Partage international no 424 – décembre 2023
les Aînés (the Elders), le 16 novembre 2023
Cher président Biden,
Vous avez une opportunité historique de mettre fin au conflit israélo-palestinien définitivement.
Alors que la polarisation s’accroît, le monde attend de vous une vision de paix. Cette vision doit donner espoir à ceux qui rejettent l’extrémisme et veulent que la violence cesse.
Nous vous pressons de faire deux choses : proposez un plan de paix sérieux et aider à bâtir une nouvelle coalition pour le mettre en œuvre.
Nous comprenons que vous voulez contribuer à la sécurité des Israéliens. Nous partageons aussi votre engagement pour le droit à l’autodétermination du peuple palestinien. Les vies israéliennes et palestiniennes ont la même valeur.
Détruire Gaza et tuer des civils n’apporte pas plus de sécurité aux Israéliens. Ces actes engendreront plus de terrorisme, dans la région et au-delà. Il n’y a pas de solution militaire à ce conflit.
La violence nourrit déjà l’antisémitisme et l’islamophobie, y compris aux États-Unis. Cela mine vos autres objectifs au Moyen-Orient, en Ukraine et ailleurs.
Les intérêts et la crédibilité des États-Unis dans le monde sont en jeu.
Les politiques israéliennes d’expansion des colonies illégales en Cisjordanie et la normalisation des relations avec les pays arabes tout en contournant les Palestiniens, n’ont pas assuré la sécurité des Israéliens. Les gouvernements américains successifs ont été complices de ces échecs.
Le seul moyen de garantir la sécurité des Israéliens et des Palestiniens est une solution politique durable. Il faut que la sécurité d’Israël, dont le peuple demeure menacé, soit garantie. Et cela doit prendre en compte l’aspiration légitime des Palestiniens d’avoir leur propre État. Bafoués depuis cinquante-six années d’occupation, ces espoirs s’évanouissent rapidement, alors que des Palestiniens innocents meurent dans les décombres de Gaza et sur les terres volées en Cisjordanie.
Durant trop longtemps le monde a parlé d’une solution à deux États tout en permettant à Israël de réaliser sa solution à un seul État. Cela a convenu aux extrémistes tant en Palestine qu’en Israël qui nient à l’autre pays le droit d’exister. Il est temps de mettre fin aux pourparlers stériles, pour mettre en place un plan de paix sérieux qui désarme les extrémistes.
Ce plan doit permettre de savoir qui dirigera Gaza par la suite, mettre fin à l’accélération de l’annexion des territoires palestiniens par Israël, et répondre aux questions légitimes d’Israël concernant sa sécurité. Il doit reconnaître des droits égaux aux Palestiniens et aux Israéliens, et s’appuyer sur le droit international, notamment la Déclaration universelle des droits de l’Homme et la Charte des Nations unies. Israéliens et Palestiniens ne mettront pas fin à ce conflit d’eux-mêmes. L’histoire en est trop complexe, la politique trop polarisée, les compromis requis trop difficiles. Cependant la paix ne peut être imposée de l’extérieur. Elle réclame des dirigeants audacieux, crédibles et légitimes aux yeux de leurs peuples, et un engagement à fonder deux États qui vivront ensemble pacifiquement. Ces dirigeants ne sont pas actuellement au pouvoir en Palestine ou en Israël.
Seuls, les États-Unis ne peuvent pas ramener la paix au Moyen-Orient. Vous pouvez aider à construire une nouvelle coalition pour la paix, comprenant les pays de la région et d’Europe qui veulent un règlement équitable. Cette coalition peut rétablir un horizon politique, et reconstruire la confiance requise pour le dialogue.
Le progrès ne sera ni facile, ni rapide. Des années de défiance et de violence ont laissé les deux peuples dans des conditions qui ne sont pas favorables pour négocier. Cela demandera un énorme courage politique de la part de tous les dirigeants, face à une telle opposition domestique.
Il est temps de commencer maintenant. Un plan sérieux pour la paix n’empêche pas de devoir résoudre la crise actuelle, c’est même un prérequis. Il y a une mince opportunité de s’appuyer sur la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies du 15 novembre1. Mais le progrès est plus probable s’il est envisagé comme le premier pas vers une paix durable, et non seulement une désescalade. La désescalade n’est pas suffisante. Nous ne devons pas revenir à une situation de gestion du conflit. Cela explosera encore et encore, avec plus de morts et de misère. Le conflit doit être résolu de manière permanente au moyen de négociations.
Président Biden, vous avez affirmé le mois dernier que le leadership américain est le ciment du monde. Ce conflit est en train de déchirer le monde. Nous avons parlé à des Israéliens dont les familles ont été assassinées et prises en otage, à des Gazaouis qui souffrent d’une catastrophe humanitaire. Nous reconnaissons leur souffrance, leur peur, leur colère. Nous vous encourageons ainsi que le secrétaire d’État A. Blinken à continuer le travail pour la libération des otages, et mettre fin à la punition collective des civils palestiniens.
Les Aînés ont appris de leur fondateur, Nelson Mandela, que la route de la haine au pardon peut être longue et difficile. Certains ne l’emprunteront jamais. Mais la majorité des Palestiniens et des Israéliens veulent vivre en paix, ne plus endurer de violence. Aidez-les à trouver la voie vers la paix. L’histoire n’oubliera jamais votre leadership si vous le faites.
1 – Le 15 novembre, une résolution a été adoptée en faveur de « pauses humanitaires prolongées urgentes et pendant un nombre suffisant de jours pour permettre l’accès de l’aide » aux territoires assiégés.
