And Still We Rise : un forum de solidarité et de résistance

Partage international no 429mai 2024

En partenariat avec plus de 20 collaborateurs internationaux, War on Want (Guerre contre la misère), une ONG contre la pauvreté basée au Royaume-Uni, a rassemblé des « organisations du monde entier pour forger une solidarité mondiale, inspirer une action collective et trouver des solutions pour transformer la crise en justice ». Cette initiative a abouti au forum du 24 février 2024, à la Friends House, à Londres, avec 60 intervenants de 45 pays, représentant un large éventail de groupes de militants, de représentants syndicaux et d’hommes politiques.

Le nom de l’événement, And Still We Rise (Et pourtant nous nous élevons) s’inspire du poème de Maya Angelou Still I Rise (Pourtant je m’élève) sur l’esclavage et son refus de se laisser abattre par l’adversité. L’événement a mis en lumière « la profondeur et l’interconnexion des défis autour du climat, de l’inégalité et de l’injustice », tout en célébrant les nombreux signes de l’émergence d’un « mouvement de mouvements » vers un « nouveau type d’internationalisme ».

« Ce forum n’est pas un simple rassemblement, c’est une puissante convergence de voix déterminées à relever les défis mondiaux urgents auxquels nous sommes confrontés », a déclaré Nnimmo Bassey, remarqué pour son travail au Nigeria, qui a fait de lui l’un des principaux militants africains en faveur de l’environnement et des droits humains.

De nombreux orateurs ont lancé des appels vibrants à s’unir pour l’humanité et la planète, soulignant que le changement doit venir de la base dès maintenant, sans quoi il n’y aura pas de changement du tout, mais le maintien du statu quo.

 

Cris du cœur

L’agonie de Gaza, à la fois symptôme et symbole de tout ce qui ne va pas sur notre planète, a été un thème récurrent tout au long du forum, comme l’a montré avec force, lors de la séance d’ouverture, la prestation de Rafeef Ziadah, poétesse palestinienne, militante des droits humains de la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions) basée au Royaume-Uni. Elle a récité If I must die (Si je dois mourir) de Refaat Alareer, puis a interprété son propre poème, We teach life, sir (Nous enseignons la vie, monsieur), exprimant comment la douleur des Palestiniens est redoublée par l’ignorance généralisée et les cœurs fermés des médias. C’était la première fois qu’elle tentait de prononcer son poème depuis le 7 octobre 2023. Sa détresse était palpable et son courage a suscité une ovation de la part de la salle comble. Comme beaucoup de discours, sa prestation est disponible en ligne.

« Il m’a regardée droit dans les yeux et m’a demandé :

Mademoiselle Ziadah, vous ne pensez pas que tout serait résolu si vous cessiez au moins d’enseigner toute cette haine à vos enfants ?

Nous enseignons la vie, monsieur, nous enseignons la vie, monsieur. Nous, Palestiniens, nous éveillons chaque matin pour enseigner la vie au reste du monde, monsieur. »

 

Catastrophes climatiques :
un appel à des solutions pratiques

Matt Wrack, secrétaire général du syndicat des pompiers des Etats-Unis et président du Trades Union Congress (le Congrès des syndicats) a abordé un problème qui crève les yeux mais qui n’est traité nulle part comme une priorité gouvernementale : les phénomènes météorologiques extrêmes causent de plus en plus de morts inutiles, y compris celles de nombreux pompiers, même dans les pays les plus riches. Il n’est pas raisonnable, a-t-il déclaré, « d’envoyer des pompiers dans les zones inondées avec un équipement conçu pour lutter contre les incendies ». Il a réclamé que soit prêtée une attention immédiate aux besoins de formation, d’équipement et de résilience des communautés partout dans le monde.

N’ayant « pas une grande confiance dans les gouvernements du monde » ou dans les Nations unies, M. Wrack a affirmé qu’il y avait « une incompatibilité totale entre une transition juste [pour toutes les collectivités] et le système dans lequel nous vivons actuellement. Nous allons devoir élaborer un plan d’action à partir de la base, en prenant conseil auprès de spécialistes et en élaborant des solutions et des options de remplacement, mais en développant effectivement ce pouvoir à partir de la base pour créer un monde très différent de celui dans lequel nous vivons aujourd’hui. »

 

Alors que les peuples se soulèvent,
les gouvernements sévissent

Sentant qu’ils sont sur le point de perdre la bataille pour l’égalité, la justice climatique et la paix, les gouvernements répriment les manifestants, par exemple en qualifiant les manifestants pour la paix en Palestine de « marcheurs de la haine », de « terroristes », de « racistes », voire en interdisant les grèves en les qualifiant d’« actes de terrorisme ». Raison de plus pour s’unir. Depuis le 7 octobre, il est devenu évident que « nous ne pouvons pas retourner à nos petits combats étriqués », comme l’a déclaré l’activiste sud-africaine Tasneem Essop.

 

Toutes nos luttes sont liées

Naomi Klein a prononcé un discours extraordinaire lors de la session de clôture. [Voir page 4] Elle voit clairement que ce qu’Israël inflige aux Palestiniens, ce qui se produit lorsque des régimes oppressifs sont autorisés à agir en toute impunité, permettant aux intérêts de quelques-uns de dominer ceux du plus grand nombre et de notre planète.

Comme d’autres orateurs, elle a exhorté tout le monde à travailler ensemble pour « la valeur de la vie », car c’est là que réside notre force, des mots qui font écho à ceux d’Asad Rehman, directeur général de War on Want : « Notre amour pour l’humanité peut triompher et triomphera. L’avenir que nous voulons tous n’est possible qu’en luttant ensemble. Ensemble, nous nous élèverons encore. »

Liz McKean, de la même ONG a ajouté : « Il n’a jamais été aussi important de considérer que toutes nos luttes sont liées. »


Sources : YouTube : War on Want ; New Internationalist ; Festival programme.
Thématiques : politique
Rubrique : Divers ()