médecins de Los Angeles et parlait le langage médical. Mais elle comprenait également ce qui se passait au niveau de l’invisible qui sous-tend tout. Elle exposait la manière dont les choses se manifestent en tant que maladies physiques et en sont la cause. J’ai donc étudié avec R. Bruyere pendant sept ou huit ans ; elle venait dans le Massachusetts pour des périodes intensives de cinq jours.
La première fois que quelqu’un pose sa main sur vous, c’est très différent de ce à quoi on pourrait s’attendre. On peut sentir le poids de la main et sa température de 37° C, mais percevoir que quelque chose bouge à l’intérieur du corps alors que ça ne devrait pas, ça a vraiment été un tournant pour moi.

 

L’ingrédient manquant de la médecine occidentale

PI. Qu’est-ce que l’« énergie vitale » ?
EL. L’énergie vitale est l’ingrédient manquant de la médecine occidentale. Toutes les traditions de soin à travers le monde contiennent cette notion d’une certaine force ou énergie à employer pour parvenir à la guérison. En Occident, nous avons tendance à considérer le corps humain comme une machine très complexe dont il suffit de réparer les morceaux cassés pour qu’elle fonctionne. Mais rien ne régit véritablement tout cela ensemble. C’est en cela qu’il nous manque quelque chose et que nous devons apprendre des autres traditions sur cette énergie dont nous ignorons la nature exacte ; elle n’est pas tout à fait de l’électricité ni du magnétisme, et bien qu’elle en partage des aspects, elle est un peu plus subtile que cela. Je pense que c’est une direction importante à explorer pour la science et la médecine.

PI. Pouvez-vous parler des différents niveaux ou plans d’énergie et d’où vient cette connaissance ?
EL. Des cultures diverses à travers le monde ont développé des schémas très similaires de ce champ énergétique. La science occidentale le nomme globalement « biofield » ou « champ biologique ». Mais le schéma le plus détaillé provient des traditions du yoga, en Orient, qui décrit sept couches différentes d’énergie, allant du corps physique biologique (muscles et os) jusqu’à l’esprit ou l’âme. L’analogie utile à laquelle se référer est celle de H2O. La plupart des gens dirait qu’il s’agit de l’eau, et en général c’est juste, sauf que cela dépend de la température de la pièce. D’une manière évidente s’il fait très froid, le H2O devient de la glace et s’il fait très chaud, la molécule devient de la vapeur. C’est la même substance mais sous une forme très différente selon le niveau d’énergie thermique. Le corps humain est la forme la plus condensée de cette énergie vitale.
Le niveau suivant est appelé « prana » dans les traditions yoguiques et « qi » (prononcer chi) dans la médecine traditionnelle chinoise. Une tradition ésotérique occidentale la désigne par le terme d’énergie éthérique. Elle est presque physique, mais pas tout à fait. L’acupuncture et le pranayama (ensemble de techniques respiratoires) dans la pratique du yoga affectent ce champ.
Le niveau supérieur, plus raffiné, est celui de l’énergie émotionnelle appelé communément corps astral. Nous ressentons tous de fortes émotions dans notre corps. Ce n’est donc pas un concept si abstrait. Le niveau encore au-dessus est le corps mental, celui des formes-pensées, comme le définit la tradition théosophique. Au-dessus se trouvent le plan de l’âme individuelle et les plans encore plus abstraits de groupes d’âmes et d’unités de conscience extrêmement élevées. C’est une gamme complète. La médecine occidentale se focalise sur le niveau le plus dense, mais je pense que nous sommes à présent dans une phase d’ouverture et de reconnaissance de ces énergies subtiles.

PI. Comment ces « champs biologiques » interagissent-ils ?
EL. Ils interagissent en permanence. Tout le monde fait l’expérience de ces champs d’énergie en présence d’autres personnes, par exemple lorsque quelqu’un se tient trop près de vous, dans votre espace personnel. On peut y penser en se représentant chaque personne entourée d’une bulle ou d’un ballon d’énergie ayant une limite externe. Lorsque deux champs se rapprochent, on peut en quelque sorte les sentir se heurter. C’est un signe de leur présence. Dans certaines sociétés, c’est acceptable d’être près du champ d’énergie de quelqu’un, dans d’autres non.
Les champs d’énergie des autres peuvent aussi nous influencer. J’ai eu l’occasion de faire la démonstration d’une étude dans laquelle j’étais le sujet, attaché à une machine qui mesurait mon rythme cardiaque. Mes yeux étaient bandés et fermés. J’étais simplement assis, respirant à mon rythme, de manière détendue, puis un groupe de méditants est entré pour pratiquer une méditation centrée sur le cœur qu’ils avaient apprise. Littéralement quelques secondes après le début de leur méditation, mon rythme cardiaque s’est modifié radicalement pour s’adapter à leur vitesse, se synchronisant avec la leur. Je pense que cela s’explique par le fait qu’ils étaient assis très près de moi, nos biofields se chevauchaient au point où la vague qu’ils créaient en méditant a commencé à influer sur mon propre champ l’amenant à osciller en rythme avec eux. Bien qu’il semblait y avoir un espace vide entre nous, leur pratique intérieure a produit un effet important sur ma propre physiologie.
Il existe des exemples similaires de chiens et d’hommes ayant vécu le même type de résonance cardiaque. Je pense que cette interaction entre les champs énergétiques est universelle et propre à toutes les formes de vie.

