Partage international no 424 – décembre 2023
par Dennis Kucinich
Plusieurs fois par jour, les médias nous présentent des exemples de l’effet de la violence extrême exercée sur la population captive de Gaza. Les images sont déchirantes. La réalité est insupportable. Comme des déchets, les corps de familles palestiniennes jonchent la route qu’ils avaient empruntée pour se mettre à l’abri. Une voiture fait demi-tour à un poste de contrôle à Gaza, ses occupants sont touchés de l’arrière par un char, et la voiture et ses occupants disparaissent dans l’explosion.
Un journaliste palestinien pleure son collègue qui, à peine une demi-heure plus tôt, faisait un reportage à l’antenne. Après son travail, il est rentré chez lui et une bombe l’a frappé, le tuant lui et les onze membres de sa famille. La vidéo de sa maison en ruines montre plusieurs robes de fête d’enfants qui gisent au milieu des décombres. La famille du journaliste se trouve parmi les gravats.
Un convoi d’ambulances, transportant des blessés de Gaza sous la supervision des autorités médicales et se dirigeant vers le poste frontière de Rafah, a été frappé par l’armée de l’air israélienne, qui soupçonnait que le véhicule, qui se dirigeait à contre-courant, transportait des combattants du Hamas. La guerre réduit tout à néant […].
Quels que soient les médias que nous consultons, nous ne voyons qu’une fraction de la gigantesque démonstration d’inhumanité qui se produit à Gaza, la réduction de personnes vivantes, respirantes et sensibles à l’état d’objets. C’est sans cœur. C’est sans âme. Cela réduit toute l’existence au néant, à de la fumée, de la fumée humaine.

Sur la pancarte on peut lire : « Pas en notre nom : les Juifs s’opposent aux guerres menées par Israël. »
La violence est délibérée. Elle est ancrée dans la politique du pouvoir, dans le racisme, dans l’apartheid, dans une histoire pervertie, dans l’opportunisme déguisé en vengeance, dans l’art de gouverner par le massacre.
Nous, Américains, payons pour l’extermination de nos semblables. Nos armes font un carnage contre des gens sans défense. Nos porte-avions, nos navires, nos troupes se manifestent en supériorité numérique.
Mais nous ne sommes pas impuissants. Nous devons exiger, dès maintenant, que notre gouvernement prenne rapidement une nouvelle direction, non seulement pour un cessez-le-feu, mais pour un arrêt de la guerre, la fin des ventes d’armes qui alimentent la guerre, la fin des 800 bases militaires dans le monde, la fin du détournement de l’argent de nos impôts pour tuer, la fin des politiques qui montent les gens les uns contre les autres, la fin de la psychologie destructrice qui justifie la violence afin de maintenir un « équilibre stratégique », la fin des fausses justifications pour déployer nos troupes au péril de leur vie.
Il est invraisemblable et pire qu’orwellien, de commettre un nettoyage ethnique et d’appeler cela de la défense, de prêcher les valeurs démocratiques tout en pratiquant l’apartheid, de prétendre que le vol massif de biens est un droit, que capturer les Palestiniens, prendre leurs maisons, tuer leurs enfants, détruire leurs familles, leur culture, leur histoire et de considérer qu’il s’agit là de l’accomplissement d’une prophétie ordonnée par Dieu.
Il est incompréhensible que ce génocide contre les Palestiniens soit perpétré par les descendants de ceux qui ont souffert de l’inhumanité totalement condamnable de l’Holocauste. Après tout, qui a souffert plus que les Juifs pendant l’Holocauste ? Des familles entières anéanties dans le cadre d’un plan d’élimination raciste.
L’horrible massacre d’Israéliens innocents le 7 octobre et la vague de sentiments antisémites qui s’en est suivie nous rappellent avec force la vulnérabilité des Juifs partout dans le monde. Mais la destruction des Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie fait peser de plus grands risques sur la survie d’Israël et de tous ses habitants.
Ne croyez pas que seuls les vestiges de l’humble vie quotidienne des Palestiniens reposent dans les cratères des bombes. L’Amérique en devenir, nos propres aspirations à une nation prospère et sûre, gît à côté des corps des hommes, des femmes et des enfants dans ces ruines.
Prenons position pour la survie des Juifs et des Arabes. Sinon, nous participons tous aux massacres passés et à venir. Les dirigeants du monde doivent affirmer leur humanité commune et mettre un terme à cette folie, créer une nouvelle voie, une nouvelle stratégie équitable pour tous, et établir une nouvelle coexistence pacifique qui reconnaisse l’égalité intrinsèque de tous.
Nous sommes appelés à prendre parti. Prenons le parti de la paix, de la réconciliation, de la réhabilitation, et de l’humanité. Dénonçons tous cette dérive vers la folie, vers le néant. Et nous, Américains, devons exiger de notre gouvernement qu’il guérisse notre nation, qu’il serve notre peuple et qu’il utilise nos précieuses ressources pour améliorer la vie de tous les Américains.