PI. Pensez-vous que le biofield est composé uniquement d’énergie éthérique ou d’une combinaison d’énergies éthérique, émotionnelle (astrale) et mentale ? Ce champ biologique est-il ce que les gens désignent comme l’aura ?
EL. Je pense que «biofield» est un terme général qui comprend à la fois les énergies physiques comme l’électricité, le magnétisme et la lumière, et les énergies éthériques comme le prana et le qi. Les énergies plus subtiles des plans astral et mental font également partie du biofield, comme on peut le voir dans les diagrammes utilisés par des guérisseurs comme Barbara Brennan, mais ces couches moins denses du champ ne sont pas aussi facilement perçues et manipulées que celles du plan éthérique.
D’une certaine manière, le terme biofield aide à rendre ces concepts ésotériques sur l’énergie un peu plus légitimes et acceptables par la science parce qu’il sonne plus « scientifique » que l’« aura », et que ces concepts peuvent ainsi être considérées comme des domaines dignes de recherche. Espérons que nous aurons un jour des outils permettant de mesurer distinctement ces énergies, mais en attendant nous devons nous en remettre aux clairvoyants et aux médecins intuitifs ainsi qu’aux grands enseignants mystiques de l’hindouisme, de la médecine traditionnelle chinoise et en Occident, de la théosophie.

 

Changement de paradigme

PI. Pourquoi la médecine occidentale est-elle si réticente à accepter ce concept d’énergie alors qu’il est si facilement adopté en Orient ?
EL. C’est un contraste frappant mais c’est aussi une bonne chose parce que ces approches sont complémentaires. Les opposés se complètent. Le yin et le yang constituent le tout. L’Orient est plus intéressé par le monde subtil et interne et l’Occident est plus intéressé par le monde externe. Pourquoi une telle résistance ? Elle est probablement psychologique. Beaucoup de choses peuvent être accomplies en apprenant à manipuler le monde extérieur. En raison du système de valeurs de l’époque, la culture occidentale européenne a amorcé l’ère industrielle avec la conquête du monde et la colonisation qui en suivirent, utilisant la machine pour conquérir le monde que ce soit avec des armes ou des usines. La médecine a également suivi cette voie, utilisant la saignée ou les remèdes, des choses importantes, pour améliorer la santé.
De nos jours, le système de santé est habituellement centré sur les médicaments ainsi que d’autres options comme la chirurgie et la radiation. De plus en plus souvent le mode de vie est pris en compte. Je pense que l’attachement au système avec lequel on a travaillé et qu’on a développé toute sa vie, constitue une tendance humaine. Il est difficile de changer de voie, difficile de changer de paradigme. Nous sommes au milieu d’un changement de paradigme où les modèles de santé et de maladie (et plus largement notre modèle de réalité) évoluent radicalement, d’une vision physique et mécanique qu’on appelle matérialiste, à une interaction corps-esprit où les idées, les pensées, les émotions et l’énergie sont primordiales, et le monde physique en est le résultat.
Une partie de cette résistance est en fait une réticence au changement. Quand le monde de la physique a commencé à adopter la mécanique quantique comme théorie principale, un des fondateurs de cette théorie, Max Planck, a déclaré : « Les changements de paradigme ont lieu un enterrement à la fois. » Il voulait dire par là que le vieil ordre doit mourir pour faire place au nouveau. Je pense que nous en sommes là.

[Pour plus d’information : themysteryoflifeenergy.com]

1 – The Mystery of Life Energy : Biofield Healing ; Phantom Limbs ; Group Energetics and Gaia consciousness, éditions Bear & Company, 2024, non traduit.

Auteur : Jason Francis, collaborateur de Share International basé dans le Massachusetts (Etats-Unis).
Thématiques : Sciences et santé
Rubrique : Entretien ()